Critique : Les grands voisins, la cité rêvée


Les grands voisins, la cité rêvée

France : 2019
Titre original : –
Réalisation : Bastien Simon
Scénario : Bastien Simon
Distribution : Mael Aînine Nema Cherif, Adrien Collet, Harry James, Thierry Miekisz
Distribution : La vingt-cinquième heure
Durée : 1h36
Genre : Documentaire
Date de sortie :  1 avril 2020, e-Cinéma sur https://www.25eheure.com/

 3.5/5

C’est dès le lycée que Bastien Simon s’est senti attiré par la réalisation cinématographique. Entré à l’École Supérieure d’Art de Lorraine de Metz en 2007, il entreprend une licence artistique en 2009 et un master en communication en 2011. Après avoir réalisé de nombreux court-métrages, tant dans la fiction que le documentaire, ainsi que plusieurs clips, il co-fonde en 2015 le Studio Argonaute, une association spécialisée dans la création de films et de décors pour le théâtre et le cinéma. Les bureaux de cette association ayant été implantés sur le site des Grands Voisins, l’occasion est bonne pour lui de se lancer dans la réalisation d’une série documentaire diffusée sur Internet : Les Grands Voisins, journal de bord, avec un film de 15 minutes par mois, sur toute l’année 2016. Ce filon très intéressant le conduit à réaliser ensuite deux films de 26 minutes, Portraits de résidents, chapitres I et II, ainsi qu’un film de 1 minute, Mira.  Enfin, entre 2016 et 2019, il réalise son premier long-métrage documentaire, Les Grands Voisins, la cité rêvée.

Synopsis : Maël, artiste sans papier, Adrien, luthier musicien et d’autres résidents venus de tous horizons, s’organisent pour donner naissance à une utopie moderne en plein coeur de Paris, un village solidaire de près de 2000 personnes : Les Grands Voisins. À travers leurs trajectoires et celles des membres fondateurs du lieu, le film interroge notre désir et notre capacité à inventer d’autres manières de vivre ensemble. Que retiendrons-nous de cette expérience collective ? Pourra-t-elle perdurer, essaimer, résonner ailleurs ?

Les grands voisins

A partir de 2010, le très ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul a commencé à déménager vers des structures plus modernes. Un emplacement de 3.4 hectares allait donc se libérer en plein Paris, dans le 14ème arrondissement ! En attendant la création d’un écoquartier sur le site, l’AP-HP, qui gère ce site, a fait appel en 2012 à l’association Aurore pour faire face à un afflux de sans-abris. Très vite, deux autres associations ont rejoint Aurore pour lancer un projet limité dans le temps dont le but est de favoriser l’insertion par la mixité sociale et la création de biens communs : à Aurore, la tâche de créer des places d’hébergement d’urgence ; à Plateau Urbain, coopérative d’urbanisme temporaire, celle de mettre à disposition des espaces à des acteurs culturels associatifs ou issus de l’économie sociale et solidaire ; à Yes We Camp, association de construction d’espaces partagés, de faire en sorte que l’espace puisse être ouvert au public et qu’une programmation culturelle et artistique puisse être assurée. Fin 2015, l’expérience des « Grands Voisins » peut débuter sur le site de l’ancien hôpital. S’y retrouvent trois centres d’hébergement d’urgence pour un total de 600 personnes hébergées, 120 structures liées à l’économie sociale et solidaire, 70 artisans et artistes. Au total, 1 000 personnes vont y travailler quotidiennement pendant plus de 2 ans. Prévue pour s’arrêter à la fin de l’année 2017, l’expérience des « Grands voisins » a repris pour 2 ans en 2018, mais seulement sur une partie de l’emplacement de départ.

