quel est le protocole envisagé pour la réouverture des écoles ?


Franceinfo a pu consulter une version de travail, datée du 29 avril, du document qui fixera les règles de vie des élèves pour tenter d’éviter la propagation du virus.

Les Français voient approcher le 11 mai, date du début du déconfinement, parfois avec impatience, parfois avec inquiétude. Notamment pour les parents d’élèves et les personnels éducatifs, pas tous convaincus de la pertinence de faire revenir en classe les élèves des écoles et des collèges, comme l’a pourtant confirmé Edouard Philippe mardi 28 avril. En effet, cette décision ne suit pas les recommandations du Conseil scientifique, qui préconisait d’attendre septembre. Mercredi soir, la communauté d’agglomération de Lens-Liévin (Pas-de-Calais) a par exemple indiqué qu’elle préférait suivre cette recommandation que celle du gouvernement, et ne pas rouvrir les écoles et garderies de ses 36 communes.

Peut-on vraiment empêcher que les établissements ne deviennent des foyers de transmission du coronavirus, mettant en danger les enfants mais aussi leurs familles et leurs encadrants ? C’est la crainte à laquelle le ministère de l’Education nationale tente de répondre dans un « protocole sanitaire » en préparation, dont franceinfo a pu consulter une version provisoire, datée du mercredi 29 avril. En attendant la présentation de sa version définitive par le ministre Jean-Michel Blanquer, prévue vendredi, franceinfo vous détaille les pistes de ce document de travail.

Des mesures de désinfection, avant et après la rentrée

Avant que les enfants ne retrouvent le chemin des classes, celles-ci devront être soigneusement désinfectées. Dans son document, réalisé en collaboration avec un bureau d’études, le ministère de l’Education nationale prévoit plusieurs niveaux : un ménage classique suffit pour les salles qui n’auront pas servi depuis au moins cinq jours ; celles qui ont été utilisées devront être nettoyées avec des produits désinfectants efficaces contre le coronavirus ; enfin, les établissements dont des salles ont été réquisitionnées pour l’accueil de malades ou de personnes sans abri sont invités à contacter l’Agence régionale de santé (ARS) pour recevoir des consignes plus précises. Le document assure que les écoles et collèges qui n’auraient pas effectué le ménage nécessaire à temps « ne pourront pas accueillir les élèves ».

Après la reprise des cours, un nettoyage et une désinfection quotidienne des tables, chaises et sols de tous les lieux de passage, à l’aide de produits aux normes, sont recommandés. Le document donne surtout la consigne de désinfecter plusieurs fois par jour le matériel pédagogique, les sanitaires et lavabos, les aires de jeu et équipements sportifs qui resteraient accessibles, ainsi que les « points de contact » tels que les poignées de porte et les rampes d’escalier. Chaque pause devra également être l’occasion d’aérer les salles de cours.

Un nombre d’élèves par classe qui dépendra des locaux

Difficile d’assurer le respect des distances tout en continuant d’accueillir le même nombre d’élèves. Mais dans ce cas, quels doivent être les effectifs des classes ? Le document consulté par franceinfo ne donne pas de réponse stricte. Charge aux établissements de le décider « à partir d’une visite des locaux pour une étude de la disposition des salles de classe » et « des superficies disponibles ». A titre d’exemple, le protocole indique qu’une salle de 50 mètres carrés « permet d’accueillir 15 élèves en respectant la distanciation physique ».

Le document semble laisser la possibilité d’accueillir des groupes plus importants si les locaux le permettent, ou au contraire de restreindre plus fortement les effectifs si nécessaire. Au fil des plus de 60 pages, une question n’est par ailleurs pas évoquée : comment accueillir tous les élèves s’il faut fonctionner en plus petits groupes, avec le même nombre de salles et d’enseignants ?

Une distance de sécurité en permanence et des croisements réduits au minimum

Le protocole insiste sur le besoin de garder une distance d’un mètre entre les élèves en toutes circonstances. Ce qui implique d’espacer les élèves dans les salles, mais aussi, par exemple, de définir des « sens de circulation » dans les couloirs et même dans les salles, qui pourront être matérialisés par des panneaux, pour éviter les croisements. 

Pour l’arrivée des élèves le matin, autre risque d’attroupement, le protocole provisoire du ministère recommande de « privilégier une arrivée échelonnée » des différentes classes, si possible par des entrées distinctes, tout en insistant auprès des parents sur le respect strict des horaires. Les récréations et les repas pourront aussi être échelonnés de la même manière. Ces précautions s’étendent jusqu’à l’utilisation des toilettes, où le document invite à condamner un urinoir sur deux s’ils sont distants de moins d’un mètre.

Des mesures destinées à faire respecter ces distances sont également détaillées pour toutes les catégories de personnels des établissements scolaires.

Des récréations sans contacts

Si les élèves se réjouiront sans doute de revoir leurs amis, les retrouvailles auront un goût particulier en raison des consignes sanitaires. Les gestes barrières et les distances de sécurité devront être respectés, y compris dans les jeux extérieurs. Devraient être proscrits « les jeux de contact et de ballon et tout ce qui implique des échanges d’objets, ainsi que les structures de jeux dont les surfaces de contact ne peuvent pas être désinfectées ». Le tout sous la surveillance du personnel éducatif, invité à « proposer des jeux et activités qui permettent le respect des gestes barrières et la distanciation physique ». Tous les élèves devront également se laver les mains au début et à la fin de la pause. Face aux nombreuses difficultés posées par cette organisation des récréations, le document indique que celles-ci « pourraient être remplacées par des temps de pause en classe à la fin du cours ».

