Le « monde d’après » est repoussé à plus tard


Breaking news ! Le nombre de malades du coronavirus passe pour la première fois au-dessous du nombre de personnalités ayant rédigé une tribune sur « le monde d’après » (source : OMS). Repérée sur les réseaux sociaux, cette blague tourne en dérision la frénésie tant statisticienne qu’éditoriale du moment. Elle en dit long aussi, hélas, sur les désillusions actuelles.

Au début du confinement, l’on se prenait à imaginer un monde nouveau, plus écologique, plus solidaire. Puis est venue la crise économique, d’une violence inouïe, et le puissant « vieux monde » a repris le dessus. Les matins qui chantent et autres « jours heureux », comme les a qualifiés Macron, sont devenus sujets de plaisanterie.

Non sans arguments, certains ont commencé à remettre en question l’idée selon laquelle le virus serait l’enfant d’un système écologiquement déréglé par le culte du tout-marché : la grande peste, la grippe espagnole et bien d’autres pandémies historiques n’ont certes pas attendu la mondialisation néolibérale pour semer la mort. Mais c’est oublier que la déforestation favorise les contacts de l’homme avec les animaux sauvages, que le dégel du permafrost peut libérer des microbes disparus, que la biodiversité perturbe la circulation « normale » des virus dans le monde animal… Autant de nouveaux risques épidémiques sérieux.« Le Covid-19 était inévitable, et même prévisible » du fait de notre impact écologique

Dans les esprits des dirigeants politiques et économiques, c’est l’urgence du redémarrage qui s’impose désormais, contre tout le reste. Pour eux, la priorité n’est pas de rêver d’un monde plus juste et plus respirable, mais de sauver la production, l’emploi, la cohésion sociale. Le « monde d’après » ? Plus tard !

Une question de conviction

Résultat, on découvre subitement que le virus n’est pas l’allié de la transition écologique, bien au contraire. Les pressions s’accroissent pour que soient retardées les déjà trop timides mesures engagées avant la crise afin de lutter contre le changement climatique et la pollution. Pour les aider à garder la tête hors de l’eau, l’Assemblée nationale a accordé 20 milliards d’euros aux groupes les plus polluants (Air France, Renault ou le parapétrolier Vallourec…), sans aucune contrepartie en matière d’efforts pour le climat. Le Medef plaide pour une suspension de certaines normes environnementales, accusées d’« impacter les entreprises » et donc de nuire à la « sortie de crise ». Des ministres (lire l’interview de Gérald Darmanin) écartent sans attendre tout effort fiscal des hauts patrimoines pour aider à la résolution du problème d’endettement créé par le coma de deux mois. Le président lui-même a-t-il pensé au message qu’il envoyait quand il a arpenté, dans le Finistère, les serres chauffées d’une exploitation de tomates cultivées hors-sol ?

Gérald Darmanin : « Augmenter les impôts serait contre-productif »

Il est chimérique de croire que le microbe, en enrayant la machine productiviste, va en corriger de lui-même les dysfonctionnements. Sa vertu aura été d’avoir démontré la solidarité des hommes et leur capacité à changer rapidement de comportement face à un danger imminent et collectif. A la lumière de ce que nous avons vécu, nul ne pourra demain nier qu’il est possible d’empêcher le désastre écologique en cours, pourvu qu’on s’en donne les moyens.

Pour commencer, l’argent mis sur la table pour faire redémarrer l’économie devrait être résolument fléché vers les projets écologiquement responsables. La suite est une question de conviction. Elle dépendra, comme toujours en politique, de rapports de force ; et donc des combats à mener.





nouvelobs

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