Bigard, le clown qui fait peur à Macron ?


Cet homme donne le tournis. Sa promptitude à jouer les caméléons est désarmante. Et inquiétante, aussi. Ses sorties de route sont aussi variées qu’inattendues. Un jour, il maraude sur les terres d’Arnaud Montebourg, joue le patriotisme économique à grands coups de trompette. Un autre jour, le « premier de cordée », saint-simonien en diable, fait un tête-à-queue, annonce le retour de la société du partage, du care, qu’on peut analyser comme vaguement de gauche. Avec l’espoir d’un grand chambardement du quinquennat en vue. Et puis, patatras, le lendemain, il fricote avec Jean-Marie Bigard, le comique pouet pouet, à la beaufitude assumée, qui l’a quasiment insulté sur internet (et qui continue à le faire !). Ou bien, encore, soudain pris d’une empathie suspecte, il câline Eric Zemmour, l’apôtre décomplexé d’un retour aux sources de la France éternelle, victime d’une agression sur la voie publique. Enfin, le locataire de l’Elysée multiplie les marques d’affection à l’égard de Philippe de Villiers, héraut hors concours d’un traditionalisme des châteaux.

A quoi joue le président ? L’explication de base serait que le chef de l’Etat cherche à faire risette à cette France « réac » qui ne voit en lui qu’un banquier « propre sur lui », au mépris dédaigneux envers les plus pauvres. En d’autres termes, osons le mot, Macron tente une opération « trumpisation » de son image, encore à bas bruit, comme un ballon-sonde, pour préparer 2022 sous une nouvelle identité politique. La ficelle est un peu grosse ? Elle sème la panique chez une frange non négligeable de ses soutiens, voire de certains membres du gouvernement, atterrés devant les mouvements de godille incessants du « petit génie » d’Amiens. Et si la raison de ces errements idéologiques, de ces contre-pieds politiques, n’était pas seulement de nature tactique ?

Bigard « intéressé » par 2022

Si, au fond, l’apôtre du « en même temps » était un homme à géométrie variable, capable de s’adapter à tous les milieux, non pas par sympathie pour tel ou tel, mais par goût du travestissement, du plaisir du jeu, du petit frémissement qu’ont les acteurs à changer de rôle et de costume ? Il y a quelques semaines, nous évoquions son amour immodéré pour les scènes de théâtre, son appétence pour les planches. Jamais un président, pas même Nicolas Sarkozy, n’était allé aussi loin dans la mise en scène de l’exercice de son pouvoir. Dans ce domaine, Emmanuel Macron bat tous les records. Chez lui, il y a de l’histrion, au sens noble du terme. Depuis le début de son quinquennat, on découvre ce besoin effréné de rhétorique, quel que soit son interlocuteur, du PDG bonhomme à l’ouvrier en colère. Cette tendance lourde le pousse à pratiquer un certain relativisme politique, avec son corollaire : une grande porosité aux idées des autres, donc de ses adversaires politiques. Récemment, le directeur de l’hebdomadaire « Valeurs actuelles », au cours d’une réception à l’Elysée, le félicitait pour sa capacité à épouser certaines idées de la droite. Sans chichis, le président lui répondit que c’était son rôle préféré. Difficile d’être plus clair.

Certains de ses amis expliquent qu’une des grandes peurs du président est de voir surgir un histrion lors de l’élection de 2022. Un clown médiatique qui pourrait transformer ce grand rendez-vous médiatique en farce nauséabonde. Alors, selon un conseiller, il préempte le sujet, occupe le terrain, en jouant sur tous les tableaux, courant derrière les beaufs et les autres, non pas par opportunisme politique, mais pour éviter une catastrophe. Pas question d’avoir un clone de Beppe Grillo, un jour à l’Elysée ? Est-ce pour cette raison qu’il a fait cette étrange approche du comique troupier Bigard ? Ce dernier d’ailleurs vient de déclarer sur BFM qu’une candidature à la présidentielle de 2022 « pourrait l’intéresser » !

Pour vaincre l’ennemi, entrons dans sa maison, mettons son costume. A ce petit jeu, l’acteur polyvalent Macron ne risque-t-il pas de se perdre dans un dédale de masques ? Et nous, de nous poser une question basique : qui es-tu, Manu ?





nouvelobs

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