Une expérience communautaire qui sort de l’ordinaire

Entraide, partage et croyance en un avenir meilleur : c’est ce que recherchait la démarche connue sous l’appellation « Les grands voisins ». Le film de Bastien Simon a pour but de nous faire partager cette expérience. Il donne parfois l’impression de partir dans tous les sens, mais comment était-il possible de faire autrement face à cette agitation permanente qui a régné pendant 2 ans et qui brassait les personnes hébergées, celles travaillant sur le site et le grand public ? 2 ans, un temps très limité mais qui présente l’avantage de permettre de tester des choses inhabituelles qui, a priori, feraient peur sur une période beaucoup plus longue. Tout au long du film, nous sommes conviés à des moments festifs, à des rencontres, à des visites de personnalités, à des réunions de pilotage hebdomadaires et à des assemblées organisées de façon régulière, destinées à faire le point sur l’évolution du projet. Parfois, se présentent des cas difficiles à trancher, par exemple le comportement à adopter face à des personnes hébergées aux agissements jugés inadmissibles : difficile de prendre la décision d’exclure des gens qui ont été exclus toute leur vie ! Mais, d’un autre côté, comment défendre mordicus « une population qui fait plus peur que pleurer dans les chaumières » ?

Durant les deux ans, deux visites de politiques de haut niveau ont eu lieu : le 17 janvier 2017, celle de François Hollande venu inaugurer les locaux de la Fondation pour l’investissement social et le développement humain. Le 9 novembre de la même année, la visite du Premier ministre Édouard Philippe qui avait choisi « les Grands Voisins » pour présenter son plan de développement de la vie associative, accompagné des ministres Nicolas Hulot et Jean-Michel Blanquer. Entre temps, il y a eu l’élection d’Emmanuel Macron, avec cette question le concernant que s’est posée Kamel, médiateur au PC Sécurité : « Un type qui sort d’une banque, je ne vois pas trop comment il va faire du social ». D’où le besoin ressenti de la part des responsables des lieux de poser un certain nombre de questions : sur la gestion des sans papiers, sur les subventions coupées, les contrats aidés, les chantiers d’insertion, …

Dans un tel film, il est intéressant pour le réalisateur d’avoir quelques personnages que l’on retrouve régulièrement, faisant en quelque sorte office de fil rouge. C’est ainsi que, dans Les grands voisins, la cité rêvée, 4 personnages sont très souvent présents : Mael, un artiste-peintre franco-mauritanien qui se bat pour que sa situation de français soit reconnue, ce qui lui permettrait de faire venir sa famille ; Adien, tout à la fois luthier et joueur de guitare, qu’on voir monter un groupe, les Kacekode, constitué d’habitants des foyers d’hébergement, groupe dans lequel le punk Thierry trouve sa place de chanteur et Harry celle de batteur.

Le e-cinéma spécial confinement de la vingt-cinquième heure

Dire que l’histoire de Les grands voisins, la cité rêvée a été un long fleuve tranquille serait mentir. Au départ, un manque total de subvention et d’argent. Un appel aux dons a permis d’obtenir 15 000 Euros et le film a pu se faire en mode « à l’arrache ». Au moment prévu pour la sortie du film, les salles venaient de fermer, confinement oblige. Heureusement pour le réalisateur, la production et la distribution du film étaient assurées par La vingt-cinquième heure, « inventeurs » du e-cinéma spécial confinement, un concept qui permet au film de « tourner » un peu partout depuis le 1er avril, les « projections » étant très souvent suivies d’un débat avec le réalisateur. Rappelons que, dans le concept de la vingt-cinquième heure, les séances sont censées avoir lieu dans un cinéma bien précis, lequel recevra donc sa part de la recette, à un horaire précis, que vous ne pouvez vous y « rendre » que si vous habitez à proximité, que la vision du film se fait comme dans une salle, c’est-à-dire sans interruption et que vous devez donc arriver à l’heure de la séance, avec un billet (reconnu par votre adresse email) que vous aurez acheté à l’avance.

Conclusion

Un projet solidaire comme Les grands voisins, la cité rêvée, cherchant à favoriser l’insertion des personnes en difficulté par la mixité sociale et la création de biens communs, a quelque chose d’exaltant. A la vision du film, on se dit que nombreuses sont les villes qui pourraient reprendre à leur compte un tel concept en l’adaptant, bien sûr, à leurs particularités.



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