Covid-19 : comment les Etats membres déconfinent


Synthèse


07.05.2020

Barthélémy Gaillard

Alors que l’épidémie ralentit ou reflue dans la plupart des Etats membres de l’Union européenne, les gouvernements des 27 engagent des plans de déconfinement progressifs et différents d’un pays à l’autre. Tous doivent néanmoins composer avec les mêmes enjeux : concilier l’impératif sanitaire et la relance d’une économie à l’arrêt depuis le mois de mars.

Comme en témoigne ce contrôle policier à Bucarest, le déconfinement initié par les Etats membres de l’Union européenne reste très progressif et encadré – Crédits : CatEyePerspective / iStockphoto

Depuis l’apparition du virus en Chine en fin d’année dernière, le regard européen sur le coronavirus a radicalement changé. Alors que les premiers cas de Covid-19 se sont déclarés fin janvier en Europe, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, une agence de l’Union européenne, n’y recensait que 275 cas un mois plus tard. Le 7 mai, ce chiffre est passé à un million de cas et plus de 140 000 morts, faisant de l’Europe le continent le plus endeuillé par la maladie.

Covid-19 : chronologie de la pandémie en Europe

Au matin du 7 mai, l’Italie reste le pays de l’Union européenne où le virus a fait le plus de victimes, avec 29 684 morts, devant l’Espagne, qui déplore 25 857 décès, et la France (25 812). Pays le plus peuplé d’Europe, l’Allemagne a quant à elle largement amorti le choc épidémique avec 7 275 morts, un chiffre inférieur à celui constaté en Belgique (8 339). Hors UE, le Royaume-Uni est devenu le pays le plus touché en Europe, avec 30 150 victimes. (Source : université Johns Hopkins)

Face à cette pandémie, les dirigeants des 27 Etats membres ont pris des mesures plus ou moins drastiques. Premier pays touché massivement par le Covid-19, l’Italie a confiné sa population le 9 mars au soir. La plupart des 26 autres Etats membres lui ont progressivement emboîté le pas, adoptant des politiques de distanciation sociale, de fermeture des commerces non-essentiels et de verrouillage des frontières, destinées à limiter la circulation du virus. L’Espagne a mis en place le confinement le plus radical du continent, en interdisant notamment toute sortie aux enfants jusqu’au 26 avril.

A l’inverse, la Suède a quant à elle adopté la politique la moins restrictive d’Europe. Le gouvernement a en effet prôné la stratégie de l’immunité collective, selon laquelle la circulation du virus permet l’immunisation d’une majorité de la population et rendrait donc par là-même la maladie inoffensive.

La France a pour sa part décrété le confinement de sa population le 17 mars.  Celui-ci devrait prendre fin progressivement à partir du 11 mai, tandis que ses frontières avec les pays non européens resteront fermées jusqu’à nouvel ordre, celles avec ses voisins européens restant quant à elles soumises à un contrôle strict jusqu’à la fin du mois d’octobre au moins.

Covid-19 : ce que les Etats membres ont mis en place

Néanmoins, face au plafonnement ou au recul de l’épidémie constaté depuis fin avril dans la plupart des Etats membres, les gouvernements européens ont entamé un lent processus de déconfinement de leurs sociétés et de leurs économies. Les premières mesures allant dans ce sens ont été prises par la République tchèque qui, dès le 9 avril, a autorisé certains commerces à reprendre leur activité. La dynamique s’est accélérée le 4 mai, date à laquelle de nombreux Etats membres dont l’Espagne, l’Italie, la Grèce ou encore le Portugal ont levé certaines des mesures d’exception qu’ils avaient instaurées. Face à la récession sans précédent que la paralysie de l’économie devrait provoquer – le FMI et la Commission européenne prévoient une chute du PIB de l’UE variant de 7,1 à 7,4% pour 2020 – tous les gouvernements ont élaboré des plans de relance nationaux d’ampleur. Le tout pour un montant total estimé par la Fondation Robert Schuman à 2 450 milliards d’euros, soit plus de 15% du PIB de l’Union.

