Critique : Technoboss | Critique Film


Portugal : 2019
Titre original : –
Réalisation : João Nicolau
Scénario : João Nicolau, Mariana Ricardo
Interprètes : Miguel Lobo Antunes, Luísa Cruz, Américo Silva
Distribution : Shellac
Durée : 1h54
Genre : Comédie, Musical, Romance
Date de sortie :  27 mai en VOD (UniversCiné, Canal VOD, Orange, RakutenTV, FilmoTV, Arte VOD, VideoFutur, etc) et en salle virtuelle sur La 25eheure.com et La Toile VOD.

S’agissant du cinéma, le lisboète João Nicolau est une sorte de « touche à tout », lui qui fut acteur chez Miguel Gomes, qui est monteur image et monteur son, scénariste et qui, avec Technoboss, nous propose son 3ème long métrage en tant que réalisateur. Dans ce film, il a partagé l’écriture du scénario avec Mariana Ricardo, coscénariste de nombreux films de Miguel Gomes. Technoboss faisait partie de la Sélection Officielle du Festival de Locarno 2019. Ce film devait sortir en salles le 27 mai. Shellac a décidé de le sortir en VOD à cette même date.

Synopsis : La retraite arrive bientôt pour Luís Rovisco, un directeur des ventes excentrique au moral inébranlable. Les chansons qu’il invente tous les jours résolvent à chaque fois les obstacles qu’il rencontre dans sa vie tumultueuse. Mais devant Lucinda, la réceptionniste de l’hôtel Almadrava, il se retrouve à chanter sur un air bien différent…

La proche retraite d’un technico-commercial

Technico-commercial chez SegurVale, société spécialisée dans les systèmes intégrés de contrôle d’accès, Luis Rovisco est plus souvent sur la route entre un client et un autre que dans son bureau ou dans son domicile. Lorsqu’il est chez lui, Luis a pour compagnon un chat, appelé Napoléon. Il reçoit aussi de temps en temps la visite de Jorge, son fils, qui vient lui parler des problèmes qu’il rencontre dans son couple. Lorsqu’il est dans son bureau, ce sexagénaire doit faire face à Fabio, son jeune assistant, et à Teixeira, son collègue, un peu plus jeune que lui, dont le seul but semble être de le pousser vers la retraite, laquelle, de toute façon, se profile à l’horizon. Une autre personne semble également s’intéresser à ce départ à la retraite : Peter Vale, le patron de SegurVale, un britannique, un homme qu’on ne verra jamais mais qu’on entendra beaucoup et qui voit dans Luis le partenaire de golf dont il a besoin.

Dans cette vie finalement très solitaire, Luis Rovisco a une passion : chanter. Et cette passion, c’est lorsqu’il est en voiture entre deux clients qu’il la pratique en priorité, de façon systématique, sur des musiques très variées et avec des paroles très personnelles, que ce soit sur une véritable autoroute presque déserte ou sur une route reconstituée en studio au milieu de décors peints sur des panneaux, qu’il soit seul dans son véhicule ou accompagné par son petit-fils ou par les membres d’un groupe de black metal. Quant aux appels téléphoniques qu’il reçoit régulièrement, Luis semble « branché » en permanence : nul besoin d’un appareil téléphonique ou d’un système micro récepteur, ça sonne, il entend, il parle ! Parmi ces appels, ceux qui le réjouissent le plus, ce sont ceux qui vont lui permettre d’aller s’occuper du système installé dans l’hôtel Almadrava, à Alvor, dans l’Algarve : c’est là que travaille Lucinda, avec qui il eut une liaison 30 ans auparavant, avec qui il aimerait bien nouer une nouvelle relation.

Un OFNI

Lançons nous sans barguigner : Technoboss est de toute évidence un OFNI, un objet filmé non identifié. Pas vraiment une comédie musicale, quoique, pas vraiment une comédie satirique, bien que, pas vraiment une comédie sentimentale, encore que, tout en étant tout cela à la fois. On pense à Tati lorsque João Nicolau met en scène des situations burlesques engendrées par des bugs dans des systèmes automatisés (entre parenthèse, cette comparaison amène forcément le spectateur à s’émerveiller devant le côté prodigieusement visionnaire qu’avait Jacques Tati lorsqu’il tournait Mon Oncle il y a plus de 60 ans, en … 1958 !). Il y a du Aki Kaurismäki dans le personnage de Luis, peint avec plein d’humour et d’humanité, un personnage qui refuse de vieillir mais qui est conscient que, après 37 ans de bons et loyaux services chez SegurVale, l’heure de la sortie du monde du travail va bientôt sonner.

Monteur de formation, João Nicolau montre à plusieurs reprises de grandes qualités de mise en scène. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder le plan séquence d’une durée supérieure à 2 minutes au cours duquel Luis Rovisco et Carlos Antunes, le gérant de l’hôtel Almadrava, cheminent de concert dans les sous-sols de l’hôtel tout en échangeant des propos sur le contrôle et la sécurité, un domaine « en plein essor »,  ainsi que sur la « valorisation des compétences spécifiques ».

Un risque gagnant

Pour interpréter Luis, João Nicolau a pris un très gros risque, celui de choisir Miguel Lobo Antunes, un homme de 70 ans sans aucune expérience du métier d’acteur. Remarquable intuition car ce juriste de formation qui fut directeur de l’Institut du film Portugais, qui importa dans son pays le concept de la fête de la musique et qui publia des textes sur le droit constitutionnel et les sciences politiques, apporte beaucoup de fraîcheur au film en donnant la réjouissante impression de beaucoup s’amuser. Il faut dire aussi qu’au moment du tournage, Miguel Lobo Antunes venait de prendre sa retraite et qu’il était particulièrement bien placé pour savoir ce qu’un senior comme Luis, proche de la retraite, pense de son avenir et de la façon, pas toujours très amène, dont ces mêmes seniors sont perçus dans le monde du travail. Au contraire de Miguel Lobo Antunes, Luísa Cruz, l’interprète de Lucinda, est une comédienne très expérimentée que ce soit au théâtre, à la télévision ou au cinéma.

Conclusion

Une certitude : Technoboss n’est pas un film consensuel, sa vision pouvant déconcerter un certain nombre de spectateurs. Par contre, celles et ceux qui aiment le cinéma décalé, les situations loufoques, le mariage des genres, trouveront dans ce film non seulement  de quoi se réjouir, mais également matière à réfléchir.



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