la fin du Wild West



On aura failli attendre. Quatre ans (voire plus) que Donald Trump et les Républicains ont transformé les réseaux sociaux en machines de guerre, d’insultes, de calomnies et d’incitation à la violence, et quatre ans que lesdits réseaux sociaux se contorsionnent comme des acrobates du Cirque du Soleil pour ne rien faire tout en prétendant faire quelque chose. Fini de jouer, on ne rit plus.

Voici tout ce que Trump est prêt à faire pour rester à la Maison-Blanche

Comme toujours avec les histoires d’accros, celle-ci s’est terminée par une overdose. Un tweet de trop. Une insinuation abominable qui, décidément, n’est pas passée. Mardi, Twitter a pour la première fois accolé un label « Vérifiez les faits » à deux tweets de Trump affirmant que le vote par correspondance était « frauduleux ». Mais personne n’a le moindre doute sur les messages qui ont finalement fait réagir la société : des tweets ou retweets de Trump relançant des accusations de meurtre contre un animateur de télé, Joe Scarborough, devenu la bête noire de Trump.

Fin de la pantalonnade

Alors qu’il était député conservateur, en 2001, l’une de ses assistantes était morte d’un accident cérébral dans sa permanence de Floride, pendant qu’il était en train de voter à Washington. Rien n’a jamais permis de mettre en doute les causes naturelles du décès, mais cela n’a pas gêné Trump pour le faire.

Problème pour le président, le veuf de l’assistante a supplié que l’on mette fin à cette campagne « de fiel et de désinformation » qui lui fait revivre « l’événement le plus douloureux » de sa vie, demandant à Twitter, dans une lettre, que la firme efface les tweets présidentiels. Ce n’est pas la première fois que Trump lance des accusations gratuites de meurtre. En 2016, il avait insinué que le père de l’un de ses rivaux, Ted Cruz, avait trempé dans l’assassinat de Kennedy. Mais cette fois, la douleur indignée d’un ex-mari a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Même des publications conservatrices, comme le « New York Post » ou le « Washington Examiner », ont critiqué le président.

Furieux contre Twitter, Trump menace de « fermer » les réseaux sociaux

Twitter aurait dû agir depuis longtemps, et l’on attend toujours une action similaire de Facebook. L’incident de mardi a un mérite : il met fin à cette fiction selon laquelle les réseaux sociaux sont de simples vecteurs de communication neutres et non des médias, une fable qui justifie le refus de tout contrôle et toute censure. Cela fait des années que dure la pantalonnade : Trump et les conservateurs hurlent à la discrimination et la censure de réseaux sociaux aux mains des « gauchistes » de la Silicon Valley, mais ils en ont fait le bras armé de leur propagande. Twitter est le principal outil de communication de Trump, qui compte plus de 80 millions de followers, et Facebook, de sa campagne, qui y dépense plus d’argent en pub que partout ailleurs.

Pourquoi pas ? Sauf que, comme chacun le sait désormais, Twitter, Facebook & Co échappent à toutes les normes, tous les contrôles, toutes les retenues nécessaires au bon fonctionnement d’une démocratie. Et c’est justement ce qui séduit Trump : il peut s’y lâcher et exciter la rage de sa base, sans la moindre conséquence.

En 2016, une sociologue et chercheuse de Facebook, Monica Lee, avait déniché un contenu extrémiste dans plus d’un tiers des pages des grands groupes politiques allemands sur Facebook. Pire, avait-elle dit, « 64 % de tous les groupes extrémistes qui nous rejoignent le font à cause de nos outils de recommandation », du genre « groupes que vous devriez rejoindre ». En un mot, « nos systèmes de recommandation aggravent le problème ».

L’abcès est crevé

C’est exactement la même chose aux Etats-Unis, où Facebook, malgré ses belles promesses, notamment à propos de l’information sur le Covid-19, laisse passer sans broncher les messages les plus mensongers de la campagne Trump ou de ses fans. Le « ‹Wall Street Journal », dans un article dévastateur publié lundi 26 mai, raconte comment Facebook a mis fin à des efforts, en interne, pour rendre le site moins divisif. Quant à Twitter, il avait décidé de ne pas bloquer les messages de chefs d’Etat ou de gouvernement, arguant de leur valeur informative, mais promis de labelliser les tweets les plus mensongers – ce qu’il s’est bien gardé de faire, concernant Trump, jusqu’à ce mardi 27 mai.

L’abcès est maintenant crevé. Trump menace de « fortement réglementer ou fermer » les plateformes de réseaux sociaux, qui « musellent les voix conservatrices ». La bonne blague… Sans Twitter ou Facebook, Trump n’a aucune chance d’être réélu et il le sait. Il cherche simplement à intimider. Mais pour les réseaux sociaux, l’heure de vérité a sonné: déjà attaqués sur leur gauche par des démocrates qui voient de plus en plus dans les réseaux sociaux, Facebook en particulier, des alliés objectifs de Trump, et un camp conservateur toujours prêt à crier à la persécution par les médias, leur soi-disant neutralité, lâche et confortable, est un cache-sexe qui ne cache plus rien. Le Wild West est terminé, bienvenue dans le monde des responsabilités.





nouvelobs

A lire aussi

Laisser un commentaire