La montée des populismes en Europe : 3 minutes pour comprendre


Synthèse


18.05.2020

Jules Lastennet

Le populisme : mal politique du XXIe siècle ? Le phénomène existe depuis l’Antiquité, mais ce courant a en effet le vent en poupe depuis plusieurs années, notamment en Europe.

Viktor Orbán, Premier ministre hongrois – Crédits : Annika Haas / Flickr

Donner une définition unique et convaincante du populisme se révèle en revanche difficile. Pêle-mêle, les partis qui s’en réclament – ou qui en sont targués – prônent le protectionnisme, le nationalisme, la démocratie directe, ainsi que la « défense du peuple contre les élites ». Par conséquent, ces partis se retrouvent le plus souvent autour d’une critique plus ou moins violente de la construction européenne, qu’ils présentent souvent comme un projet antidémocratique et ultra-libéral.

La plupart des mouvements populistes européens ont également en commun de rejeter les schémas politiques traditionnels. La radicalité de leurs discours fait qu’ils se situent plutôt aux extrêmes gauche et droite des paysages politiques, même si certains partis aux positions ambivalentes sont plus difficilement classables.

Michel Wieviorka : Le populisme est « un discours qui prétend parler d’en bas pour dénoncer le monde d’en haut »

France, Italie, Allemagne…

Et rares sont les pays européens à échapper à leur progression. La France peut à cet égard être vue comme un précurseur. Le Rassemblement national, auparavant Front national, réalise en effet des scores élevés depuis maintenant plus de 30 ans, tandis que de l’autre côté de l’échiquier, le parti de gauche radicale La France Insoumise obtient des scores proches des partis traditionnels de gouvernement.

L’Italie se trouve dans une situation similaire avec plusieurs partis désormais bien enracinés pouvant être qualifiés de populistes. C’est le cas de la Ligue (Lega), située à l’extrême droite. Cette dernière formation a d’ailleurs récemment été au pouvoir, de juin 2018 à septembre 2019, aux côtés d’un « ovni » politique également populiste, le Mouvement 5 étoiles, toujours au gouvernement.

Plus récemment, d’autres pays d’Europe occidentale et du Nord ont à leur tour connu une poussée du populisme : les Pays-Bas, la Suède, le Danemark ou encore l’Espagne. Des Etats qui figurent parmi les plus prospères du continent et réputés pour leur grande stabilité. Le lien fréquemment évoqué entre vigueur du populisme et difficultés économiques et sociales n’est donc que partiel. En Allemagne, première puissance économique du continent, l’extrême droite (AfD) et l’extrême gauche (Die Linke) s’affirment également, même si cette progression est plus marquée dans les régions d’ex-Allemagne de l’Est, qui souffrent de la désindustrialisation.

Ainsi, si le déclassement ou la peur de celui-ci sont bien des facteurs incontournables dans la progression des mouvements populistes, c’est également le cas des enjeux de souveraineté et d’identité. Les idées de « société fermée » et de « nation homogène » font partie des argumentaires de nombreux leaders populistes.

Groupe de Visegrád

C’est le cas notamment à l’est de l’Europe, dans des pays tels que la Hongrie, la Pologne, la République tchèque ou la Slovaquie, qui forment à eux quatre le groupe de Visegrád. Ces Etats, longtemps sous la domination de l’Union soviétique, défendent une certaine indépendance vis-à-vis de l’Europe et se sont montrés réticents à toute forme de solidarité européenne au plus fort de la crise migratoire.

Qu’est-ce que le groupe de Visegrád ?

En Hongrie et en Pologne notamment, l’arrivée au pouvoir de dirigeants populistes de droite radicale entraîne même des mesures visant à réduire l’Etat de droit. L’indépendance de la justice ou la liberté de la presse sont par exemple remises en cause. Dans ces pays, le populisme est accompagné par le principe contradictoire de « démocratie illibérale ». Ces deux pays font l’objet de procédures d’infraction aux valeurs de l’UE (article 7) de la part de la Commission européenne.

En Hongrie, le populiste de droite radicale Viktor Orbán est au pouvoir depuis 2010. Au niveau européen, il est membre du Parti populaire européen, qui regroupe pourtant les principaux partis conservateurs, comme celui d’Angela Merkel. Sa formation politique, le Fidesz, en a cependant été suspendue, sans pour autant en être exclue, en mars 2019. ‌

En 2020, dans le contexte de la pandémie de Covid-19, son gouvernement s’est octroyé les pleins pouvoirs pour une durée illimitée. L’ONG Freedom House a ainsi qualifié la Hongrie de régime « hybride » entre une démocratie et un régime autoritaire, une première pour un pays de l’UE.



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