Test DVD : L’ange noir


L’ange noir

 
États-Unis : 1946
Titre original : Black angel
Réalisation : Roy William Neill
Scénario : Roy Chanslor
Acteurs : Dan Duryea, June Vincent, Peter Lorre
Éditeur : Sidonis Calysta
Durée : 1h17
Genre : Policier, Film Noir
Date de sortie cinéma : 20 août 1947
Date de sortie DVD : 17 mars 2020

 

Los Angeles. Kirk Bennett découvre Marvis Marlowe, sa maîtresse, morte. Il est arrêté, jugé et condamné à mort. Sa femme, Catherine, décidée à le sauver, mène son enquête avec Martin Blair, l’ancien mari de Marvis. Ils soupçonnent Marko, le patron d’un cabaret, mais ce dernier a un alibi…

 


 

Le film

[4/5]

Sorti à l’été 1946, L’ange noir est un des derniers films de Roy William Neill, disparu en décembre de la même année. Si son rayonnement auprès des cinéphiles n’est décidément plus ce qu’il était (il est en effet surtout connu pour avoir réalisé une longue série de Sherlock Holmes avec Basil Rathbone), la ressortie de L’ange noir en DVD remet un petit coup de projecteur sur sa (prolifique) carrière, tout autant qu’un petit coup de « polish » à sa renommée, comme le dirait OSS 117.

Parce qu’en délaissant le temps d’un film les enquêtes de Sherlock Holmes pour livrer sa contribution au genre du Film Noir, Roy William Neill livre en effet un polar de première bourre, extrêmement moderne et étonnant. Cependant, et puisqu’on ne souhaite pas reproduire ici la bourde de Patrick Brion qui, dans sa présentation du film, révèle l’ultime et surprenant rebondissement de L’ange noir, on va placer très tôt dans le texte la fameuse balise [Attention SPOILERS]. Arrêtez de lire si vous n’avez pas vu le film. Non, sérieux – parce que l’élément narratif le plus intéressant du film de Roy William Neill, qu’on ne peut logiquement pas passer sous silence dans notre article – réside en effet dans son utilisation réjouissante d’un « twist » en fin de métrage, gimmick formel popularisé par Citizen Kane en 1941 avec la découverte de la signification de « Rosebud », mais qui serait repris dans une ambiance très Film Noir presque cinquante ans plus tard par Bryan Singer avec son épatant Usual Suspects (1995). Sauf qu’au départ, et à moins d’avoir lu le bouquin de Cornell Woolrich dont il s’inspire, rien ne pouvait réellement permettre au spectateur de « griller » la révélation finale durant les deux premiers tiers du film. Et si on a pris soin de vous prévenir en amont avec notre balise à Spoilers, c’est que le fait de savoir que le film propose un twist avant de vous lancer dans le visionnage risquerait fort de nuire à votre expérience, dans le sens où pendant tout le film, vous vous demanderez quelle est la teneur de cette révélation finale. Un peu comme pendant un film de M. Night Shyamalan – mieux vaut donc ne rien savoir. [Fin des SPOILERS]

Préservez-vous donc de toute influence extérieure et lancez vous dans L’ange noir, porté par l’interprétation solide de Dan Duryea, acteur à la silhouette de grand dégingandé habitué aux rôles de méchants, qui fait preuve ici d’une fièvre et d’une intensité tout à fait remarquables. En face de lui, deux actrices, June Vincent et Constance Dowling, livrent deux facettes de la figure féminine au cœur du Film Noir : la victime et la Femme Fatale. Toutes deux sont absolument épatantes. Il n’est nul besoin d’en savoir d’avantage : se basant sur un récit implacable, ramassé et épuré afin de conserver un impact direct sur une durée très courte (1h17 en vidéo), le film de Roy William Neill s’avère donc au final un excellent Film Noir, assez unique dans sa façon d’aborder le genre de façon presque détournée.

 

 

Le DVD

[4/5]

C’est Sidonis Calysta qui nous propose aujourd’hui de (re)découvrir L’ange noir en DVD, dans sa « Collection Film Noir » qui, si elle comporte à ce jour nettement moins de titres que sa série Western de légende, commence à avoir une sacrée gueule avec sa petite cinquantaine de pépites du genre. Avec son beau master au format respecté et en version intégrale, l’éditeur ne se fout pas de la gueule du consommateur : composant habilement avec les limites du format (forcément un peu plus faible durant les scènes nocturnes), le DVD nous claque sur les fesses un encodage littéralement sans faille, vraiment épatant, renforçant encore les qualités visuelles de l’ensemble – dans les limites d’un encodage en définition standard bien sûr. Vu le master en possession de l’éditeur, il n’est pas certain que le film aurait réellement mérité un upgrade Blu-ray – sage décision donc de la part de Sidonis que d’être resté sur le format DVD. Du côté du son, seule la VO est proposée en Dolby Digital 2.0, dans un mixage tout à fait correct, sans souffle ni crépitement aucun.

Du côté des bonus, outre la bande-annonce de rigueur, on a droit aux traditionnelles présentations du film assurées par Bertrand Tavernier (27 minutes), Patrick Brion (6 minutes) et François Guérif (6 minutes). En préambule de sa prestation, Tavernier regrette le fait que Roy William Neill soit resté un cinéaste « absolument énigmatique » et qu’aucun critique et/ou historien n’ait pris la peine de se pencher sur son œuvre. Pour expliquer cet état de fait, il évoque la difficulté à mettre la main sur ses différents films. Après avoir évoqué la fascination du cinéaste pour Sherlock Holmes, il abordera finalement le film en lui-même, le scénario de Roy Chanslor et les différences avec le roman de Cornell Woolrich, la mise en scène, ainsi que les acteurs et personnages. De son côté, Patrick Brion se montrera extrêmement enthousiaste vis à vis des Sherlock Holmes tournés par Roy William Neill, qui occuperont d’ailleurs l’essentiel de sa prestation. Et quand il reviendra au film, ça sera pour nous en révéler la fin, sous le fallacieux prétexte qu’on l’aurait « déjà visionné ». Sauf que dans l’absolu, le concept de la « présentation » ne serait-il pas de la visionner AVANT de lancer le film ? Pas dans l’esprit de Patrick Brion en tous cas, qui fait régulièrement cette erreur dans ses présentations enregistrées pour Sidonis Calysta. Alain Carradore, le charismatique dirigeant de la société, devrait resserrer la vis avant que Brion ne vire totalement punk. On plaisante bien sûr, d’ailleurs on reste malgré toutes ces années toujours de fervents admirateurs de Patrick Brion, qu’on aime jusque dans le léger relâchement qui anime certaines de ses prestations. Mais honnêtement, qui a quelque-chose d’intéressant à dire sur chaque film qu’il visionne au cours de sa vie ? Certainement pas l’auteur de ces lignes, vous l’aurez d’ailleurs déduit par vous même si vous êtes un fidèle du site et de la section Blu-ray / DVD. Pour terminer, François Guérif évoquera quant à lui le roman de Cornell Woolrich, écrit sous le pseudonyme de William Irish, ainsi que le film de Roy William Neill, à la lisière entre le Film Noir et le drame passionnel.

 



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