Edouard Philippe, son jour le plus long


Edouard Philippe serait-il un adepte de la méditation transcendantale ? Il va entamer sa quatrième année aux manettes de Matignon, n’en finit pas de colmater les brèches d’un pouvoir usé jusqu’à la corde et paraît, malgré tout, imperturbable. Après les « gilets jaunes », la réforme des retraites, la crise des hôpitaux, et, aujourd’hui, le Covid-19, il poursuit sa course politique, au milieu des quarantièmes rugissants, sans paraître au bord du burn-out.

Comment tient-il ? Sa relation avec le président, selon de nombreuses sources, n’est plus aussi radieuse. Elle aurait même du plomb dans l’aile, ce qui, dans l’histoire de la Ve République, est une banalité. On le dit souvent agacé par les couacs de la communication de son gouvernement, par les errements médiatiques de nombreux ministres, trop attirés par les flashs aveuglants des chaînes d’info. Mais aussi, il s’irrite en privé des louvoiements d’un Emmanuel Macron qui lui laisse la patate chaude de l’application du déconfinement.

Alerte au « Big bang Covid-19 » dans les têtes des politiques

L’homme à la barbe poivre et sel aurait aimé, c’est sûr, une meilleure coordination et un peu plus de temps pour organiser le 11 mai. Car cette date fatidique sera celle de son jour le plus long. Hélas, pas de répit pour lui. L’Elysée était dans l’urgence. Emmanuel Macron avait une obsession : donner un horizon aux Français, une terre en vue, avec raison, pour éviter une psychose collective, et surtout une crise sociale de plus en plus inévitable, tant l’arrêt de la machine productive est en train de devenir une calamité pour les plus pauvres. Il fallait agir vite, sans trembler.

Son plan pour le 11 mai

Et c’est là où tout se complique pour l’ancien lieutenant d’Alain Juppé. Le 11 mai sera le jour du déconfinement pour tous les Français. Or, ce moment « libérateur » sera forcément flou, flou, flou. Comment, en effet, penser un retour à la vie normale quand rôde dans nos villes et nos campagnes un virus dont on ne maîtrise rien ? Comment penser des mesures barrières pour les déplacements dans les grandes métropoles, où les gens s’agglutinent par centaines de milliers, voire par millions, dans rames de métro, tramways et RER ? Comment échapper à un retour massif de la pollution automobile, dont on sait qu’elle est un facteur aggravant de la propagation du coronavirus ? C’est l’incroyable et quasi impossible épreuve que doit affronter l’ancien maire du Havre. Donner l’impression qu’il voit clair en roulant dans le brouillard. Sacré défi. Perdu d’avance ?

Covid-19 : et le gouvernement se retrouva sur le banc des accusés…

« Ed le Placide » aurait pu profiter de cette situation tragique pour prendre ses distances avec une macronie vacillante et penser à son avenir personnel. Encore une fois, il évite ce piège. Il joue les Monsieur Loyal, s’accroche à cette posture de serviteur de l’Etat, sans état d’âme, sans ambition autre que celle d’appliquer les consignes venues de la rue du Faubourg-Saint-Honoré. Il se cantonne dans ce rôle de conducteur de travaux avec le zèle des bons élèves, mais doit aussi rassurer, rasséréner, calmer les plus féroces oppositions.

L’épreuve du retour progressif des enfants dans les écoles sera forcément un moment clé dans sa vie politique. Il sera jugé sur l’efficacité de la distribution, enfin réelle, des masques de protection, sur le lancement de test massifs dans les zones les plus impactées par le virus. Son plan pour le 11 mai sera forcément homéopathique, progressif, comme disent les membres du conseil scientifique, lesquels n’étaient pas favorables au retour à l’école avant la rentrée de septembre. Un plan homéopathique est automatiquement un plan en pointillé, donc avec des trous dans la raquette, des angles morts, des zones blanches. C’est la grande crainte d’une majorité de Français. Que ce déconfinement rêvé par Macron soit encore plus flou que la réforme des retraites. Edouard Philippe le sait. Mais peut-il faire autre chose que sauver les apparences ?





nouvelobs

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