Les Français sont-ils des déconfits-nés ?


Les psys nous avaient mis en garde contre les risques du confinement. Ce repli sur soi contraint ne pouvait que faire rejaillir les névroses enfouies, les complexes latents, les traumas refoulés. Si elle a bien sûr permis d’éviter des dizaines de milliers de morts, la parenthèse casanière et régressive n’a en rien atténué notre hystérie nationale.

A l’heure du déconfinement, la France décompense. Tétanisée, elle s’angoisse du retour au réel. Aspirant à recouvrer sa liberté, elle stresse pour sa sécurité. Réclamant la protection de l’Etat central, elle dézingue, comme par réflexe, son gouvernement et son administration. S’alarmant à juste titre de la récession annoncée, elle espère repousser la reprise des classes jusqu’au mois de septembre…

Champions du monde de la défiance, près de six Français sur dix disent ne pas faire confiance à Emmanuel Macron pour affronter la crise. Mais ces sceptiques ne fondent guère d’espoirs sur ses opposants. Seulement 20 % de nos concitoyens sont d’avis que Marine Le Pen ferait mieux que l’actuel président, 15 % le pensent de Jean-Luc Mélenchon et 13 % de Xavier Bertrand.« Les esprits sont plus libres » : comment la gauche et les écologistes préparent le « monde d’après »

Serions-nous des déconfits-nés ? Les vivats aux héros en blouse blanche, les sourires aux caissières et les rêves d’un « après » qui chante n’ont pas effacé la peur du déclassement, la hantise du déclin, la terreur de l’effondrement, voire le spectre du grand remplacement. Qu’avons-nous appris sur nous-mêmes que nous ne savions déjà ?

Double contrainte

La société française reste prisonnière d’une injonction paradoxale. Définie par l’école de psychologie de Palo Alto dans les années 1950, cette « double contrainte » consiste à intimer deux ordres contradictoires et inconciliables à un individu ou à un groupe, le contraignant à un évitement pathologique qui peut aller jusqu’à la schizophrénie.

Face au virus, il nous est demandé d’agir en citoyens… tout en demeurant les sujets d’une monarchie républicaine. Injonction paradoxale ! Comment expliquer autrement les contradictions et les revirements d’un pouvoir qui alterne la carotte et le bâton, l’éloge du civisme et l’infantilisation, le « parler vrai » et les pieux mensonges ? S’adresser en adulte aux Français aurait consisté à leur expliquer que l’approvisionnement en masques et en tests prendrait de longues semaines dans un contexte inédit de pénurie et de concurrence mondiale. Et se comporter en citoyens responsables aurait commandé de ne pas rechercher aussitôt des responsables à un cataclysme qui nous dépasse. A cette double condition aurait pu naître la confiance, préalable à l’action collective.

Covid-19 : et le gouvernement se retrouva sur le banc des accusés…

« Le déconfinement le 11 mai ? Si vous êtes sages ! » paternalise un gouvernement qui prolonge l’état d’urgence sanitaire restreignant les libertés fondamentales. « Le déconfinement le 11 mai ? Si vous en êtes capables… » répond l’opinion qui rechigne à prendre ses responsabilités. Pas étonnant, dans ce climat, que des maires, des proviseurs ou des profs ouvrent leur parapluie et se détournent d’une mission jugée « impossible ».

Cette crise sanitaire a fait resurgir les fantômes de l’Occupation. Rhétorique guerrière du président de la République, références appuyées à de Gaulle, exaltation du modèle de la Résistance que sous-tend un troublant complexe d’infériorité à l’égard de l’Allemagne championne de la lutte contre la pandémie… Après les heures sombres ainsi fantasmées, Emmanuel Macron émet le vœu que se rassemblent des hommes de bonne volonté et que s’ouvrent de nouveaux « jours heureux ». Qu’il soit l’instigateur de cette hypothétique union chiffonne par avance nombre de nos concitoyens. Mais cela n’importe guère. Car il s’agit, si nous voulons y parvenir un jour, de surmonter nos peurs.





nouvelobs

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