Sortie VOD : Mitra


Mitra

France, Belgique : 2018
Titre original : –
Réalisation : Jorge León
Scénario : Jorge León
Interprètes : Mitra Kadivar, Jacques-Alain Miller, Eva Reiter, Claron McFadden 
Distribution : Shellac
Durée : 1h23
Genre : Documentaire
Date de sortie : 24 février 2020
Date de sortie VOD : 22 avril 2020

4/5

C’est à l’Institut National Supérieur des Arts du Spectacle et des Techniques de Diffusion de Bruxelles que Jorge León a étudié le cinéma. Une fois cette formation effectuée, son intérêt s’est porté sur le cinéma documentaire en tant que réalisateur et directeur de la photographie. Cinéaste du ressenti et du vécu, Jorge León s’est intéressé dans ses films précédents aussi bien à la fin de vie qu’à la danse en passant par les femmes d’Indonésie formées pour de devenir bonnes et qui se retrouvent surexploitées et maltraitées en Asie ou au Moyen Orient. Lorsqu’il a eu connaissance de l’échange de mails entre les  psychanalystes  Mitra Kadivar et Jacques-Alain Miller, il a ressenti le besoin de montrer à quel point la parole peut être génératrice de création. Mitra, le fruit de son travail, a été présenté en Première mondiale au FIDMarseille 2018 et il s’est vu attribuer le Prix Marseille Espérance.

Synopsis : Hiver 2012 – Internée contre son gré dans un hôpital psychiatrique à Téhéran, Mitra Kadivar, psychanalyste iranienne, entame une correspondance par courriel avec Jacques-Alain Miller, fondateur de l’Association Mondiale de Psychanalyse. Été 2017 – Une équipe artistique s’inspire de ces échanges pour créer un opéra en s’empreignant de la réalité de l’hôpital psychiatrique Montperrin à Aix-en-Provence

Un opéra en milieu psychiatrique

L’histoire commence durant l’hiver 2012 : A Téhéran, une psychanalyste, Mitra Kadivar, est accusée d’être folle et est enfermée contre son gré dans un hôpital psychiatrique. En fait, tout est parti de son désir d’ouvrir chez elle un centre de traitement des toxicomanes, projet qui a été très mal reçu par ses voisins qui ont porté plaine contre elle. Pensant qu’un soutien de la part de la communauté internationale pourrait lui être utile, elle a entamé un dialogue par mail avec Jacques-Alain Miller, fondateur de L’Association mondiale de psychanalyse, et, par ailleurs, gendre de Jacques Lacan. Cet échange de mails a généré chez Jorge León l’envie de s’en inspirer pour écrire le livret d’un opéra très particulier. En effet, de la même façon que cet échange confronte la parole de deux psychanalystes, l’opéra qu’on va voir naitre sous nos yeux et dans nos oreilles confronte les compositions pour des instruments de Eva Reiter et celles, pour les membres d’un chœur, de George Van Dam. Désireux, par ailleurs, de positionner son film dans un environnement psychiatrique, Jorge León a travaillé pendant 3 ans avec le Centre hospitalier Montperrin d’Aix-en-Provence, y organisant des ateliers et reprenant dans son film des interventions d’un certain nombre de patients.

Sur un sujet délicat, un film lumineux

Que peut_on attendre du mélange de la lecture à voix haute de mails échangés entre deux psychanalystes, de séances de répétitions de musiciens et de choristes et de réflexions de patients d’un hôpital psychiatrique ? Eh bien, c’est là qu’intervient le talent d’un réalisateur associé a celui de la monteuse, Marie-Hélène Mora : tout au long du film, on passe très naturellement de la dimension tragique du personnage de Mitra à l’écoute d’une musique contemporaine en totale adéquation avec le sujet du film, sans oublier de prêter l’oreille à la lecture des mails entre la psychanalyste iranienne et le psychanalyste français ainsi qu’aux remarques ornées du bon sens de patients de Montperrin. Un exemple ? Pourquoi, dans le domaine des pathologies psychiatriques, le malade devient-il sa maladie : le schizophrène, le bipolaire ? Alors qu’on ne dit jamais d’un malade qui a un cancer qu’il est LE cancer ! 

La musique

Dans Mitra, la fluidité est de mise et, sur un sujet délicat, le film s’avère très lumineux. La musique, qui y tient une part importante, est pour beaucoup dans ce ressenti. Certes, la musique contemporaine n’a pas toujours bonne presse, mais la voir ainsi naître sous nos yeux représente une expérience pleine d’intérêts. Beaucoup seront sans doute surpris d’apprendre que la compositrice, l’autrichienne Eva Reiter, et la chanteuse qu’on voit et qu’on entend à plusieurs reprises, l’américaine Claron McFadden, sont, à l’origine, des spécialistes de musique ancienne et de musique baroque. En fait, de tels « ponts » sont relativement courants et c’est probablement dû au fait que ces musiques très éloignées dans le temps font en fait appel à des techniques musicales et à des émotions assez proches et que la période romantique ne pratiquait pas.

Conclusion

C’est avec une approche très atypique mais particulièrement intéressante et convaincante que Jorge León a choisi de nous parler des pathologies psychiatriques, toutes ces maladies qui font que, pour les autres, vous entrez dans un domaine qu’on continue trop souvent de qualifier du terme de folie et, qu’à ce titre, vous sortez de la communauté des humains et que votre existence, semble-t-il, n’a plus d’importance pour personne.



Critique film

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