échange tendu entre Emmanuel Macron et deux soignantes à la Pitié-Salpêtrière


« Il faut mettre fin » à la « paupérisation » des soignants, a martelé le président de la République Emmanuel Macron, ce vendredi 15 mai lors d’un déplacement à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, reconnaissant une « erreur » dans la réforme du système de santé qu’il a engagée il y a deux ans. « Oui, on va investir », a promis le chef de l’Etat, vivement interpellé par des infirmières des urgences. « On sera au rendez-vous », a-t-il insisté, affirmant avoir demandé au ministre de la Santé, Olivier Véran, « un travail express » sur le sujet.

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Un échange vif avec deux soignantes a retenu l’attention : «Je n’ai pas envie que la bonne énergie retombe et que le désespoir s’installe », leur dit le chef de l’Etat. « Malheureusement il est déjà là, Monsieur Macron », répond la première. « Avant même le Covid on était déjà désespérés, depuis des années », renchérit la seconde.

« C’est gentil, la prime. On la prendra quand même. Ce que l’on veut, c’est la revalorisation. De combien et quand ? », insiste la première infirmière. « Ca fait longtemps que le gouvernement nous l’annonce et à chaque fois vous rajoutez des conditions »

« On est désespérés, on ne croit plus en vous. »

« Moi je n’ai jamais fait de promesse, donc vous avez raison de ne pas avoir cru en moi là-dessus car quand je fais des promesses, je les tiens », réplique Emmanuel Macron.

« Je fais la promesse de revenir, je reviens. Donc quand je m’engage à un truc, je le fais. Je m’étais engagé à ce que l’on sorte progressivement de la tarification activité sur une stratégie santé 2022. Ce que je constate, c’est cette stratégie où on a réinvesti pour la première fois depuis 15 ans dans l’hôpital. C’est avant les mouvements 2018 qu’on met fin aux tarifs hospitaliers. »

« Mais Monsieur Macron, tout ça on ne le voit pas », souligne une des infirmières. « Vous nous parlez financièrement, par rapport à une globalité des choses. Nous, nos salaires, on n’y voit pas la différence. »

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Le président de la République s’est engagé fin mars à mettre en oeuvre un « plan massif d’investissement » pour l’hôpital, comprenant une « revalorisation de l’ensemble des carrières » pour les personnels, dès que la crise sera passée. Après plusieurs semaines de tractations, le gouvernement a arrêté ce vendredi les détails de la « prime Covid » promise au personnel hospitalier, première étape d’une politique de revalorisation des carrières pour laquelle le chef de l’Etat est néanmoins attendu au tournant.

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Promise fin mars par Emmanuel Macron, mais suspendue depuis lors à la publication d’un décret, la prime sera versée à « l’ensemble des professionnels des établissements publics de santé » mobilisés « face à l’épidémie », a annoncé vendredi le ministère de la Santé. Cette récompense, défiscalisée et exemptée de cotisations sociales, atteindra 1.500 euros pour les soignants qui ont travaillé dans les départements les plus touchés ou dans des hôpitaux ayant accueilli des malades. Pour les autres, elle sera de 500 euros.

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« Il a fallu le Covid pour que vous réagissiez »

« Ce que vous exprimez, c’est que ça ne va pas assez vite et qu’on n’a pas répondu à une partie des attentes qui sont légitimes », résume le chef de l’Etat aux deux infirmières.

« Oui mais il a fallu attendre le Covid pour que vous réagissiez, c’est pas normal. Monsieur Macron, il faut le Covid pour que vous réalisiez que les hôpitaux sont en souffrance », répond une de ses interlocutrices avec amertume.

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« Non c’est pas vrai. C’est faux », réplique Emmanuel Macron.

« Ca fait six ans que je suis infirmière, on est en souffrance, on n’a pas de matériel. On n’a rien », reprend l’infirmière.

« Je finis juste parce que vraiment, je dois filer », coupe Emmanuel Macron. « Et je suis venu parce que vous m’avez interpellé »

« Nous aussi on doit filer », rétorque une infirmière. « On a des patients qui nous attendent. »





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