Macron et Philippe pressés d’en finir avec le boulet des municipales


Un deuxième tour des élections municipales, le 28 juin prochain, au début de l’été : est-ce vraiment raisonnable ? L’opération ne sent-elle pas furieusement le guêpier politique à venir, pour ne pas dire l’entourloupe, tant les leaders de l’opposition font un pressing effréné pour conclure cet épisode électoral, interrompu pour cause de pandémie ?

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Depuis plusieurs jours, Emmanuel Macron et Edouard Philippe s’interrogent. Ils craignent, à juste titre, la fameuse « deuxième vague » de l’épidémie de Covid-19, qui, comble de scoumoune, pourrait bloquer une deuxième fois la tenue du scrutin. Et pourtant, il faut bien en finir avec cette affaire, éviter de bloquer l’activité de milliers de communes, et surtout il est impératif de relancer la machine économique du pays. Or, les villes riches ont une masse d’investissements à voter pour les années à venir. Impossible donc de traîner en longueur, sous peine de paralysie.

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Campagne coup de poing

Il semble ainsi que la fin du mois de juin va connaître une petite surchauffe électorale dont se serait bien passé le pouvoir. Un peu de calme après la tempête ne lui aurait pas nui. Il aurait sacrément été utile au projet mirifique, et irréaliste, de la constitution d’un gouvernement d’union nationale, rêvée par le président de la République. L’atterrissage, hélas, ne sera pas de tout repos. Décidément, il aura été écrit que ce pouvoir n’aura été épargné par aucun coup du sort. Il faudra donc aller au bout de la logique de ce que de nombreux élus municipaux, partisans d’une accélération du processus électoral, nomment le « déconfinement démocratique ». Avec les risques sanitaires que l’on sait. Or, le conseil scientifique a donné son aval pour la date du 28 juin, tout en observant, avec la ruse de sioux des grands prêtres de la santé, qu’il faudra tout de même donner un dernier feu vert quinze jours avant l’élection. Troublant, mais inévitable.

Les équipes des candidats vont donc mener une campagne coup de poing, angoissées et fébriles, dans une période où les Français ont la tête tournée vers les campings et les maisons d’hôtes. Avec, pour les distributeurs de tracts, la crainte d’un retour des jours sombres du début de l’épidémie. En fait, le duo à la tête de l’exécutif n’avait pas vraiment le choix. Le conseil d’Etat ayant considéré que le second tour devait être « strictement encadré dans le temps », dans un délai de trois mois après le premier tour, juin était incontournable. Sinon, selon les gardiens de la loi de la place du Palais-Royal ? Sinon retour à la case départ en octobre, et rebelote, entame d’une nouvelle manche avec premier et deuxième tours.

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Mouiller l’opposition

Un casse-tête à vous coller une migraine féroce. Imaginez une rentrée de septembre totalement accaparée par des batailles municipales. Pour Emmanuel Macron et Edouard Philippe, pas question de replonger dans le cloaque des petites luttes partisanes, alors qu’ils préparent la mise en image du nouveau film que nous concocte l’hôte de l’Elysée : portant désormais le costume du repentant, de celui qui reconnaît sa cécité en matière d’inégalités sociales, et qui est prêt à opérer sa métamorphose, le regard tourné vers les plus pauvres, le « président des riches » va devenir le « président des chiches » en d’autres termes, de « ceux qui ne sont rien ». Cette mue doit se faire dans une forme d’apaisement social.

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Il fallait donc se débarrasser au plus vite de ce scrutin en salle d’attente, qui apparaît désormais comme une affaire de seconde zone, tant les Français vivent avec le spectre du Covid-19. En attendant que le dossier soit définitivement bouclé, le tandem au sommet de l’Etat tente de mouiller chefs de partis politiques et parlementaires, pour ne pas porter seul la responsabilité de la décision. En vain. Encore une fois, il va leur falloir assumer la solitude du pouvoir, lié à nos institutions un brin monarchiques. Ce choix du 28 juin, pas tout à fait officiel, est du pain béni pour de nombreux candidats placés en tête au premier tour. A moins d’un tremblement de terre politique, ces derniers ont de grandes chances d’emporter la mise, pour une raison simple : les électeurs veulent passer à autre chose. Des mobilisations massives de deuxième tour paraissent donc largement improbables. Le locataire de l’Elysée n’a donc aucune raison de jouer la montre. Il sait que les rendez-vous électoraux municipaux sont toujours défavorables au pouvoir en place. Alors, pourquoi traîner ? Il faut avaler la pilule au plus vite…





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