Emmanuel Macron et Edouard Philippe : les masques tombent ?


Jean qui rit et Jean qui pleure. Le scénario était presque parfait. Entre les deux hommes, leurs proches le répétaient tel un mantra, pas le moindre nuage, pas l’ombre d’une feuille de papier à cigarette. La pièce, écrite par le dramaturge de l’Elysée, était claire comme de l’eau de roche. Au président, les envolées lyriques, le souffle épique, les chevauchées fantastiques. Au Premier ministre, la morne application des consignes du chef, l’ennuyeuse intendance du quotidien, avec son cortège de couacs, de grains de sable dans la machine gouvernementale. Le partage des tâches, au fond, était du plus grand classique pour les connaisseurs de la Ve République. Le fameux cap, au locataire de l’Elysée. Sa mise en œuvre au soutier de Matignon. Pendant que le Grand Timonier scrute l’horizon, son second rame sur le pont. Presque banal.

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Et puis, en politique, implacablement, la machine, si bien huilée au départ, se met à grincer. Quand la tempête devient furieuse, le story-board si parfait prend l’eau de toutes parts. Edouard Philippe, le zélé quart de maître, le doigt sur la couture du pantalon depuis la première heure, devient suspect aux yeux de son patron. Il prend trop d’importance. La faute aux sondages, bien sûr. Pendant que la cote de confiance du président subit des avaries, celle de son premier ministre semble coller au vent de l’opinion. Et frémit dangereusement vers le haut. Paradoxe : ses qualités, discrétion, humilité, sérieux, flegme, séduisent des Français apeurés par le Covid-19. « Ed le Placide » se place ? Il apparaît de moins en moins comme un gentil collaborateur. Pour Emmanuel le bondissant, le jeu de rôles n’est plus drôle.

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Tensions

Comment inverser la vapeur et reprendre la main dans l’opinion ? Le président n’a pas oublié la fin tragique, pour la droite, des relations Sarkozy-Fillon. « Sarkozy l’Intrépide » quasiment humilié par l’insolente popularité de celui qu’il appelait son « collaborateur ». La situation actuelle du tandem au sommet de l’exécutif est une copie conforme de celle du duo du quinquennat 2007- 2012. Il faut à tout prix éviter de commettre les mêmes erreurs, répète-t-on à l’Elysée.Les dessous de « l’opération déconfinement »

Et pourtant, le président, c’est plus fort que lui, imite Nicolas Sarkozy. Il gesticule, en fait trop, pour occuper le terrain face à ce numéro 2 dont la silhouette gaullienne commence à imprégner l’inconscient de l’électeur. Il veut être partout, dans les usines, les écoles, les laboratoires, les hôpitaux. Selon plusieurs journalistes, il multiplie les petites phrases et les textos, pour désavouer l’homme à la barbe poivre et sel et au calme de lama bouddhiste. Sa récente sortie sur son désaccord avec l’expression d’Edouard Philippe sur les risques d’un « écroulement » de notre économie, quasi anecdotique en temps normal, révèle la tension qui existe désormais entre les deux hommes.

Duel

Faut-il, pour autant, parler d’un duel à venir pour 2022 ? Pour l’heure, l’ancien maire du Havre, transfuge de LR, est un homme sans troupes, sans parti. Inoffensif, pour le moment. Certains proches d’Emmanuel Macron lui suggèrent donc de ne pas se focaliser sur l’indice de popularité de son Premier ministre qui, imperturbablement, continue de diffuser des signes d’une loyauté sans faille. Non, le seul adversaire d’Emmanuel Macron, lui disent-ils, est l’opinion. Versatile, certes, mais qui n’a pas oublié les errements pharaoniques des premières années du quinquennat. Le président sait qu’il a un besoin urgent de retrouver la confiance du pays, sous peine de finir en lambeaux, comme son prédécesseur, François Hollande.

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Edouard Philippe, dans cette pièce, est presque, pour l’heure, un figurant. Alors, il continue à jouer les impassibles, attendant les choix politiques du « boss ». Pour reprendre la main, il faudra à ce dernier provoquer un électrochoc dans le pays. Un référendum ? Trop risqué pour lui. Un simple remaniement ministériel avec un départ d’« Ed le Flegmatique », pour engager une stratégie d’union nationale quasi impossible ? Ou bien une dissolution avec retour aux urnes, rebattant les cartes d’un jeu politique à bout de souffle ? Dans tous les cas de figure, Edouard Philippe aura acquis une stature de présidentiable. En restant masqué…





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