les sujets qu’Edouard Philippe va trancher


Une prise de parole, suivie d’un débat et d’un vote : Edouard Philippe présentera ce mardi 28 avril, dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, le plan du gouvernement pour le processus de déconfinement, qui débutera le 11 mai prochain. Et alors que six Français sur dix ne font pas confiance au gouvernement pour réussir le déconfinement, indique le baromètre politique Odoxa-CGI pour France Inter, « l’Express » et la presse régionale publié ce mardi, le Premier ministre est attendu au tournant.

Edouard Philippe, son jour le plus long

Malgré les protestations de tous bords, le vote sur le plan aura bien lieu dans la foulée de sa présentation. Les oppositions s’étaient insurgées contre le manque de temps entre la présentation le même jour à l’Assemblée, suivie d’un débat, et le vote. Mais la conférence des présidents de l’Assemblée s’est prononcée contre un report du vote à mercredi, au grand dam des oppositions très remontées.

« Faites les pitbulls » : comment Hidalgo prépare le déconfinement de Paris

Les sujets à trancher

Comment réussir à lever le confinement, en vigueur depuis la mi-mars, pour faire redémarrer un pays à l’arrêt, sans pour autant relancer l’épidémie ? Quadrature du cercle qu’Edouard Philippe tentera de démêler en six points, ce mardi. Pour arbitrer, le gouvernement dispose des recommandations de son Conseil scientifique, listées dans deux documents mis en ligne samedi soir, l’un portant sur la reprise de l’école et l’autre sur les modalités globales du déconfinement à un horizon de deux mois.

Dix-sept chantiers prioritaires ont été identifiés, parmi lesquels le retour à l’école, la reprise du travail dans les entreprises, le bon fonctionnement des transports publics, l’approvisionnement en masques et gel, la politique de tests ou l’accompagnement des personnes âgées.

Un test mesurant le degré d’immunité, une survivante de 107 ans… Ces bonnes nouvelles dans la crise du coronavirus

  • Port du masque : obligatoire ou non ?

Le Conseil scientifique, présidé par Jean-François Delfraissy, recommande notamment le port obligatoire d’un masque antiprojection, industriel ou artisanal, dans les collèges et les lycées, à la fois pour les personnels et pour les élèves.

Le port du masque sera « probablement » obligatoire dans les transports en commun, a déjà fait savoir l’Elysée. Mais porter un masque ne saurait affranchir de la distanciation, selon le Conseil scientifique. « Le principe est le respect des distances minimales (1 mètre au moins de chaque côté) permettant d’éviter une contamination respiratoire et manuportée par gouttelettes. Ce principe doit être respecté dans tous les lieux publics, les commerces et les transports en commun », a-t-il écrit dans son avis rendu public samedi.

Pour embrouiller la situation, le Haut Conseil de la santé publique (HCSP), qui conseille les pouvoirs publics, a publié dimanche son propre avis : lui va dans le sens des opérateurs en préconisant que « les professionnels des transports (publics) et les passagers portent systématiquement un masque grand public dès lors que la distance d’un mètre ne pourrait être respectée ».

  • Les tests : combien et pour qui ?

En visite samedi dans un laboratoire de tests de Saint-Denis, le ministre de la Santé Olivier Véran a réaffirmé l’objectif de pouvoir « réaliser au moins 500 000 à 700 000 tests par semaine », contre plus de 50 000 par jour actuellement. L’objectif est de pouvoir tester toutes les personnes présentant des symptômes ainsi que celles ayant été en contact rapproché avec des cas confirmés de coronavirus. En revanche, tester l’ensemble des Français serait « impossible » et « n’a pas de sens au niveau médical », a-t-il répété, alors que certaines entreprises entendent dépister leurs salariés.

Alors qu’Edouard Philippe groupe sa déclaration avec celle déjà prévue le même jour sur la question du traçage et de l’application « Stop Covid », il devrait également trancher la question d’un éventuel isolement des personnes malades.

  • La réouverture des écoles : dans quelles modalités ?

Le Conseil scientifique souligne qu’il était pour sa part favorable à ce que les crèches et établissements scolaires restent fermés jusqu’à septembre. Mais il dit avoir pris « acte de la décision politique » du gouvernement de les rouvrir progressivement dès mai, en « prenant en compte les enjeux sanitaires mais aussi sociétaux et économiques ».

