Accusée d’humiliations, de racisme, de sexisme et d’homophobie, la députée LREM Laetitia Avia veut porter plainte


« L’amendement des PD », « ça sent le Chinois », sollicitations à toute heure, remarque sur le physique… Alors que Laetitia Avia doit présenter ce mercredi 13 mai, en dernière lecture à l’Assemblée nationale, sa proposition de loi de lutte contre la haine sur internet, la députée LREM se trouve empêtrée dans une affaire de harcèlement ; d’anciens collaborateurs l’accusent de racisme, de sexisme, d’homophobie, d’humiliations et de harcèlement moral.

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Mardi soir, le site d’investigation Mediapart a mis en ligne une longue enquête faisant intervenir cinq anciens assistants parlementaires, qui accusent la députée de la huitième circonscription de Paris d’humiliations quotidiennes mais aussi de comportements et propos racistes, sexistes ou homophobes. Laetitia Avia a annoncé son intention de porter plainte dans la soirée. Contactée par « l’Obs », la députée LREM n’a pas répondu à nos sollicitations.

« On a voté l’amendement des PD »

Il y aurait « un fossé entre les valeurs qu’elle défend publiquement et ce [qu’elle a] constaté en travaillant à ses côtés », rapporte une de ses anciennes collaboratrices. Celle qui martèle ne pas « tolérer » le racisme, le sexisme ou l’homophobie, verserait ainsi dans des propos discriminants. Ses ex-assistants expliquent comment un ex-salarié d’origine chinoise (qui n’a pas souhaité témoigner) aurait fait les frais de remarques racistes, devenant un « bouc émissaire », captures d’écran à l’appui.

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Alors qu’elle combat en public les discriminations contre les personnes LGBT, Laetitia Avia se permet parfois des sorties homophobes, selon Mediapart : « On a voté l’amendement des PD », peut-on notamment lire dans une conversation d’avril 2018, juste après avoir voté un amendement en faveur des réfugiés LGBT. Une phrase dont la députée s’est justifiée sur Twitter, affirmant avoir repris les mots d’un collègue.

Selon ses anciens collaborateurs, les propos sexistes seraient récurrents : « Elle insulte souvent les députées qu’elle n’aime pas de pute. Elle se moque aussi beaucoup de leur physique », révèle l’un d’eux. Dans des captures d’écran, on voit notamment la députée se moquer du physique ou de la tenue de sa collègue députée LREM Aurore Bergé.

« Parfois, elle se moque du physique de certaines militantes de sa circonscription, mais aussi de membres de l’équipe quand ils ne sont pas là », continue un ex-assistant. L’un des collaborateurs estime par ailleurs que la députée « méprise ses électeurs » : elle déléguerait ainsi la majorité de ses rendez-vous en circonscription.

Des conditions de travail difficiles

En plus de ces comportements et propos déplacés, les anciens collaborateurs de Laetitita Avia décrivent également des conditions de travail éreintantes, « un système qui vous broie ». En à peine trois ans, six personnes ont déjà quitté son équipe et une autre s’apprête à le faire, décrit l’un des témoins. « Travailler pour elle, c’était être sollicitée de 7 heures à 1 heure du matin. Même le week-end », abonde une autre ancienne collaboratrice.

Les témoins décrivent également des missions qui leur étaient confiées n’entrant pas dans le cadre de leur travail, comme « gérer ses rendez-vous personnels » ou « réserver une place pour son mari à Roland-Garros ». Un collaborateur aurait même été chargé de corriger à sa place des copies d’étudiants de Sciences-Po, où la députée donne parfois des cours.

Certaines pratiques de l’élue semblent également être contraires au droit du travail, selon l’enquête de Mediapart. Une ancienne assistante aurait notamment été officiellement embauchée en février 2018, un mois après avoir réellement commencé à travailler pour la députée, mais sans être rémunérée.

Selon le site d’investigation, ces dysfonctionnements ont été signalés, auprès du président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, et de la cellule anti-harcèlement de la chambre, sans résultat jusqu’à présent.

Une « manipulation honteuse », selon la députée

Dans la foulée de la publication de l’article, Laetitia Avia a publié sur Twitter une série de tweets pour se défendre, accusant notamment un journaliste de Mediapart de harcèlement à son encontre. Elle dénonce « de la manipulation honteuse », « des bouts de messages privés » qui ont été « tronqués, détournés et décontextualisés ».

« Je vais donc déposer plainte pour diffamation. Et nous nous en expliquerons devant le juge », conclut la députée. De son côté, Mediapart maintient son enquête et explique que les assistants parlementaires, cités sous pseudonymes, sont prêts à témoigner devant la justice

Reconnaissant toutefois que « les mots peuvent être blessants », la députée a adressé ses excuses « à tous ceux qui [ont] pu se sentir heurtés à la lecture de ces extraits ».

Laetitia Avia n’en est pas à sa première polémique. En 2017, elle aurait ainsi mordu un chauffeur de taxi à l’épaule lors d’une altercation, selon « le Canard enchaîné ». Au début du confinement, elle a également été accusée d’avoir voulu rapatrier à Paris une collaboratrice atteinte d’une maladie auto-immune confinée dans sa résidence secondaire.





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