Edouard Philippe, le déconfinement aux poings


Edouard Philippe pratique la boxe. Dans ce round décisif, sous les coups qui pleuvent, il a resserré sa garde, la tête bien protégée derrière ses deux poings. Le Havrais est un encaisseur et sait que le noble art est d’abord affaire d’esquives. Le voici, oscillant de droite à gauche, parant les attaques. Son plan de déconfinement sera défensif.

Ecoles, masques, tests… Point par point, les annonces de Philippe sur le déconfinement

A ce stade du combat, Edouard le confineur félicite la France qu’il gouverne d’avoir évité 62 000 morts et une pénurie de 105 000 lits d’hospitalisation. « Je ne crois pas que notre pays l’aurait supporté », commente-t-il avec ce goût de la litote dont il se complimente lui-même…

Ne comptez pas sur lui pour céder au catastrophisme ou au laxisme démagogiques. C’est la version rigoureuse d’un retour à la normale « très progressif » que le Premier ministre a détaillé devant un échantillon représentatif de parlementaires. La vox populi reproche au gouvernement de naviguer à vue ? La levée des contraintes sera soumise à un sourcilleux processus de validation, département par département. Si le 7 mai, les statistiques sanitaires, les disponibilités hospitalières et le système local de suivi des malades font encore défaut, le déconfinement prendra localement “une forme plus stricte ».

Des brigades spécialisées établiront la liste des cas contacts, vérifieront les tests et surveilleront les mesures d’isolement. Après le 11 mai, les déplacements de plus de 100 kilomètres resteront restreints. Pas question de s’offrir un petit week-end de l’Ascension. Et pas le moindre match de foot à l’horizon. L’éventuelle réouverture des cafés, restaurants, musées, églises, mosquées, synagogues, temples, parcs et jardins est renvoyée à l’examen de la deuxième phase qui doit débuter le 2 juin.

Bataille de l’exécutif

En contre, Edouard Philippe a aussi distribué quelques bourre-pifs. Direct sur le nez des scientifiques dont les « recommandations ont évolué », crochet à la mâchoire des commentateurs confinés qui se répandent en critiques sur les « réseaux pas très sociaux et colériques »… Et uppercut en direction des oppositions qui prétendent savoir, à chaque étape de la crise, ce qu’il aurait convenu de faire. « La modernité les a fait passer des cafés du commerce aux plateaux de télévision », a punché Philippe.

Ecole, « brigades », commerces… Que pensent les experts des annonces d’Edouard Philippe ?

Le Premier ministre leur fait l’honneur de leur présenter son plan. Les voilà qui réclament un vote ? Mais la constitution ne prévoit rien de tel. Edouard aurait pu aussi bien causer à la télévision ou convoquer une conférence de presse. Que ces députés s’estiment heureux de bénéficier de la primeur des annonces…

Edouard Philippe a aussi rendu coup pour coup dans le match furtif de l’exécutif. Jean-Michel Blanquer, l’impatient qui se voit déjà le remplacer à Matignon en a pris pour son grade. Assis sur le banc du gouvernement, il a vu le chef corriger sa copie en directe. La réouverture des classes sera beaucoup plus lente et encadrée que ne l’avait laissé entendre le ministre de l’Education nationale à longueur d’interviews…

Bien fléchi sur ses jambes, Philippe a aussi fait comprendre à Emmanuel qui est Edouard. La coexistence Président-Premier ministre est un sport de combat. Même quand le plus grand respect est censé régner entre les deux têtes de l’exécutif…

Mélenchon, Faure, Ciotti… Les oppositions fustigent le plan de déconfinement de Philippe

Vertu romaine

Lui, c’est lui, et moi, c’est moi, a signifié Edouard Philippe. Le rendez-vous du 11 mai, décidé par le maître de l’Elysée, sera respecté… Si et seulement si toutes les conditions préalables permettant de « protéger, tester et isoler » sont réunies. L’agenda du printemps est signé Edouard Philippe. Mais rien ne sera possible sans l’engagement civique des Français devant lequel s’efface même la volonté des monarques républicains… « Cette crise sanitaire renvoie tout le monde à un devoir d’humilité », note Philippe.

Alors que Paris bruit déjà de son remplacement une fois la crise franchie, Edouard Philippe se drape dans sa toge. Il entend demeurer l’incarnation de la « virtu » romaine, évoqué lors de son discours de politique générale de 2017. « Rectitude, honnêteté et courage. j’étais loin d’imaginer combien cette qualité serait essentielle pour préparer notre avenir, l’avenir de nos enfants, l’avenir de la France ». Et si cette vertu triomphait, ne serait-il pas difficile voire impossible de congédier un si valeureux combattant ?





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