Près de quatre mois après l’apparition de l’épidémie en Europe, les exécutifs des 27 tentent donc de composer avec deux impératifs. D’une part, éviter une deuxième vague épidémique et préserver la santé des populations qu’ils gouvernent. De l’autre, limiter les dégâts causés par la crise, à l’origine d’une augmentation sans précédent du chômage en Europe, et qui fait craindre l’émergence d’une crise sociale d’ampleur.

Quels sont les enjeux de la relance économique européenne ?

Si l’enjeu est le même pour tous les Etats, la variété des situations nationales amène les dirigeants à privilégier des stratégies qui diffèrent d’un pays à l’autre. Pour bien comprendre comment chacun appréhende cette première sortie de crise, Toute l’Europe a identifié trois périodes distinctes au cours desquelles les Etats ont initié leurs premières mesures de déconfinement .

Avril : pays d’Europe centrale et du Nord

Parmi les premiers pays à avoir relâché les mesures de confinement, on retrouve exclusivement des Etats d’Europe centrale et du Nord. Les premiers comptent parmi ceux qui ont très rapidement mis en place les mesures les plus drastiques face au Covid-19, limitant ainsi la vague de contaminations et s’offrant la possibilité d’alléger les mesures un peu plus tôt que la moyenne du continent. Ce contexte moins défavorable a également été rendu possible par le fait que l’épidémie s’est propagée plus tardivement dans ces pays, leur laissant le temps d’organiser une réponse sanitaire plus efficace.

La République tchèque est à ce titre un exemple frappant. Alors que l’Italie avait déjà confiné sa population depuis trois jours, le 12 mars, le gouvernement a décrété l’état d’urgence avant d’enregistrer sa première victime du Covid-19. Le pays a également été le premier parmi les 27 à prendre des mesures de déconfinement. Dès le 9 avril, il a en effet autorisé les magasins de construction, de cycles, d’informatique et de réparation à reprendre leur activité. Il a poursuivi en ce sens en permettant à toute une batterie de commerces et institutions de rouvrir le 20 puis le 27 avril. La République tchèque a également mis en place une politique poussée de test de sa population, avec 9,3 tests réalisés pour 1 000 habitants.

L’Autriche, la Slovaquie, la Slovénie et la Pologne présentent sensiblement le même profil et ont déjà entamé le déconfinement progressif de leurs économies et de leurs sociétés. Trois semaines après la réouverture de milliers de petits commerces en Autriche, le gouvernement ne constate aucune recrudescence de l’épidémie. L’autre avantage de ce déconfinement accéléré est économique : selon les prévisions de la Commission européenne, la Pologne est par exemple le pays de l’UE dont l’économie va le moins souffrir de la crise du Covid-19, avec une prévision de récession de « seulement » 4,3% du PIB en 2020 (contre 8,2% pour la France).

Les pays d’Europe du Nord comptent également parmi les premiers à avoir mis en place des mesures de déconfinement. Plus libéraux que leurs voisins d’Europe centrale, ils ont néanmoins réussi à amortir le choc épidémique, comptant notamment sur l’autodiscipline de leurs citoyens. Le Danemark est ainsi le premier pays d’Europe à avoir rouvert ses crèches ainsi que ses écoles maternelles et primaires, le 15 avril.

L’Europe à l’école

Fédéralisme oblige, le cas de l’Allemagne est plus nuancé, les Länder ayant pris des décisions assez différentes selon les territoires. Néanmoins, la même tendance se dessine : une réouverture de certains commerces dès le 20 avril, et une certaine liberté laissée aux citoyens durant la période de confinement. Les parcs ont rouvert, et dans certains Länder comme la Saxe-Anhalt, il est même possible de se retrouver entre amis sous un même toit (à moins de cinq personnes). Ces décisions ont parfois suscité des critiques de l’opposition, mais jusqu’ici la « deuxième vague » de propagation de l’épidémie n’a pas eu lieu.

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4 mai : pays latins et baltes

Le 4 mai est une date charnière dans le processus de déconfinement européen. Ce jour-là, de nombreux pays du pourtour méditerranéen et deux des pays baltes ont rouvert certains de leurs commerces et institutions.

