L’appli StopCovid sera « prête le 2 juin », dit Cédric O. Mais sera-t-elle acceptée ?



En politique, les dates sont essentielles. En affirmant ce mardi 5 mai sur BFM Business que l’application StopCovid « serait prête le 2 juin », le secrétaire d’Etat au Numérique Cédric O tente de reprendre la main sur un dossier pas facile. Et de proclamer que non, cette application pensée pour détecter les « cas contacts », ces personnes qui ont croisé des Français infectés au coronavirus, n’est pas enterrée. Pour autant, cette perspective ne fait pas l’unanimité. « Il n’est pas du tout certain que StopCovid aboutisse un jour », estime ainsi pour « l’Obs » un député LREM rétif à l’application.

Pourquoi ? D’abord parce que StopCovid doit passer le barrage de la Commission nationale de l’Informatique et des Libertés (Cnil). Qui a dit et répété que cette application devait être utilisée volontairement et non pas imposée. « Cela implique qu’il n’y ait pas de conséquence négative en cas de non-utilisation, en particulier pour l’accès aux tests et aux soins, mais également pour l’accès à certains services à la levée du confinement, tels que les transports en commun », avait prévenu la Cnil.

L’appli StopCovid, un fiasco français ?

C’est évidemment un souci éthique indispensable. Mais il signifie aussi que l’efficacité de StopCovid restera dépendante de son acceptation par le grand public. Or, les Français sont-ils prêts à utiliser massivement l’application ? Rien n’est moins sûr, quand on se souvient des préoccupations sur la sauvegarde des données personnelles qu’elle a suscitées et qu’on connaît le caractère assez technophobe de beaucoup de Français. N’oublions pas, par ailleurs, que 25 % de nos concitoyens n’ont tout simplement pas de smartphone, dont une majorité chez les plus de 70 ans.

Une appli qui n’en vaut pas la chandelle ?

Comme le dit encore la Cnil, « son efficacité dépendra, notamment, de sa disponibilité dans les magasins d’application, d’une large adoption par le public et d’un paramétrage adéquat » Sauf que c’est un deuxième couac : Cédric O a annoncé qu’il ne travaillerait pas avec Apple – donc que les utilisateurs d’iPhone ne pourront pas aller piocher dans le « magasin d’application » iTunes. Le groupe Orange, chargé ces derniers jours de « convaincre » la firme à la pomme n’a manifestement pas fait de merveilles… Clairement, cela signifie que 20 % des utilisateurs de smartphones français seront exclus du dispositif.

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Mais plus que tout, StopCovid est devenu un dossier politique empoisonné, y compris au sein de la majorité présidentielle. Or, Edouard Philippe a précisé devant les députés que son adoption ne se ferait pas sans un débat à l’Assemblée nationale, suivi d’un vote. Il y a peu de chances que les crispations sur les risques de sécurité sur données personnelles des citoyens aient été levées. L’exécutif prendra-t-il le risque de rouvrir les plaies au sein même de ses parlementaires ? Il n’est pas certain que le rôle de StopCovid dans la lutte contre la pandémie en vaille la chandelle.





nouvelobs

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