L’apprentissage menacé par la crise du coronavirus


L’atelier ébénisterie au Centre de formation des apprentis d’Eschau (Bas-Rhin). Photo d’illustration. (MAXPPP)

Tout allait si bien. Trop bien. L’apprentissage, qui était pourtant en pleine forme, va-t-il connaître un coup d’arrêt ? Et des milliers de jeunes se retrouver sans travail à la rentrée ? C’est ce que craignent les professionnels du secteur. 2019 avait été l’année du décollage et 2020 devait être celle de la confirmation : 16% de hausse des contrats d’apprentissage l’an dernier, des centres de formations des apprentis (CFA) qui s’ouvraient un peu partout, notamment à l’initiative des entreprises, un effet de la dernière réforme… Seulement voilà, « les entreprises n’ont pas la tête à l’apprentissage », de l’aveu d’Alain Griset, le président de l’U2P, l’Union des entreprises de proximité.

Si les grands groupes ne semblent pas fermer leurs portes aux apprentis pour la prochaine rentrée, la crise sanitaire semble tétaniser les plus petites. Du côté de l’ Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM), on anticipe une baisse de 20 à 40% des alternants. Prévisions encore plus alarmistes de la part des directeurs de trois grandes écoles qui, dans une tribune, redoutent une baisse de 80% des contrats en alternance à la rentrée.

Pourtant, même si les journées portes ouvertes des CFA et les salons de recrutements n’ont pas pu se tenir et se sont déroulés de façon virtuelle, les candidats sont là. Un afflux qui confirme la cote retrouvée de l’apprentissage chez les jeunes et leurs familles. Au gouvernement, on parlait même de « dynamique exceptionnelle ». Mais voilà, les entreprises ont peur. « Elles se désengagent massivement des contrats de stages, d’apprentissage et d’alternance qu’elles avaient signé avec les étudiants », disent les trois directeurs des écoles de commerce. Ce sont les TPE et les PME, qui représentent 40% des embauches en alternance, qui menacent de tout bloquer. Qui va signer en juillet des contrats d’apprentissage pour septembre ? 

Les professionnels de l’apprentissage demandent des mesures fortes au gouvernement, qui planche en ce moment même sur un plan de relance. La première demande est directement inspirée du chômage partiel. Il s’agirait de faire prendre en charge par l’État la rémunération des apprentis, au moins sur les premiers mois. Deuxième piste, donner plus de temps aux jeunes pour trouver une entreprise. Ils ont trois mois actuellement, ils pourraient en avoir six, voire douze. Enfin développer davantage l’apprentissage dans la fonction publique, qui est un peu à la traine.

En temps de crise, l’apprentissage ne manque pourtant pas d’avantages pour l’employeur. Si l’embauche en CDI peut paraître trop risquée, embaucher un apprenti donne accès à une main d’œuvre qualifiée, pour pas cher, et pour sans trop s’engager dans le temps. Des atouts qui pourraient sauver la mise de centaines de milliers de jeunes.



FranceTVinfo

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