Pour le déconfinement, la stratégie du hérisson


Il n’y a pas de déconfinement heureux. Les Gaulois réfractaires ont-ils bien compris le message du gouvernement, répété en boucle, depuis une bonne semaine ? Ce gouvernement, soudain saisi par la peur du vide, ou plutôt par la peur du trop plein, celui des bureaux, des transports en commun, des stades à nouveau partiellement ouverts, n’en finit pas de préciser la nature « progressive » et millimétrée de l’opération « portes ouvertes » du pays. Il a cent fois raison. Les Français ont-ils bien saisi que le 11 mai n’était qu’un entrebâillement, une « libération conditionnelle », une sortie au compte-gouttes des confinés, tant le spectre de la deuxième vague du Covid-19 hante les esprits ?

Suivez la crise du Covid-19 avec « l’Obs »

Des morts qui se comptent par dizaines de milliers, des milliards d’humains confinés : la pandémie de coronavirus a plongé le monde dans un scénario digne d’un film catastrophe. « L’Obs » vous offre des clés pour comprendre : en explorant les pistes pour affronter cette récession historique ; en réfléchissant au monde de demain avec les plus grands philosophes ; en couple, au travail, comment vivons-nous le confinement ?… Pour tout savoir, suivez notre rubrique dédiée.

Télétravailleuses, télétravailleurs, poursuivez votre tâche, loin des rampes de métro et d’autobus, loin des ascenseurs des entreprises, des corps qui se frôlent et des surfaces suspectes. Keep cool. Prenez votre mal en patience, ou plutôt votre bien, car le « mal », ce fichu virus, comme le nomme Olivier Véran, est toujours vivace, toujours pernicieux, planqué aux coins de nos rues. Pour le terrasser, il faut donc s’armer de courage, faire le hérisson, avancer d’un pas lent, et se mettre en boule à la moindre alerte. Déconfiner-reconfiner-déconfiner-reconfiner ? Sûrement pas, mais fermer les écoutilles au moindre danger d’un ressac épidémique. Calmer les ardeurs des uns et des autres. Organiser une entrée dans la vie réelle au ralenti, dans un ordre strict, quasi militaire.Chaque pays fait de son épidémiologiste phare un demi-dieu, et cela en dit long sur nous

A ce propos, il faudra sans doute faire appel à l’armée pour filtrer les entrées des RER, métros, bus, trains et autres tramways, pour pallier le manque d’effectifs de sécurité. A temps exceptionnels, mesures exceptionnelles. Habituer nos compatriotes à l’idée que le Grand Soir de la fin de la pandémie, comme pour la révolution, est un mirage à effacer de nos pensées. Pas de farandole, donc, de fiesta sur les Champs-Elysées ou place de la République, mais une approche froide, prudente, rationnelle, tristement médicale, épidémiologique. Une approche à la coréenne ? Sans doute la seule attitude capable de nous éviter les pires déconvenues.

Discipline et doigté

Pour une fois, confessons-le, le pouvoir joue le jeu de la transparence, s’installe dans une posture churchillienne d’un futur sacrément grisâtre. En oubliant la pathétique affaire du manque de masques, nos gouvernants semblent enfin prendre leurs administrés pour des grandes personnes. Ils se mettraient à dire la vérité, en d’autres termes, que le pire est peut-être devant nous ? Cette vérité n’est pas toute rose. Non, demain, le pays ne rasera pas gratis, Oui, le chômage va faire un bon vertigineux, nous devrons nous retrousser les manches, et, si possible, les premiers de cordée, chers au président de la République, devront faire mieux que des incantations charitables. Oui, un jour ou l’autre, quand la situation économique sera stabilisée – dans deux, trois, quatre ou cinq ans ? – il faudra arrêter de faire tourner la planche à billets et mettre la main à la poche des contribuables pour réduire une dette abyssale, pour ne pas dire cosmique.

Comment redémarrer l’économie ? 10 questions pour comprendre une crise sans précédent

Du sang et des larmes dans nos portefeuilles ? Sans doute est-ce encore un peu tôt pour évoquer la « douloureuse » à venir, ce que fait courageusement, pourtant, le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, mais il l’accompagne désormais d’un projet de transformation sociale digne des meilleurs penseurs sociaux-démocrates. Changement de paradigme époustouflant chez ces disciples quasi « friedmaniens » de l’économie de marché. Est-ce seulement une posture ? Les mois à venir vont être riches de ce débat du « monde d’après », de cette nouvelle organisation qui nous permettra de lutter contre un virus pire que le Covid-19, celui du réchauffement climatique. Il tue, lui aussi, des centaines de milliers d’êtres humains, voire des millions, à bas bruit, sans surcharger nos services de réanimation, sans effrayer les populations, sans nous imposer le port de masques protecteurs.

En attendant de se lancer dans cette « guerre » pour notre survie, il faut poursuivre la stratégie du hérisson contre le Covid-19, être d’une infinie prudence, déconfiner graduellement, sans précipitation, sans panique, tout en discipline et en doigté. L’exercice relève de l’orfèvrerie ? Il dépend de nos gouvernants, mais aussi beaucoup de nous-mêmes. Français, vous n’êtes plus de grands enfants ? C’est le moment de le prouver.





nouvelobs

A lire aussi

Laisser un commentaire