Amazon promet de la sueur, des tests et aucun profit en temps de pandémie


Jeff Bezos a invité les actionnaires « à s’asseoir », jeudi, avant de leur annoncer que sa société, Amazon, n’afficherait aucun profit d’avril à juin, et dépenserait les 4 milliards de dollars de bénéfice opérationnel prévus ce trimestre pour investir dans la gestion de la crise.

Sa décision a été sanctionnée en Bourse, où son titre perdait quelque 4% lors des échanges électroniques après la clôture de Wall Street.

« Si vous êtes actionnaire d’Amazon, vous devriez vous asseoir, parce que nous avons de grandes ambitions (pour gérer la crise du coronavirus) », a déclaré le milliardaire dans le communiqué de résultats du premier trimestre.

Les 4 milliards que l’entreprise va accumuler au printemps serviront à compenser la baisse de productivité due aux mesures de distanciation sociale, mais aussi à acheter des équipements (masques, etc), à mieux nettoyer les centres logistiques et à mieux payer les employés en bas de l’échelle.

Amazon entend aussi développer sa propre infrastructure de tests du virus à l’échelle du groupe et ses centaines de milliers d’employés.

En tant que leader du commerce en ligne aux Etats-Unis et ailleurs, Amazon s’est immédiatement imposé comme un acteur clef du « Grand confinement ».

Le groupe a déjà embauché 175.000 personnes supplémentaires dans ses entrepôts américains pour faire face à la demande accrue, et paye 2 dollars/livres/euros de plus par heure cette catégorie de salariés.

– « Ils comprendront » –

Des salariés d’Amazon devant l’entrepôt de Staten Island en grève pour réclamer plus de protections face au nouveau coronavirus, le 30 mars 2020 à New York (AFP – Angela Weiss)

Au premier trimestre, Amazon a ainsi engrangé 75,5 milliards de dollars de chiffre d’affaires, en hausse de 26% sur un an, mais son bénéfice net a chuté de 29% à 2,5 milliards.

« La crise actuelle démontre mieux que jamais les capacités d’adaptation et la pérennité de notre modèle économique, mais c’est aussi la période la plus difficile à laquelle nous ayons fait face », a commenté Jeff Bezos.

Pour le deuxième trimestre, le groupe prévoit une augmentation des ventes comprise entre 18 et 28%, soit des revenus entre 75 et 81 milliards de dollars.

« J’ai confiance en nos actionnaires qui s’intéressent au long terme. Ils comprendront et approuveront notre approche. A vrai dire, ils n’en attendent pas moins de nous », a affirmé le patron.

L’homme le plus riche au monde a lui-même accumulé 25 milliards de dollars supplémentaires pendant la pandémie, d’après le magazine Forbes.

« Il y a beaucoup d’incertitudes dans le monde en ce moment et le meilleur investissement que nous puissions réaliser porte sur la sécurité et le bien-être de nos centaines de milliers d’employés », a-t-il ajouté, alors que son groupe a dû faire face, ces dernières semaines, à des mouvements sociaux épars, aux Etats-Unis et en Europe.

Lundi dernier, environ 400 employés des entrepôts ont fait grève, selon l’association Athena, pour réclamer de meilleures protections et conditions de travail.

En France, Amazon a par ailleurs suspendu l’activité de ses centres de distribution jusqu’au 5 mai après une décision de justice lui imposant d’évaluer les risques liés à l’épidémie de Covid-19.

– « Etrange trimestre » –

Logo d'Amazon (AFP/Archives - Emmanuel DUNAND)

Logo d’Amazon (AFP/Archives – Emmanuel DUNAND)

« Je ne pense pas que qui ce soit puisse accuser Amazon de profiter du virus », réagit Patrick Moorhead, de Moor Insights & Strategy, citant la baisse du bénéfice net d’un milliard.

Il s’est dit impressionné par « la longue liste d’initiatives pour combattre le Covid-19 », mais aussi par la performance d’Amazon Web Services, la division de cloud (informatique à distance).

AWS a bondi de 33% pour passer la barre des 10 milliards de chiffre d’affaires – « rien que la croissance d’AWS en un trimestre représente plus que les recettes annuelles de nombreux autres acteurs du cloud », note l’analyste.

« Nous sommes en train d’accumuler de futurs contrats pour AWS dans le monde », a indiqué Brian Olsavsky, directeur financier d’Amazon, lors de la conférence téléphonique pour les investisseurs, assurant que cette activité ne souffrait pas de la crise actuelle.

Les abonnements aussi se portent bien: ils ont généré 5,6 milliards de dollars, en hausse de 29%.

Prime, qui permet de se faire livrer gratuitement et rapidement, et donne accès à certains services comme la plateforme de streaming vidéo, est en effet bien placée pour attirer des clients confinés chez eux.

Reste pour Amazon à résoudre certaines difficultés sur la chaîne d’approvisionnement et à progressivement retrouver le rythme de la livraison en un seul jour, mesure phare mise en place l’année dernière.

Le deuxième trimestre va être « étrange », a admis Brian Olsavsky. « D’habitude, notre plus grande incertitude, c’est la demande des consommateurs, quels produits ils voudront et combien ils en achèteront… Maintenant notre plus grosse question c’est notre capacité à y répondre ».



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