les conditions écologiques à ce plan « sont insuffisantes » pour Greenpeace


Sarah Fayolle, chargée de campagne Transports chez Greenpeace France, souhaiterait que l’Etat impose davantage de mesures écologiques aux entreprises qui vont bénéficier du plan de soutien à l’économie.

L’État apportera à Air France sept milliards d’euros pour redresser la compagnie aérienne, durement touchée par la pandémie de coronavirus. Pour le constructeur automobile Renault, ça sera cinq milliards d’euros. Un plan d’aide sous conditions, a prévenu le ministre de l’Economie. Bruno le Maire a demandé à Air France de réduire drastiquement ses vols intérieurs, quand une alternative en train est possible en moins de deux heures et demie.

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Des conditions écologiques « insuffisantes », estime Sarah Fayolle, chargée de campagne Transports chez Greenpeace France, jeudi 30 avril sur franceinfo. Pour elle, « l’Etat devrait profiter de cette occasion pour conditionner ces aides à la mise en place d’un plan de transformation du modèle économique de ces entreprises ».

franceinfo : Est-ce que ces demandes du ministre de l’Economie vont dans le bon sens ?

Sarah Fayolle : Il faut savoir que les pistes de contreparties qui sont aujourd’hui posées sur la table ne sont pas inscrites dans la loi. Donc, on a toute une série de questions sur la manière dont le contrôle pourra être fait. Comment le contrôle démocratique et le contrôle parlementaire sera fait ? Quel suivi sera fait ? Quelles sanctions en cas de non-respect ? Là, on est vraiment dans le flou et c’est quand même le problème principal de notre point de vue. Concernant la mesure de limiter les vols lorsqu’une alternative en train existe en moins de deux heures et demi, c’est intéressant que le débat soit enfin posé de la réduction du trafic aérien parce que c’est essentiel aujourd’hui. Mais c’est insuffisant. Aujourd’hui par exemple, un Paris-Marseille en train se fait en trois heures. Et ce trajet ne rentrerait pas dans le cadre fixé aujourd’hui par le gouvernement. Donc, ce n’est pas suffisant. Autre exemple, le Paris-Bordeaux, qui se fait à ma connaissance en moins de deux heures et demie. Au moment même où le gouvernement annonçait ces mesures, Air France annonçait la réouverture d’un certain nombre de vols à partir du 11 mai, dont le Paris-Bordeaux. C’est un exemple du décalage entre ce qu’on nous annonce, la volonté de faire d’Air France, la compagnie aérienne la plus verte du monde, et les mesures concrètes qui sont mises en place dès aujourd’hui. Et puis, il faut savoir qu’il y a aussi d’autres contreparties qui sont mises sur la table, qui sont elles, carrément problématiques. C’est le cas par exemple des agro carburants qui posent un vrai problème en termes de déforestation et d’impact climat. C’est le cas aussi de la fausse solution de la compensation. On sait aujourd’hui qu’il ne faut pas compenser les émissions du secteur aérien, il faut les réduire.

Pour vous, c’est essentiel de faire pression maintenant ?

Bien sûr. Aujourd’hui, le gouvernement est en train d’apporter des aides financières à ces entreprises, avec des montants colossaux. On parle de milliards d’euros. L’Etat devrait profiter de cette occasion pour conditionner ces aides à la mise en place d’un plan de transformation du modèle économique de ces entreprises, qui sont, très émettrices et très polluantes. Et avec une trajectoire de réduction de leurs émissions qui soit compatible avec l’accord de Paris. C’est le minimum. Et pourtant, le gouvernement, jusqu’à maintenant, s’est refusé à inscrire dans la loi toute contrainte forte sur ces enjeux écologiques.

Dans le cas de Renault, quelle contrainte écologique pourrait être proposée comme condition ?

Dans le cas de Renault, il faut savoir que, pour l’instant à la différence d’Air France, il n’y a aucune condition écologique qui a été mise sur la table. Pour nous, une condition écologique ne veut pas forcément dire de passer au tout électrique. Ça veut dire surtout que ces entreprises automobiles doivent commencer à réfléchir à la manière dont elles vont s’adapter à un monde où il faudra moins de voitures. Il faudra plus d’alternatives. Cela veut dire aussi arrêter avec la logique de construire des véhicules toujours plus lourds et toujours plus consommateurs, donc plus émetteurs, comme les SUV. Et oui, ça veut dire organiser progressivement la fin de production des véhicules qui fonctionnent avec du diesel et de l’essence.

Est-ce que vous avez peur du tout voiture avec le déconfinement au moins pendant quelque temps ?

Oui, il y a un risque que les gens, par crainte de prendre les transports en commun, se reportent sur la voiture individuelle. On sait l’impact de la voiture sur les émissions de gaz à effet de serre, donc sur le climat. On sait aussi l’impact qu’elle a en termes de pollution de l’air. Et on sait que la pollution de l’air, c’est quelque chose qui va nous rendre plus vulnérables à des épidémies de coronavirus. Donc, il y a un enjeu extrêmement fort à ne pas retomber dans le cercle vicieux dans lequel on était avant, de dépendance à la voiture, avec tout l’impact négatif que ça peut avoir pour notre climat et pour notre santé. Il y a des solutions qui existent, comme par exemple investir dans la solution vélo pour permettre aux gens de pouvoir continuer à se déplacer, notamment dans les villes, d’une autre manière qu’en voiture individuelle et en toute sécurité. De manière générale, investir dans les transports en commun de qualité, donner les moyens aux gens de se déplacer aussi à pied de manière sécurisée. Il y a beaucoup de propositions, par exemple, pour piétonniser les abords des écoles, augmenter les zones de rencontre et les zones piétonnes. Dans cette période de déconfinement, c’est particulièrement important de laisser moins de place à la voiture et de donner plus de place aux autres façons de se déplacer qui sont moins polluantes.



FranceTVinfo

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