Agnès Buzyn rappelle son « pressentiment » sur le Covid et dénonce la « violence inouïe » des attaques


La fin d’un long silence. Après une interview au « Figaro » publiée mercredi soir, Agnès Buzyn était l’invitée, ce jeudi 28 mai, de Léa Salamé dans la matinale de France Inter, pour rompre un jeûne médiatique de deux mois et demi, pendant lequel sa candidature pour la mairie de Paris a été sérieusement remise en question. Le 15 mars dernier, l’ancienne ministre de la Santé était arrivée troisième au premier tour, loin derrière Anne Hidalgo et Rachida Dati, et est en ballottage extrêmement défavorable pour le second.

Agnès Buzyn s’excuse d’avoir utilisé le mot « mascarade » pour qualifier le premier tour

Revenant sur les critiques dont elle a fait l’objet, notamment pour avoir quitté son ministère alors que la pandémie de Covid-19 s’aggravait, Agnès Buzyn a commenté : « Les Français ont peur et je les comprends. Nous n’étions pas préparés à un tel drame », qui pour elle a naturellement « engendré énormément de critiques et la recherche de responsables ».

Pour justifier sa période de mutisme – qui s’étendait jusqu’à ses propres équipes de campagne, restées sans nouvelles -, elle explique : « Je n’ai pas voulu m’exprimer à chaud, j’attends que la date des élections soit annoncée avant de reprendre la parole. »« Je ne souhaitais pas utiliser cette période de confinement pour continuer à faire campagne, j’ai considéré que l’urgence était ailleurs. Je trouvais inapproprié de continuer à faire de la politique sur une période où nous avions besoin d’union nationale. »Agnès Buzyn : le retour de la femme invisible

Malgré les défections au sein de son propre camp, Agnès Buzyn assure avoir vérifié que « tout le monde était en ordre de marche » derrière elle, et que ce « temps de réflexion a renforcé » sa candidature.

Sa candidature à une « mascarade » ? Le mot, lâché auprès d’une journaliste du « Monde » au lendemain du premier tour, avait choqué. Agnès Buzyn « regrette » ce « langage direct » mais rappelle le « contexte » :

« Toute la journée, le lendemain des élections, il y avait des tractations d’appareil pour des fusions de listes, et cela m’a choqué. C’était déconnecté de la réalité que nous allions vivre. Je voyais l’épidémie progresser, j’avais la quasi-certitude du report du second tour. »

« Ils n’avaient pas le même degré d’intuition que moi »

Pourquoi avoir abandonné le navire de la Santé en pleine tempête ? « Jusqu’à une semaine des élections, tous les experts disaient que ça allait être une gripette. L’OMS a annoncé la pandémie mondiale le 11 mars, quatre jours avant les élections », assure Agnès Buzyn. « Mon pressentiment n’était pas partagé. C’était mon intuition, mais il y a une continuité de l’Etat. Tout ne repose pas sur la ministre et je savais qu’Olivier Véran allait me remplacer, je connais ses compétences et savais qu’il serait opérationnel immédiatement. »

Hôpital public : comment en est-on arrivé à un tel niveau d’indigence ?

Et la candidate LREM persiste et signe : elle était seule à avoir anticipé le drame.

« Nous étions face à d’énormes incertitudes et avons découvert au fur et à mesure la gravité. Très peu de gens dans la communauté scientifique internationale avaient le même sentiment. Ils n’avaient peut-être pas le même degré d’intuition que moi », ose-t-elle. « Je n’ai pas entendu beaucoup de scientifiques et de médecins, jusqu’à un mois après mon départ, dire que ça allait être grave. »

Agnès Buzyn dit ne pas avoir peur d’un procès pénal et attendre sereinement la commission d’enquête parlementaire. « J’ai ma conscience pour moi, je sais ce que j’ai fait. Je réserve mes propos pour la représentation nationale mais il est très important pour moi de pouvoir m’exprimer », souligne-t-elle. Pour autant, elle n’était « pas prête à une telle violence, inouïe » : « des attaques complotistes, antisémites, liées à une peur de l’épidémie, à ce réflexe assez ancien dans les populations de trouver des responsables », analyse celle qui vit désormais, après des menaces de mort, sous protection policière.

T. V.





nouvelobs

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