Les secrets du succès d’Israël dans la lutte contre le Covid



C’est un drôle de classement qui suscite depuis plusieurs semaines controverses et polémiques sur Internet. Le 20 avril, Times of Israel écrivait : « Depuis fin mars, le Premier ministre Benjamin Netanyahu brandit une étude du très obscur ‘Deep Knowledge Group’, selon laquelle Israël est le pays qui combat le mieux le coronavirus dans le monde. » Si ce palmarès, également cité par le magazine Forbes, est sujet à caution, la très respectée Johns Hopkins University confirme les excellents résultats de l’Etat hébreu. Ce samedi 25 avril, il n’enregistrait, depuis le début de la pandémie, que 194 décès du Covid-19 pour une population de 8,8 millions d’habitants. Un chiffre particulièrement bas, si on le compare, par exemple, à la Belgique, pays de 10 millions d’habitants qui totalise 6.679 morts.

Les 2 C : commande et contrôle

Comment expliquer le succès du modèle israélien ?  Deux raisons principales : une gestion à poigne et un recours aux nouvelles technologies. « Pour être efficace face à une pandémie il faut déployer les 2 C : commande et contrôle », indique le virologue et consultant, Alexander Kekulé, ancien conseiller de la chancelière allemande Angela Merkel. Spontanément, « Bibi », le Premier ministre à la longévité record, a suivi cet avis et pris les choses en main, avec d’autant plus d’énergie qu’il tente de faire oublier ses ennuis judiciaires pour corruption.

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Dès les premiers jours de la crise, le fringant septuagénaire était à la télévision tous les soirs aux heures de grande écoute. Immédiatement, il multiplié les initiatives, dans ce pays habitué à être sur le pied de guerre. Les autorités ont bouclé très vite les frontières, Israël devenant un des tous premiers Etats à refuser l’accès aux avions en provenance d’Europe. Les mises en quarantaine de passagers arrivés de l’étranger ont été systématiques, la distanciation sociale mise en place dans la foulée, tandis qu’un confinement était imposé mi-mars (avec interdiction de s’éloigner de plus de 100 mètres de chez soi). Depuis le 1er avril, un patient suspecté d’être contaminé doit s’isoler dans un des « corona hôtels » prévus à cet effet.

Unités d’élite en renfort

Plus singulier, le Premier ministre s’est fait seconder par des unités d’élite. D’abord le Shin Bet, les renseignements intérieurs, qui fin mars publiait un communiqué. « Nos équipes travaillent jour et nuit pour fournir des rapports aussi précis que possible sur les citoyens qui ont été exposés à des malades atteints de coronavirus, et qui sont susceptibles d’être contaminés à leur tour et de contaminer, sans le savoir, d’autres personnes. »

Plus récemment le Premier ministre a fait appel au Mossad (les services secrets), dont le patron est un proche. Commentaire du journaliste de Haaretz Yossi Melman : « Netanyahu s’entoure de personnes organisées, dans lesquelles il a vraiment confiance, et il n’y en a pas beaucoup. »

« Une nation de MacGyvers »

Deuxième pilier du modèle israélien : le recours aux nouvelles technologies. « Lorsque le coronavirus est venu frapper à sa porte, la Start-up nation a déployé tout ce qui a fait son succès, pointe Anne Baer, présidente du cabinet de consulting iKare Innovation. Chacun y est allé de sa solution. Au-delà des biotechs, les entreprises israéliennes se sont appuyées sur leur suprématie en matière de géolocalisation, big data, systèmes de vision, cyber…, pour proposer des solutions de prédiction, détection et surveillance, tandis que d’autres misaient sur l’impression en 3D et les matériaux innovants pour apporter des solutions d’urgence. » Vice-président du Jerusalem Institute for Strategy and Security, Eran Lerman confirme cette « culture de l’innovation et de l’improvisation, qui fait que nous sommes une nation de ‘MacGyvers’, pour ceux qui se rappellent encore le célèbre feuilleton ».

Le 30 mars, le gouvernement a annoncé son association avec des entreprises de pointe, prévenant que chaque citoyen allait désormais recevoir quotidiennement un questionnaire visant à établir « une carte épidémiologique pour détecter les symptômes du virus et aider les responsables de la santé à prendre des décisions ». Pas peu fières d’avoir mis en place « un Waze du coronavirus », les autorités ont néanmoins dû accepter quelques concessions, après une levée de boucliers d’associations des droits de l’homme contre le traçage. Résultat: les données doivent rester anonymes et une commission de la Knesset (le Parlement de l’Etat d’Israël) veille à ce qu’il n’y ait pas de dérives.

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Parmi les entreprises sollicitées par le gouvernement, NSO, qui jusque-là faisait des logiciels espions et Diagnostic Robotics. Sa cofondatrice et directrice Kira Radinsky, une étoile montante de la high-tech mondiale, parle de « techniques de triage et de monitoring ». La trentenaire a expliqué à Challenges : « Grâce à l’intelligence artificielle, nous suivons les Israéliens, à raison d’environ 25% de la population chaque semaine. Ces données, anonymes, permettent d’établir une carte des régions les plus à risque dans le pays, ce qui aide à allouer les lits de réanimation, respirateurs et personnels soignants, en fonction des besoins. »

Des cabines de tests en pleine rue

Autre innovation qui a frappé les esprits en Israël: ces cabines de tests installées fin avril dans la rue, par exemple à Jaffa. Elles permettent à des patients de bénéficier de prélèvements rapides, « en toute sécurité », dit le fabricant Maccabi, sans qu’il y ait contact avec les blouses blanches. Pour l’instant, il ne s’agit que d’une expérimentation.

Face aux mesures anti-Covid, « les Israéliens n’ont pas forcément été ni très rigoureux, ni très obéissants, c’est ce qui fait leur charme », observait récemment le journaliste Simon Spungin, dans un de ses podcasts de Haaretz Weekly. Beaucoup ont pris des libertés avec le confinement, surtout pour les fêtes de Pessah, et en particulier au sein de la communauté ultra-orthodoxe. Certains ont acheté des téléphones à clapet, pour échapper à la géolocalisation des smartphones. Mais la politique de Netanyahu semble payer. Depuis cette semaine, la mise sous cloche commence à s’alléger.

Avec moins de 200 victimes du Covid-19, Israël fait donc figure de vrai modèle. Même l’Autriche, un des meilleurs élèves de la classe européenne, qui a autant d’habitants que l’Etat hébreu, a enregistré autant de cas confirmés de Covid (15.000), mais… plus du double de décès : 536.



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