Edouard Philippe déconfine les urnes


Ils étaient tous dans leurs petits souliers. Du petit élu local au locataire de Matignon, du toubib de quartier au mandarin de la faculté, tous se demandaient bien comment sortir du piège de la prise de décision de la date du deuxième tour des élections municipales. Au fond, personne ne possédait la formule magique pour jouer la carte du « zéro risque ». Il n’y avait que des coups à prendre dans cette affaire minée par la peur. Un temps, Edouard Philippe et Emmanuel Macron ont tenté d’impliquer les partis politiques et les élus, histoire d’échapper à la ribambelle de procès en responsabilité qui les guettent. Devant le peu d’empressement des uns et des autres à se mouiller à leurs côtés, il a bien fallu passer à l’acte. Et siffler la fin d’un feuilleton qui commençait à faire désordre.

Edouard Philippe, comme toujours, est monté au front. Avec son flegme habituel, désormais sa marque de fabrique, Ed le placide a tranché publiquement pour le 28 juin. Encore une fois, il a planté quelques banderilles sur son territoire, celui de l’homme d’Etat qui n’a pas peur de déplaire. Du bouclier en kevlar. Fini le temps des tergiversations, du billard à trois bandes, où les politiques se cachent derrière les blouses blanches des apparatchiks du monde de la santé. Finies les discussions oiseuses, labyrinthiques, donc souvent illisibles, dans lesquelles les citoyens se perdent immanquablement.

Second tour des municipales en juin : bonne ou une mauvaise idée ?

Certes, on savait que le pouvoir voulait sortir au plus vite de cette séquence. Histoire de ne pas s’enliser. Car ce gouvernement, au fond, était dans les sables mouvants. S’il agissait, il coulait. S’il ne bougeait pas, il coulait aussi. Donc, quitte à être victime d’un naufrage, c’est-à-dire un retour massif de la pandémie, quelques semaines avant le jour du scrutin, et donc de tout annuler, autant montrer une image de courage et de détermination.

Depuis plusieurs semaines, les cabinets des ministres concernés planchaient sur le sujet. Le message venu de l’Elysée était clair : ne pas prêter le flanc aux critiques venus de nombreux élus. Certains reprochaient au pouvoir de profiter de l’épidémie du Covid-19 pour retarder à 2021 ces élections locales pour ne pas subir une défaite programmée, cuisante à coup sûr. En jouant la montre, en gagnant sept ou huit mois, l’exécutif et les caciques de LREM pouvait espérer des jours meilleurs, un peu moins sombres, en tout cas.

Or, Emmanuel Macron, déjà réticent à donner son aval pour le premier tour de mars, avait finalement cédé face aux groupes de pression, en particulier ceux de l’opposition, pour, selon une formule qui lui est attribuée, « ne pas passer pour un dictateur ». Cette fois, encore, il veut apparaître comme le grand « déconfineur » de la démocratie française. Et c’est Edouard Philippe qui va au charbon. Pour l’heure, il semble que la pandémie poursuive sa lente érosion et qu’on s’achemine vers une sortie de crise plutôt réussie. A coup sûr ? Avec ce satané virus, d’une malignité diabolique, il faut toujours se méfier. Tous les décideurs, et bien sûr le Conseil scientifique, multiplient les mises en garde, les appels à la prudence. La menace d’un cluster géant, relançant la panique dans les chaumières, n’est pas totalement derrière nous.

Néanmoins, il faut voter. Comment expliquer qu’on dé-confine les écoles, les entreprises, les plages, et qu’on refuse aux Français l’occasion de choisir les nouvelles équipes municipales de leur cité ? Quasi impossible. Edouard Philippe n’a pas eu le choix, tout en étant conscient qu’un nouveau coup du sort ne l’épargnerait pas. Mais, depuis trois ans qu’il occupe les locaux de la rue de Varenne, il n’est plus à un tremblement de terre près. Alors, encore une fois, il assume crânement. Petit détail : candidat à la mairie du Havre, il a de grandes chances d’être élu, fin juin. En cas d’un grand remaniement à la rentrée, il saura où atterrir. En politique, il faut toujours s’assurer de ses arrières…





nouvelobs

A lire aussi

Laisser un commentaire