Montpellier, Hautmont… Ces mairies qui s’opposent à la réouverture des écoles le 11 mai

Les scientifiques chargés d’éclairer le gouvernement préconise aussi le déjeuner en classe, la prise de température à la maison par les parents, des stratégies dans les établissements pour éviter les brassages d’élèves. Mais ils écartent la faisabilité et l’intérêt d’un dépistage massif des élèves et des personnels. « Avec cette note du Conseil scientifique, nous avons la base pour l’élaboration du protocole sanitaire annoncé pour donner un cadre sûr au déconfinement scolaire. Ce protocole national sera la référence de tous les acteurs pour la préparation de rentrée », a réagi sur Twitter le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer.

  • Quelle reprise du travail et des transports ?

Au-delà des questions scolaires, le Conseil scientifique préconise d’autoriser les déplacements d’une région à l’autre par transports en commun si les mesures de précaution sont respectées. Mais il juge en revanche « fortement déconseillés » les transports internationaux « durant les mois suivant la période de sortie de confinement », les voyageurs s’exposant à des risques de mise en quarantaine à l’étranger comme à leur retour en France. Edouard Philippe devra également définir les nouvelles règles pour les rassemblements culturels et sportifs. Il ne devrait en revanche pas donner de date pour la réouverture des bars, cafés, restaurants, hôtels et cinémas, alors que la décision sur ce point est attendue fin mai.

Ce qu’attend l’opposition

Les Républicains ont présenté ce week-end une contre-stratégie de 50 propositions, avec deux priorités : « reprise économique » et « protection des populations », selon le patron des députés Damien Abad. LR, qui rêve de présenter une alternance crédible au macronisme, propose notamment de rouvrir certains cafés/restaurants dès le 11 mai, dans les territoires où c’est possible. Ils veulent rendre obligatoire le port du masque dans les transports et grandes surfaces, prolonger le chômage partiel, annuler les charges des entreprises obligées de fermer… Sur la méthode, les Républicains demandent un report du vote, le temps de consulter tous les parlementaires. Le refuser est « un déni de démocratie », pour Damien Abad, et si le groupe n’a pas encore arrêté sa position sur le vote il ne veut « pas donner un blanc seing au gouvernement ».

La France insoumise va voter contre le plan du gouvernement, car pour Jean-Luc Mélenchon la date du 11 mai « est hasardeuse : aurons-nous les masques, les tests et les gels hydroalcooliques ? ». Imposer un vote dès mardi révèle selon lui « l’imposture » et « la méthode insupportable » du gouvernement. Le groupe parlementaire a livré lundi un projet d’une trentaine de pages proposant qu’à l’état d’urgence sanitaire succède un « état d’alerte sanitaire » avec port du masque obligatoire dans les lieux publics, distribution massive de gels, test pour toute alerte individuelle… La puissance publique doit « réquisitionner, voire nationaliser si besoin, les moyens de production » de matériel nécessaire. Ils souhaitent une rentrée scolaire en septembre.

Les députés RN « s’abstiendront ou voteront contre » le plan, assure le porte-parole Sébastien Chenu. Sur la méthode, Marine Le Pen dénonce « un artifice du gouvernement pour tenter de nous faire partager sa responsabilité dans le fiasco de la gestion de cette crise sanitaire ». Sur le fond, la présidente du parti avait jugé « déraisonnable » la semaine dernière de rouvrir les écoles le 11 mai. Le parti, qui a régulièrement déploré le manque de masques, est pour « un dépistage massif de la population sans lequel le tracking ne sert à rien », selon Sébastien Chenu.

EELV estime dans son projet « Face à la pandémie », publié il y a quelques semaines, qu’il faut « réquisitionner l’ensemble des moyens de production » de médicaments, matériels et locaux médicaux nécessaires. Le parti, qui privilégie le principe de précaution, est vent debout contre le projet de traçage numérique, au nom des libertés individuelles et de l’efficacité.

Plus qu’un plan, « nous présenterons nos lignes rouges », affirme le Premier secrétaire du PS Olivier Faure, en évoquant des conditions à remplir « impérativement » sur les plans sanitaire, économique et social. La méthode, aussi, lui pose problème : « Comment voulez-vous que sur un sujet aussi lourd, nous soyons conduits à voter les yeux fermés ? » s’interroge Olivier Faure pour qui « on est en train de confiner la démocratie ».

Suivre et comprendre la crise du coronavirus avec « l’Obs »

Le PCF planche sur des propositions, selon André Chassaigne, le président du groupe, qui déplore « une atteinte à la démocratie parlementaire ». « Le gouvernement évacue le débat sur le traçage numérique en le noyant dans le débat global. Nous sommes contre, c’est inutile et c’est une atteinte aux libertés », déplore-t-il.





nouvelobs

A lire aussi

Laisser un commentaire