le gouvernement cherche à partager le risque politique


L’exécutif tranchera la semaine prochaine sur le second tour des élections municipales qui pourrait se tenir fin juin, mais il souhaiterait s’assurer d’un consensus politique large sur la date afin d’éviter les critiques qui ont accompagné la tenue du premier tour en mars.

Le souvenir de ce premier round des municipales est encore cuisant: un paysage politique sens dessus dessous, accusant Emmanuel Macron de jouer au « Baron Noir » en envisageant un report du scrutin, avant de demander à quelques heures de l’ouverture des bureaux de stopper toute la machine.

Le premier tour des municipales a-t-il vraiment accéléré la circulation du coronavirus ?

Depuis, alors que les oppositions assurent ne pas avoir été suffisamment consultées dans ce choix, l’exécutif essuie des procès en inconséquence. Il aurait favorisé la propagation de l’épidémie de coronavirus deux jours avant de décreter un confinement général, même si une étude parue vendredi tend à démontrer le contraire.

« C’est le Premier ministre qui a pris la perte », souffle un de ses proches, ajoutant qu’Edouard Philippe « réfléchit aux meilleurs moyens d’associer les forces politiques et les parlementaires aux choix de la bonne date » pour le second tour qui concerne environ 5.000 communes – pour l’essentiel les plus peuplées.

La décision s’appuiera d’abord sur un rapport du Conseil scientifique, attendu en début de semaine. Mais d’ores et déjà, l’hypothèse de tenir le 2e tour fin juin, vraisemblablement le 28, a fait son chemin à l’Elysée et Matignon.

Car si ce deuxième tour ne pouvait être organisé en juin, cela impliquerait de refaire l’intégralité du scrutin, à l’automne voire en mars 2021.

Macron « assume totalement » le maintien du premier tour des élections municipales

« La position du président est que si ça peut se faire avant l’été, il faut aller au bout de la séquence », assure un de ses familiers. Une ligne partagée par le Premier ministre, indiquent des sources concordantes dans la majorité, alors que Philippe est lui-même directement impliqué au Havre où il a obtenu 43,6% des voix au premier tour.

Larcher refuse un vote au Sénat

A la manoeuvre, Edouard Philippe envisageait donc de solliciter un débat et un vote au Parlement sur l’organisation de l’élection fin juin, sur la base de l’article 50-1 de la Constitution, qui n’engage pas la responsabilité du gouvernement.

Une façon de figer publiquement les positions des uns et des autres et d’éviter d’éventuels revirements. Ou « de se couvrir », raille un responsable de parti, même si l’entourage de Philippe assure qu’il n’est « pas question de diluer les responsabilités ».

Le Premier ministre aurait assorti sa proposition d’une « clause de revoyure au 10 juin », pour tenir compte d’une éventuelle aggravation de la situation épidémique, selon une source au sein de la majorité.

Mais il s’est heurté jeudi 14 mai au refus du président (LR) du Sénat Gérard Larcher, convié à déjeuner à l’Elysée avec le président de l’Assemblée Richard Ferrand.

Selon cette même source, Larcher « ne veut pas participer au vote » car « il dit que c’est par décret que le gouvernement doit fixer la date, c’est son pouvoir réglementaire ». Une position explicitée vendredi par le patron des sénateurs LR Bruno Retailleau qui qualifie de « drôle d’idée de vouloir faire un débat et un vote » puisque le Parlement a déjà entériné le 23 mars, en adoptant la loi d’état d’urgence sanitaire, la possibilité d’un scrutin d’ici à la fin juin.

Avis divergents dans tous les camps

« En vérité, Les Républicains ne veulent pas de vote car personne n’est d’accord avec personne », estime en retour un ténor de la majorité, ironisant: « Les mêmes qui disent qu’on ne les consulte pas assez, jugent que là on les consulte trop. »

Quoi qu’il arrive, le consensus sera difficile à obtenir tant les avis divergent au sein de tous les camps. Ainsi la présidente du RN Marine Le Pen milite-t-elle pour des municipales en 2021, quand Louis Aliot, candidat RN en passe de l’emporter à Perpignan, plaide pour la fin juin.

L’entourage d’Emmanuel Macron n’est lui-même pas uni sur ce point, certains s’inquiétant d’une « campagne à la sauvette » en juin. Mais « entre le 1er et le 2e tour, normalement il n’y a que 3 jours entiers de campagne », pointe en retour le patron du MoDem François Bayrou, favorable à un vote avant l’été.





nouvelobs

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