le retour de la femme invisible


Le mystère était intenable, irrespirable, digne d’une série policière. Imaginez le scénario : la disparition d’une candidate à la mairie de Paris, effacée des écrans, volatilisée, sans explication. Avait-elle été enlevée ? Suivait-elle une cure de repos dans une discrète clinique suisse ? Observait-elle une quarantaine salvatrice dans un coin reculé de nos provinces pour oublier la dureté de la bataille perdue ?

Que nenni. Agnès Buzyn méditait. Elle effectuait un jeûne politique. Non pas dans un couvent de bénédictines, mais chez elle, à Paris, tout en reprenant du service à l’hôpital militaire de Percy. La dame, après tout, méritait bien une pause. Il lui fallait tirer un bilan de sa mini-déroute électorale. La très inexpérimentée ministre de la Santé, championne d’un macronisme bien tempéré, parachutée quasiment en opération commando sur la capitale, a découvert la violence du combat politique. Et aussi l’art de se taire.

Or, Agnès Buzyn avait beaucoup trop parlé au début de la pandémie, révélant, avec une ingénuité désarmante, qu’elle avait accepté cette mission parisienne à haut risque, tout en sachant que les élections pourraient être annulées pour cause de coronavirus galopant. Inconscience ? Maladresse de débutante ? Un missile lancé directement dans la cour de l’hôtel Matignon, mettant le gouvernement dans une position intenable. Ainsi, donc ils savaient et ils se sont tus ? Cette petite phrase, à haute viralité sur les réseaux sociaux, fit des dégâts considérables. Cette incroyable bévue avait irrité l’Elysée au plus haut point. En quelques heures, la chouchoute du président était devenue sa bête noire. Dans sa retraite, la nouvelle ostracisée prit le parti du silence. Avec raison. Après pareille déconvenue, à quoi bon parader ?Face à la menace coronavirus, le pouvoir a-t-il tardé à réagir ?

Un dernier tour de piste ?

Las, ce mutisme volontaire fut vécu par les militants marcheurs parisiens comme une forme de désertion en temps de guerre. Devenus orphelins, désorientés et furieux, ils avaient déjà renvoyé la bannie dans ses œuvres d’hématologue émérite, loin de l’arène électorale. Ils cherchaient désespérément un (ou une) candidat(e) numéro trois. Curieusement, les prétendants à un poste aussi prestigieux que celui de maire de Paris restèrent muets, tant la plupart pensaient que le combat était perdu d’avance devant une Anne Hidalgo confortée par les résultats du premier tour.

Face au vide sidéral de la maison des « marcheurs », il fallut repartir à l’assaut d’Agnès Buzyn pour la convaincre de revenir sur sa décision. Comment expliquer aux électeurs une fuite au milieu du gué, lui indiquèrent-ils ? On allait l’accuser de couardise. Quels que soient les résultats du 28 juin, il fallait qu’elle aille au bout de son chemin de croix, histoire de sortir de cette sombre séquence la tête haute. Quoi de plus beau pour entamer une carrière politique qu’une défaite honorable, lui confièrent ces conseillers à bout d’arguments ? Alors, bon gré mal gré, avec des pieds de plomb et un sourire forcé, Agnès la Recluse consentit à retourner dans la lumière. Elle annonça à ses têtes de liste qu’elle n’était pas une lâcheuse, qu’elle allait conduire la bataille, mais si possible… pas trop en première ligne. Etrange retour de la femme invisible.

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Agnès Buzyn est donc prête à se « déconfiner », mais en douceur, quasiment en deuxième rideau. Elle autorise même ses équipes à faire disparaître sa photo des affiches de campagne, et ne laisser que celle des candidats par arrondissement. Au fond, la dame est bonne camarade. Elle se sait toxique. Mais elle ne peut échapper à la logique d’une candidature forcée qui a des allures de hara-kiri politique. Terrible fin de partie. L’ancienne ministre craint par-dessus tout les campagnes de dénigrement qui vont fondre sur elle dans les prochains jours, tant elle fait partie des cibles privilégiées des nombreuses plaintes déposées par des familles des victimes du Covid-19. Dans ce dossier, à cause de sa désormais célèbre petite phrase sur le fait qu’elle s’attendait à l’hécatombe qu’a connue notre pays, tout en abandonnant son poste de ministre de la Santé, la « samouraï » sera immanquablement projetée en première ligne des médias.

Aussi injuste que cela puisse paraître, sa candidature à la mairie de Paris a tout d’une catastrophe annoncée. Mais puisqu’il faut boire le calice…





nouvelobs

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