Coronavirus: pourquoi la crise de 2020 n’est pas 1929



Le 24 mars, Bruno Le Maire sonnait l’alarme :  » Ce que nous vivons n’a pas d’autre comparaison que la crise de 1929.  » Le ministre de l’Economie n’était pas le premier à oser cette analogie. Dès le 5 mars, alors que seule la Chine était confinée, Kristalina Georgieva, la patronne du Fonds monétaire international (FMI), avertissait qu’il fallait s’attendre aux  » pires retombées économiques depuis la Grande Dépression de 1929 « . Le 15 avril, l’institution internationale a livré des prévisions alarmantes : en 2020, le PIB de la France devrait chuter de 7,2 %, contre 6,5 % au pire de la crise en 1932 (voir graphique ci-contre), et celui des Etats-Unis de 5,9 %, contre un record de 13 % en 1932. Et les pays développés vont subir une perte de richesse de 6 %, du même ordre qu’en 1932. En comparaison, la récession de 2009 paraît presque légère : – 2,5 % pour la France, – 3,2 % pour l’ensemble des pays avancés.

Un phénomène inédit

Autre indicateur comparable, le taux de chômage aux Etats-Unis, qui s’envole déjà à 15 %, attendu à 30 % dans quelques mois, au-dessus des 25% atteints en 1932. En Europe cependant, l’utilisation massive du chômage partiel, financé par les Etats, limite l’impact sur l’emploi. Enfin, la panique des Bourses, en mars, a rappelé le premier krach de Wall Street il y a quatre-vingt-onze ans (lire page 48).  » La référence à 1929 frappe les esprits tant cette crise est un mythe fondateur du capitalisme moderne, et elle s’entend à l’aune de la magnitude du choc, reconnaît Pierre-Cyrille Hautcœur, professeur à l’Ecole d’économie de Paris et auteur de La Crise de 1929 (Ed. La Découverte). Cependant, la crise actuelle est inédite. Elle n’a ni les mêmes causes ni les mêmes effets, se déroule dans un contexte géopolitique et économique qui n’a plus rien à voir. Surtout, la réaction des gouvernants a été très différente, à la hauteur. La Grande Dépression doit son nom à une récession profonde qui a duré dix ans et débouché sur la Deuxième Guerre mondiale. On peut espérer une perspective moins sombre. « 

Un rapprochement dangereux

De fait, la crise de 1929, venue des Etats-Unis, était de nature financière, liée à la spéculation ; l’actuelle, venue de Chine, est sanitaire. L’effondrement boursier avait cassé le système bancaire, avec la faillite de près d’un tiers des banques aux Etats-Unis et en France, ce qui avait étouffé l’économie. Aujourd’hui, le système financier est au contraire à la rescousse pour continuer d’irriguer l’économie réelle, avec l’aide des garanties d’Etat (lire page 48). Le rapprochement serait donc inopérant, voire dangereux car anxiogène, selon Marie- Françoise Calmette, professeure à l’Ecole d’économie de Toulouse :  » Milton Friedman avait souligné le rôle de la peur en 1929 comme prophétie autoréalisatrice : l’afflux de gens venus retirer leur argent des banques a accéléré leur insolvabilité. Là, ma concierge m’a demandé si elle devait s’inquiéter pour son bas de laine. Il ne faudrait pas que, après le papier-toilette, les Français se ruent pour retirer du cash. « 

Des amortisseurs sociaux

Cependant, la référence est utile tant les économistes et dirigeants ont tiré des leçons de cette crise de 1929. Les gouvernements et banques centrales avaient alors réagi avec retard et à contresens : remontée asphyxiante des taux d’intérêt, hausses aveugles des droits de douane, laisser-faire face à l’appauvrissement des populations…  » Depuis 1936, l’économiste John Maynard Keynes, en théorie, et le New Deal du président américain Franklin Roosevelt, en pratique, ont jeté les bases de l’Etat-providence, rappelle Pierre-Cyrille Hautcoeur. La protection sociale joue un rôle crucial d’amortisseur. Et, en cas de crise, les Etats et banques centrales ont compris que l’argent devait impérativement continuer à circuler. Les premiers n’hésitent plus à laisser filer les dépenses publiques. Les secondes sont prêtes à faire tourner la planche à billets pour que les Etats et les banques puissent continuer à se financer. « 

De fait, les gouvernements ont dégainé des plans budgétaires massifs, de 5 % à 10 % de leur PIB. Et les banques centrales achètent massivement des dettes souveraines (lire pages 44 et 45). Cela suffira-t-il à éviter le cauchemar de 1929, où les Etats-Unis ont subi quatre ans de récession et perdu 25 % de leur richesse nationale, entraînant la misère et des émeutes de la faim ? Le FMI le croit, qui prévoit une reprise, dès l’année prochaine, de 4,5 % dans l’ensemble des pays riches. A condition que le virulent Covid-19, facteur incontrôlable de cette crise désormais nommée officiellement par le FMI  » the Great Lockdown  » ( » le Grand Confinement « ), soit enfin maîtrisé.

Le 24 mars, Bruno Le Maire sonnait l’alarme : « Ce que nous vivons n’a pas d’autre comparaison que la crise de 1929. » Le ministre de l’Economie n’était pas le premier à oser cette analogie. Dès le 5 mars, alors que seule la Chine était confinée, Kristalina Georgieva, la patronne du Fonds monétaire international (FMI), avertissait qu’il fallait s’attendre aux « pires retombées économiques depuis la Grande Dépression de 1929 ». Le 15 avril, l’institution internationale a livré des prévisions alarmantes : en 2020, le PIB de la France devrait chuter de 7,2 %, contre 6,5 % au pire de la crise en 1932 (voir graphique ci-contre), et celui des Etats-Unis de 5,9 %, contre un record de 13 % en 1932. Et les pays développés vont subir une perte de richesse de 6 %, du même ordre qu’en 1932. En comparaison, la récession de 2009 paraît presque légère : – 2,5 % pour la France, – 3,2 % pour l’ensemble des pays avancés.

Un phénomène inédit

Autre indicateur comparable, le taux de chômage aux Etats-Unis, qui s’envole déjà à 15 %, attendu à 30 % dans quelques mois, au-dessus des 25% atteints en 1932. En Europe cependant, l’utilisation massive du chômage partiel, financé par les Etats, limite l’impact …



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