La consommation post-Covid 19 sera-t-elle plus responsable?



Comment les Français font-ils leur choix en magasins pendant la crise du coronavirus? Si un tiers achète « le disponible », les deux autres tiers affirment privilégier « le responsable », selon un sondage OpinionWay pour Max Havelaar (ONG en faveur d’un commerce équitable) réalisé auprès de plus de 1.000 personnes mi-avril et dévoilé mardi 5 mai. Le local tire son épingle du jeu (45%) –même si les Français ne se voient pas pour autant se passer de produits importés comme le riz, le chocolat ou le café–, de même que le made in France (39%) à ainsi que le bio (29%). Alors ces tendances de consommation qui gagnent en puissance depuis quelques années vont-elles sortir comme les grandes gagnantes de la crise du Covid-19?

« En 2019, il y a eu une très forte prise de conscience des enjeux environnementaux et on assiste pour l’instant à un approfondissement des tendances qui se développaient avec une poussée du désir de consommation responsable, reconnait l’économiste Philippe Moati, co-fondateur de L’ObSoCo. Il y a  un contexte propice à la montée des tendances de consommation responsable: les gens ressentent de la responsabilité à l’égard des petits producteurs et de l’empathie envers les salariés présents dans la grande distribution par exemple. Et le virus est vu par certains comme un avertissement donnée par la nature. »

« Je pense que l’on va assister à l’émergence d’une génération Covid-19 avec des changements dans la façon de s’alimenter », abonde Sylvain Zaffaroni, co-fondateur du média engagé « Pour nourrir demain », à l’initiative d’une communauté du même nom regroupant 17 entreprises agroalimentaires (dont D’aucy, Fleury Michon ou encore Président) dans le but d’échanger sur l’alimentation de demain et qui travaille à un livre blanc sur la consommation des Français après le confinement. « On observe un axe de consommation vertueuse avec le développement du bio, du local car ces tendances comportent très clairement des éléments de réassurance pour le consommateur: psychologiquement, il y a l’idée qu’on se bat contre la maladie. Et il y a aussi un recentrage sur les produits de base, les produits de grande consommation comme la farine ou les œufs. »

Envolée du bio

A en croire les chiffres, les ventes de bio ont effectivement redécollé avec la crise: la semaine du 15 mars, celle où le confinement est entrée en vigueur provoquant une frénésie d’achats chez les Français, le bio enregistre +63% par rapport à 2019 contre +40% pour le conventionnel, selon Nielsen. Même écart les semaines suivantes: +49% pour le premier contre +31% pour le second la semaine du 22 mars et +22% et +5% respectivement la semaine du 29 mars. « Les produits bio, perçus comme plus naturels que les autres, restent recherchés par les consommateurs, surtout dans une période de doute, où les produits vus comme globalisés sont sous le feu des critiques », avance Antoine Lecoq, consultant analytique chez Nielsen, dans le communiqué de presse. Mais la hausse s’explique aussi par d’autres facteurs: si un rayon est vide, les consommateurs se tournent vers ce qu’ils trouvent… comme les produits bio moins touchés par des ruptures de stocks. Il faut aussi souligner que le poids du bio est fort en magasins de proximité ou en e-commerce: deux circuits plébiscités pendant le confinement.

L’Iri note également cet essor du bio, soulignant que pendant cette crise, sa croissance a été multipliée par 2,5 (+32% contre +13% avant crise)… Mais le panéliste rappelle que le conventionnel a vu sa croissance multipliée par 8 passant de +2% à +16%. Et il voit également en partie un effet mécanique à cette envolée du bio. Les produits sur lesquels les pénuries ont été les plus (re)marquées ont ainsi vu l’offre bio boostée: +131% sur les pâtes ou +108% sur le riz par exemple. L’Iri note par ailleurs que des consommateurs ont renoncé à fréquenter les magasins bio pendant la crise pour optimiser leurs courses, provoquant également une hausse du bio en magasins généralistes.

