Migrations : la politique européenne en 3 minutes


Synthèse


29.04.2020

Vincent Lequeux

Malgré leurs divisions sur ce sujet, les pays européens tentent de s’accorder sur des politiques communes.

Depuis les années 1980, les arrivées sur le sol des Vingt-Sept sont plus importantes que les départs : la différence entre entrées et sorties (solde migratoire) oscille généralement entre 700 000 et 1,5 million depuis les années 2000.

Alors que la population européenne (446,8 millions d’habitants au 1er janvier 2019) a augmenté en 2018 de 726 000 habitants, ce solde s’est établi la même année à 1,17 million de personnes. En effet, comme depuis 2012 le nombre de décès dépasse celui des naissances dans l’Union européenne à 27, ce sont ces migrations qui entraînent l’augmentation de sa population.

Migrants ou réfugiés ?

La question migratoire recouvre un ensemble de réalités propices aux confusions. Aujourd’hui, le terme « migrant » est souvent employé pour désigner, de fait, les demandeurs d’asile.

En réalité, les demandeurs d’asile cherchent à être accueillis dans un autre Etat que le leur pour y être protégés. Lorsque l’Etat d’accueil reconnaît que le demandeur a raison de craindre la persécution dans son pays d’origine (du fait de sa race, religion, nationalité, appartenance à un certain groupe social ou opinions politiques), celui-ci obtient un statut temporaire de réfugié.

Fin 2018, l’agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) estime à 30 millions le nombre de réfugiés dans le monde. Parmi eux, 1,5 million sont accueillis par l’Allemagne et 500 000 par la France.

Les migrants, eux, « choisissent de quitter leur pays non pas en raison d’une menace directe de persécution ou de mort, mais surtout afin d’améliorer leur vie en trouvant du travail et, dans certains cas, pour des motifs d’éducation, de regroupement familial ou pour d’autres raisons« , précisent les Nations Unies.

Circulation et citoyenneté

Les migrations au sens large recouvrent donc des phénomènes qui ne se limitent pas à l’asile. D’ailleurs, si plus de la moitié des personnes qui arrivent dans les Etats membres de l’UE proviennent de pays extérieurs, de nombreuses migrations sont aussi intra-européennes.

Au moins 3 millions d’émigrants ont quitté un Etat membre en 2017. Un million pour se rendre hors de l’UE. Mais les deux tiers pour se rendre dans un autre pays de l’UE.

La nationalité de ces « migrants » peut être européenne ou non, indépendamment de leur pays de départ et d’arrivée.

Politique migratoire et d’asile

Bien que leurs effets soient étroitement liés, les politiques européennes de la migration et de l’asile poursuivent des objectifs distincts.

La première vise à encadrer l’immigration légale et, ce qui constitue aujourd’hui l’essentiel des moyens déployés, à lutter contre l’immigration clandestine. La seconde s’efforce d’offrir une protection aux ressortissants de pays tiers qui en ont besoin.

La grande variété des dispositifs mis en oeuvre par l’une et l’autre nécessiterait un long développement. Mais notons parmi leurs réalisations principales :

  • la création de l’espace Schengen, qui abolit les contrôles aux frontières intérieures de ses membres. Il complète le droit à la libre circulation (déplacement, travail, installation…) des Européens.
  • la création de l’agence européenne Frontex, qui aide les Etats à limiter l’immigration clandestine aux frontières extérieures de l’UE.
  • la signature d’accords de réadmission pour faciliter le retour des personnes en séjour irrégulier dans leur pays d’origine ou de transit. L’un des plus emblématiques a été signé avec la Turquie en 2016, mais a été suspendu unilatéralement par cette dernière en février 2020.
  • le principe, fixé par le règlement de Dublin, selon lequel les demandes d’asile doivent être traitées par le premier pays d’entrée dans l’UE. Dans les faits, l’Allemagne en gère une grande partie, suivie par la France, la Grèce, l’Italie et l’Espagne. Cette disposition fait partie d’un cadre plus large, le régime d’asile européen commun, qui vise à harmoniser le droit d’asile (procédures, conditions d’accueil…).

Et maintenant ?

L’immigration et l’asile divisent profondément les pays européens, qui peinent à mettre en place des politiques communes. Et plusieurs gouvernements préfèrent agir seuls, le plus souvent de manière répressive vis-à-vis des migrants et demandeurs d’asile extraeuropéens.

Parmi les nombreuses initiatives aujourd’hui sur la table figure l’amélioration du régime commun de l’asile. Et notamment la réforme du règlement de Dublin pour soulager les Etats soumis à une pression migratoire trop importante.

Selon l’Organisation internationale pour les migrations, en 5 ans (2014 – 2018), 17 800 personnes sont décédées ou ont disparu en tentant de rejoindre l’Europe par la Méditerranée.



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