Certains comptent parmi les plus touchés par la pandémie de Covid-19, comme l’Italie. Si les premiers assouplissements y ont été décrétés dès le 14 avril, 4,4 millions de salariés italiens ont repris le chemin du travail le 4 mai. Le même jour, les bars et restaurants ont été autorisés à assurer la vente à emporter, selon un plan graduel de déconfinement conçu en cinq étapes. Les mesures de confinement très strictes ont été adoucies, mais restent assez sévères par rapport aux règles édictées par les pays du premier groupe. Les Italiens ne peuvent toujours pas sortir de leur commune de résidence et viennent donc seulement d’avoir à nouveau le droit de fréquenter les parcs et jardins publics.

Même chose en Espagne, où les enfants ont été contraints au confinement total jusqu’au 26 avril. Décentralisation du pouvoir oblige, le déconfinement espagnol est très variable d’une province à l’autre, les régions les moins touchées par l’épidémie comme les Baléares ou les Canaries ayant déjà autorisé la réouverture des bars et restaurants (avec capacité d’accueil limitée à 30% de leur potentiel).

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Dernier pays à déplorer son premier mort du coronavirus, Malte a également décrété le début du déconfinement le 4 mai. Chypre et la Grèce ont enclenché leur plan de déconfinement au même moment, la Grèce restant très attentive à la problématique épidémique dans les camps de migrants. La Croatie a également entamé son déconfinement le 4 mai, tout comme la Hongrie, où les règles demeurent néanmoins très strictes à Budapest, qui y concentre la grande majorité des cas de Covid-19.

Pour la plupart de ces pays, la problématique de la reprise de l’activité touristique reste centrale, leurs économies étant très tournées vers ce secteur. C’est aussi le cas pour le Portugal, qui a autorisé les hôtels et les centres commerciaux à rouvrir leurs portes le 4 mai.

La Lettonie et la Lituanie ont également opté pour un timing similaire. Le gouvernement letton a pris un peu d’avance en autorisant les commerces non-alimentaires à reprendre leur activité au 29 avril, tandis que ses voisins lituaniens sont autorisés à quitter le pays depuis le 4 mai. A noter qu’en Lituanie, le gouvernement autorise les bars, cafés et restaurants à servir, mais uniquement en terrasse.

Enfin, le Luxembourg a rouvert ses écoles le 4 mai, et l’ensemble des commerçants devrait pouvoir reprendre le travail le 11. En Belgique, le déconfinement progressif a également été engagé le 4 mai. Le pays, qui présente le plus fort taux de mortalité due au Covid-19 (69,9 décès pour 100 000 habitants, contre 38 pour la France), poursuit néanmoins la réouverture de ses commerces.

A partir du 11 mai : Bulgarie, Estonie, Finlande, France, Irlande, Roumanie

Six Etats ont fixé leur déconfinement ou se sont contentés de relâchements mineurs des mesures de distanciation sociale à une date ultérieure au 4 mai. Ils présentent des profils très divers, de la France, l’un des pays les plus touchés par l’épidémie, à l’Estonie, relativement épargnée (55 morts recensés seulement), en passant par la Finlande. On peut néanmoins distinguer deux profils de pays réunis dans ce groupe, avec d’un côté deux pays d’Europe de l’est ayant pris des mesures très strictes pour juguler la pandémie. La Bulgarie est en effet le seul pays d’Europe à avoir entièrement fermé l’accès à sa capitale, Sofia, et n’a pas donné de date précise pour le déconfinement. La Roumanie, qui imposait quant à elle une quarantaine très stricte à tous ses ressortissants de l’étranger arrivant sur son territoire, envisage de déconfiner au 15 mai si l’évolution de l’épidémie le permet. Le gouvernement a néanmoins déjà autorisé les usines automobiles Ford et Dacia à reprendre leur activité.

Le déconfinement en France

La France a déjà autorisé les magasins de bricolage et de jardinage à reprendre leur activité et dévoilé un plan de déconfinement très progressif et territorialisé qui sera mis en oeuvre le 11 mai. Le gouvernement a instauré un « état d’urgence sanitaire » prolongé jusqu’au 24 juillet, et la fermeture des bars et restaurants au moins jusqu’à la fin du mois de mai.

