Ann-Kathrin Stracke, qui accuse Valéry Giscard d’Estaing d’agression sexuelle, dénonce une « situation dégradante »


« J’ai conscience que Valéry Giscard d’Estaing est un ancien président, qui a toujours de l’influence et du pouvoir, mais je trouve qu’il est important de parler de son comportement ». Ann-Kathrin Stracke, journaliste de 37 ans à la télévision publique allemande WDR, a déposé une plainte le 10 mars contre Valéry Giscard d’Estaing, actuel membre du Conseil Constitutionnel âgé de 94 ans, l’accusant de lui avoir posé la main sur les fesses à trois reprises lors d’une interview réalisée dans son bureau parisien. Une enquête a été ouverte lundi 11 mai.

Enquête ouverte contre Valéry Giscard d’Estaing, accusé d’agression sexuelle

Interviewée par plusieurs médias, la journaliste allemande témoigne de ce qui l’a poussé à sortir de son silence, notamment sur cette journée du 18 décembre 2018, au cours de laquelle elle interviewait l’ancien chef de l’Etat.

« J’ai fait l’interview en français, elle s’est bien passée. Après l’interview, j’ai demandé une photo de l’équipe avec Valéry Giscard d’Estaing. Son employé, qui était dans la pièce avec nous, a pris la photo, et Valéry Giscard d’Estaing a mis sa main sur ma taille, puis il l’a glissée sur ma fesse gauche », raconte à Europe 1 Ann-Kathrin Stracke.« On a demandé une seconde photo, et il a recommencé. Comme la première fois, j’ai essayé de repousser sa main, mais je n’ai pas réussi. J’avais vraiment l’impression qu’il insistait. »

L’ancien chef de l’Etat lui fait ensuite la bise et lui glisse à l’oreille en allemand « Faites de beaux rêves ».

Valéry Giscard d’Estaing accusé d’agression sexuelle par une journaliste allemande

« J’ai mis quinze mois avant d’en parler »

« Il a voulu me montrer des photos qui étaient au mur. Il a de nouveau mis sa main sur ma taille et ma fesse. J’ai essayé de me dégager, mais je n’ai pas réussi », poursuit la journaliste allemande. « Je ne peux pas dire ce qui se passe dans sa tête à ce moment-là. Je me suis tournée vers mes collègues, je leur ai fait signe que j’étais dans une situation dégradante, j’étais très mal à l’aise. Je me suis sentie humiliée. »

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Ann-Kathrin Stracke relate les faits à sa direction, et la chaîne de télévision WDR écrit au cabinet de Valéry Giscard d’Estaing. En réponse, le cabinet de l’ancien chef de l’Etat déclare n’avoir aucune réponse à faire valoir. « Mon employeur a envoyé un courrier au cabinet de monsieur Giscard d’Estaing pour exprimer sa pleine et entière désapprobation quant aux gestes sexuels commis quand j’étais à Paris. Son cabinet a seulement confirmé avoir reçu la lettre », explique Ann Kathrin Stracke.

Il lui faudra toutefois plus d’un an avant d’oser se tourner vers la justice :

« J’ai mis quinze mois avant d’en parler, j’ai reçu les conseils d’un cabinet juridique. Mais si un ancien président de la République agresse quelqu’un sexuellement, je trouve important que les gens le sachent. »Violences éducatives en centres renforcés : de nouvelles victimes témoignent

« Le président Giscard d’Estaing ne se souvient d’aucune espèce de moment qui aurait pu prêter à confusion et n’a aucune espèce de commentaire à faire sur la plainte qui a été déposée », affirme Me Jean-Marc Fédida, l’avocat de l’ancien président de la République.





nouvelobs

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