Des masques distribués si besoin

Déjà évoqué par Edouard Philippe face aux députés, mardi, ce point est rappelé par le projet de protocole : le port du masque sera obligatoire pour le personnel et pour les collégiens, possible pour les élèves qui le souhaitent en primaire, mais déconseillé en maternelle. Le ministère promet de fournir aux adultes deux masques « grand public » de catégorie 1 par jour de présence. Et de distribuer les mêmes masques aux élèves tant qu’ils ne seront pas « accessibles aisément à l’ensemble de la population ». Ce sera ensuite aux parents de se les procurer.

Un lavage des mains systématique

Se laver les mains est « essentiel », indique le document, qui explique que ce geste doit être imposé à chaque élève à son arrivée le matin, à chaque retour en classe (notamment après les récréations), avant et après les repas, avant et après un passage aux toilettes, après avoir toussé, éternué ou s’être mouché, après avoir manipulé des objets « possiblement contaminés » et avant de rentrer chez soi. Le lavage doit être effectué à l’eau et au savon, ou au gel hydroalcoolique si les points d’eau ne sont pas en nombre suffisant et les mains « pas visiblement sales ». Les mains devront être séchées à l’air libre ou à l’aide d’une serviette jetable – le protocole proscrit les sèche-mains et autres serviettes collectives. Quant aux adultes, ils sont encouragés à se laver les mains toutes les deux heures.

Cette consigne s’accompagne de mesures de précaution pour éviter le contact avec des surfaces qui pourraient porter le virus : ainsi, « les portes pouvant l’être seront maintenues en position ouverte » (dans le respect des règles de précaution contre les incendies) et le recours aux moyens audiovisuels ou aux lectures par l’enseignant sera préféré à la manipulation de livres et au recours à du matériel partagé par les élèves. Y compris pour les cours de sciences, de technologie, de musique ou d’arts plastiques.

Les cours de sport maintenus

Les pratiques sportives ne sont pas toutes conciliables avec le respect des mesures barrières, mais les cours de sport restent prévus au programme. Le projet de protocole que nous avons consulté interdit « les jeux de ballon et jeux de contact », et recommande de désinfecter régulièrement le matériel qui nécessiterait d’être partagé, ou de renoncer à son utilisation. Il est conseillé de « privilégier des parcours sportifs individuels permettant de conserver la distanciation physique ». Par ailleurs, les jours des cours de sport, les parents seront invités à habiller leurs enfants de « tenues simples permettant la pratique sportive » pour éviter qu’ils aient à se changer dans des vestiaires.

La cantine remplacée si possible par des repas froids en classe

Plutôt que de rouvrir les réfectoires, le ministère incite à privilégier « la restauration en salle de classe (…) sous forme de plateaux ou de paniers repas ». Les établissements pourront manifestement demander aux familles de fournir ces repas, puisque le protocole prévoit cette éventualité et indique que « les familles devront opter pour des repas froids ne nécessitant pas d’être réchauffés ou réfrigérés ».

Si l’option choisie est quand même la prise de repas à la cantine, les établissements sont invités à s’organiser pour éviter les files d’attente et les groupements d’élèves, notamment en échelonnant les horaires. Le personnel, masqué, sera invité à « rappeler oralement les mesures barrières aux élèves au début de chaque repas, notamment le fait de ne pas partager de la nourriture, de l’eau, des couverts… »

Un protocole pour isoler les cas suspects

Ce document provisoire détaille, enfin, la marche à suivre si jamais un élève présente des symptômes du Covid-19. Il devra être muni d’un masque et isolé à l’infirmerie ou dans une pièce dédiée en attendant que ses parents, immédiatement appelés, viennent le chercher. Ces derniers auront pour consigne de le faire tester. En attendant, le protocole prévoit que sa température soit prise, « avec un thermomètre sans contact ».

L’établissement devra ensuite contacter les autorités sanitaires pour appliquer le processus de recensement des personnes en contact avec l’enfant. S’il s’avère positif au virus, « des dépistages pourront être organisés au sein de l’établissement ». Les lieux fréquentés par l’élève et les objets avec lesquels il aura été en contact dans les 48 heures précédant les symptômes devront être désinfectés. Un protocole similaire est détaillé au cas où un membre du personnel de l’établissement présenterait des symptômes.

Les parents sollicités

Si ce protocole s’adresse aux établissements scolaires, une partie de la responsabilité reviendra aux parents d’élèves. A eux de fournir des masques aux collégiens et lycéens une fois que ces objets seront « accessibles aisément » et de s’assurer qu’un élève présentant des symptômes soit rapidement testé. A eux, également, de fournir des mouchoirs jetables à leurs enfants et à leur détailler les gestes à respecter avant leur retour en classe. Enfin, il leur sera également demandé de prendre chaque matin la température de leurs enfants et de ne pas les envoyer en cours si elle dépasse 37,8 °C.



francetvinfo

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