La variable du pouvoir d’achat

Alors vers quoi s’orienteront les Français après la crise? Selon le sondage OpinionWay pour Max Havelaar, près de 7 Français sur 10 (69%) estiment que cette crise est « l’illustration qu’il faut changer nos modes de consommation pour des produits plus responsables (locaux, bio, équitables, sans emballage etc.) ». « Mais consommer responsable, cela coûte cher », pointe Philippe Moati de L’ObSoCo, rappelant que le prix a toujours été et est toujours un critère de choix important dans l’acte d’achat. D’autant que 40% de Français indiquaient dans une étude de L’ObSoCo de novembre 2019, avant la crise donc, s’imposer de fortes restrictions dans leur budget pour l’alimentation. Une étude PwC France réalisée avec Kantar confirme ce fait: interrogés sur le principal critère qui décidera de leurs achats alimentaires après le confinement, 43% des personnes interrogées indiquent le prix, devant une production française pour 32% et une composition saine et/ou bio pour 20%. « On va aboutir à une consommation à deux vitesses liée au pouvoir d’achat », estime Sylvain Zaffaroni. « La crise va renforcer la communauté de consommateurs déjà convertis au bio et au local et qui peuvent se le permettre, mais il y aura une base de consommateurs qui n’y auront pas accès. »

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Les entreprises auront d’autant plus un rôle essentiel à jouer pour répondre aux attentes environnementales et responsables des Français tout en proposant du responsable abordable. Une équation pas forcément évidente. D’autant que si du côté alimentaire, l’Hexagone possède une production locale bien implantée, ce n’est pas forcément le cas d’autres secteurs comme l’habillement. Et que les grandes entreprises et les grandes marques devaient compter ces dernières années avec une relative défiance des Français à leur égard. « Je pense qu’il y aura un vrai regain d’intérêt pour les marques alimentaires françaises: les consommateurs vont se rendre compte qu’il n’y a pas eu de pénurie, que les entreprises agroalimentaires ont su s’adapter, se réorganiser pendant cette crise et qu’elles se sont recentrées sur leur mission de nourrir la population », anticipe Sylvain Zaffaroni. Les messages portés et la raison d’être des entreprises seront en tout cas au cœur de la consommation de demain. Et les Français sont prêts à répondre présents. Selon l’étude PwC France/Kantar, 36% des Français privilégieraient ainsi les commerçants ayant œuvré positivement dans la lutte contre le Covid-19 et 26% se montreraient solidaires des commerçants ayant soufferts.

Comment les Français font-ils leur choix en magasins pendant la crise du coronavirus? Si un tiers achète « le disponible », les deux autres tiers affirment privilégier « le responsable », selon un sondage OpinionWay pour Max Havelaar (ONG en faveur d’un commerce équitable) réalisé auprès de plus de 1.000 personnes mi-avril et dévoilé mardi 5 mai. Le local tire son épingle du jeu (45%) –même si les Français ne se voient pas pour autant se passer de produits importés comme le riz, le chocolat ou le café–, de même que le made in France (39%) à ainsi que le bio (29%). Alors ces tendances de consommation qui gagnent en puissance depuis quelques années vont-elles sortir comme les grandes gagnantes de la crise du Covid-19?

« En 2019, il y a eu une très forte prise de conscience des enjeux environnementaux et on assiste pour l’instant à un approfondissement des tendances qui se développaient avec une poussée du désir de consommation responsable, reconnait l’économiste Philippe Moati, co-fondateur de L’ObSoCo. Il y a  un contexte propice à la montée des tendances de consommation responsable: les gens ressentent de la responsabilité à l’égard des petits producteurs et de l’empathie envers les salariés présents dans la grande distribution par exemple. Et le virus est vu par certains comme un avertissement donnée par la nature. »

« Je pense que l’on va assister à l’émergence d’une génération Covid-19 avec des changements dans la façon de s’alimenter », abonde Sylvain Zaffaroni, co-fondateur du média engagé « Pour nourrir demain », à l’initiative d’une communauté du même nom regroupant 17 entreprises agroalimentaires (dont D’aucy, Fleury Michon ou encore Président) dans le but d’échanger sur l’alimentation de demain et qui travaille à un livre blanc sur la consommation des Français après le confinement. « On observe un axe de



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