Les crèches ainsi que les écoles maternelles et primaires rouvriront progressivement à partir du 11 mai. A compter du 18 mai, mais seulement dans les départements classés « vert » où la circulation du virus est très faible, la réouverture des collèges pourra avoir lieu. Les lycéens devront quant à eux attendre une nouvelle annonce, fin mai, pour savoir si et quand les établissements pourront rouvrir. L’Île-de-France, les Hauts-de-France, la Bourgogne Franche-Comté et le Grand Est, les quatre régions les plus touchées du pays classées « rouge », subiront des restrictions spéciales : les jardins, les parcs et les collèges resteront fermés.

Deux catégories de départements ont en effet été créées, l’une – pour les moins touchés par l’épidémie – où le confinement sera levé plus rapidement, et l’autre, où les mesures seront maintenues plus longtemps. Une deuxième phase du plan de déconfinement sera dévoilée le 2 juin. Son contenu dépendra des évolutions épidémiologiques.

La sortie individuelle doit encore être justifiée par une attestation jusqu’au 11 mai. A cette date, il sera possible d’emprunter les transports en commun muni d’un masque (obligatoire à partir de 11 ans) et de se déplacer sans attestation dans un rayon de 100 km autour de son domicile.

Les restrictions aux frontières françaises sont prolongées jusqu’au 15 juin au moins avec les pays européens sauf motifs impérieux (travailleurs transfrontaliers par exemple). Celles de l’espace Schengen « restent fermées jusqu’à nouvel ordre », selon le ministre de l’Intérieur. Les mises en quatorzaine à l’arrivée en France « ne seront pas appliquées à l’intérieur de l’espace européen ».

Enfin, le gouvernement a dévoilé son objectif de procéder à 700 000 tests hebdomadaires au moment du déconfinement. Mais pour l’instant, ces tests sont réservés aux personnels soignants et aux cas les plus graves.

A l’exception de la France, de la Roumanie et de la Bulgarie, les autres Etats à engager tardivement le déconfinement comptent parmi ceux qui avaient pris les mesures les moins strictes face à la pandémie. En Finlande par exemple, les rassemblements de moins de 10 personnes sont autorisés malgré le confinement. Les crèches et écoles pourront reprendre le 13 mai, puis ce sera au tour des cafés et des bars le 1er juin. Les Pays-Bas, partisans du « confinement intelligent », ont laissé ouverts tous les commerces où une distance de sécurité d’un mètre 50 pouvait être observée. Le gouvernement a annoncé que les écoles primaires rouvriront le 11 mai. Enfin l’Irlande, qui s’était contentée d’un simple appel à rester chez soi à la population, autorise déjà les citoyens à se déplacer dans un rayon de 5 kilomètres autour de leur domicile et devrait engager son déconfinement le 18 mai.

Le cas particulier de la Suède

Seul pays de l’Union à avoir maintenu une stratégie d’immunité collective depuis que la pandémie s’est déclarée (les Pays-Bas l’avaient adoptée à l’origine mais l’ont infléchie pour prôner le « confinement intelligent »), la Suède n’est donc pas confrontée à la même problématique de déconfinement. Les seules mesures adoptées limitent les rassemblements à moins de 50 personnes et appellent les citoyens à l’autodiscipline, notamment pour les plus de 70 ans, particulièrement encouragées à s’isoler. Pour le reste, les voyages hors du pays sont interdits jusqu’au 15 juin.

Selon les projections des épidémiologistes d’Etat suédois, près de 30% de la population pourrait être déjà immunisée contre le virus dans la région de Stockholm. Johan Giesecke, ancien épidémiologiste d’Etat suédois entre 1995 et 2005, a estimé quant à lui que la région, où se concentrent la majorité des cas de Covid-19 recensés dans le pays, pourrait atteindre l’immunité collective (soit deux tiers de la population immunisée) fin mai. La Suède reste néanmoins le pays nordique le plus touché par la maladie avec 2 854 morts, loin devant la Finlande, la Norvège ou le Danemark.

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