Lato, buteur né et héros polonais



  • Grzegorz Lato a fini Soulier d’or adidas à Allemagne 1974
  • Il a offert deux troisièmes places de Coupe du Monde de la FIFA à la Pologne
  • L’ancien ailier fête ses 70 ans le 8 avril

Gerd Müller était le favori pour décrocher le Soulier d’or adidas de la Coupe du Monde de la FIFA, Allemagne 1974™, devant Johan Cruyff. Giorgio Chinaglia, Jairzinho, Jupp Heynckes, Luigi Riva, Mario Kempes, Dušan Bajević, Roberto Boninsegna et Roland Sandberg.

Avant le tournoi, une grande société de paris publie une liste de 25 lauréats potentiels. Grzegorz Lato n’en fait même pas partie. Après tout, la Pologne n’a que très peu de chances de sortir d’un Groupe 4 comprenant l’Argentine et l’Italie. De plus, Lato est ailier et il n’a inscrit que trois buts en 12 rencontres internationales. Müller en compte 64 en 54 sélections et Riva 35 en 40 matches.

Pourtant, trois semaines après avoir marqué un doublé dans la victoire surprise 3-2 de la Pologne sur l’Argentine dans son premier match, Lato récupère le ballon dans sa propre moitié de terrain, laisse deux Brésiliens en plan en faisant parler sa vitesse et inscrit un but sublime pour offrir à la Pologne une troisième place improbable. Il entre dans l’histoire, aux côtés d’autres meilleurs buteurs avant lui comme Sándor Kocsis, Just Fontaine, Eusébio et Müller.

Une voiture, une maison, et un instinct de buteur

« Il était intenable dans ce tournoi », se souvenait quelques années plus tard Kazimierz Górski, le sélectionneur de la Pologne à Allemagne 1974. « Une vraie machine. Nous, nous savions ce dont il était capable, mais nos adversaires n’avaient aucune idée de ce qui les attendait. Sa vitesse et ses courses les effrayaient. Contre l’Argentine, il a chipé le ballon sur un dégagement à la main du gardien. Un but venu de nulle part. Les interceptions, c’était sa spécialité. Et sur les coups de pied arrêtés, nos adversaires cherchaient toujours à marquer les joueurs qui étaient grands et les attaquants. Lato n’était pas très grand, mais il avait cet instinct de buteur, cette envie d’aller récupérer tous les ballons qui traînaient, de reprendre de la tête. »

C’est là que le monde découvre Lato. Jusqu’alors, il n’a disputé qu’un seul match, après être entré en cours du jeu, dans le triomphe de la Pologne au Tournoi Olympique de football masculin, Munich 1972. Mais en Pologne, il s’est déjà forgé une belle réputation. En 1969, alors qu’il n’a que 19 ans, le club de Stal Mielec, pensionnaire de deuxième division, provoque la polémique en offrant à Lato une maison et une voiture afin qu’il s’engage avec le club.

Face aux critiques de la presse, Lato répond sur le terrain. Stal est promu en Ekstraklasa, l’élite polonaise, avant de remporter le championnat pour la première fois de son histoire en 1972/73. Lato termine meilleur buteur. Le club monte sur le podium quatre années de suite et est couronné champion pour la deuxième fois en juin 1976.

Le héros d’une nation

Le mois suivant, la Pologne se qualifie pour sa deuxième finale du Tournoi Olympique d’affilée, mais s’incline 3-1 face à la RDA malgré un but de Lato. Le joueur né à Malbork fait trembler les filets deux fois à Argentine 1978, où la Pologne termine première de son groupe composé pourtant de la RFA, le champion en titre, avant de sortir en deuxième phase de groupes. À l’âge de 32 ans, Lato se montre encore impressionnant à Espagne 1982 où la Pologne termine à nouveau troisième.

C’est cependant pour ses prestations à Allemagne 1974 que Lato reste dans les mémoires. Il a fallu attendre Corée/Japon 2002 pour voir un autre joueur inscrire plus de six buts en une Coupe du Monde : Ronaldo. Par ailleurs, entre Chili 1962 et Afrique du Sud 2010, Lato fut le seul non-attaquant à recevoir le Soulier d’or adidas.

À son retour en Pologne en 1974, il est applaudi dans tous les stades. Grzegorz Lato n’est alors plus le joueur du seul club polonais qu’il va connaître. Il est le héros de toute une nation, comme le prouve son surnom : « le footballeur préféré des Polonais ».

Le saviez-vous ?

  • En un peu plus d’un an à partir de mai 1974, l’ailier droit a inscrit 18 buts en 18 sélections.
  • À l’âge de 30 ans, alors autorisé à quitter la Pologne, Lato est invité par Pelé à le rejoindre au New York Cosmos, une équipe comprenant dans ses rangs le Roi lui-même, Carlos Alberto, Franz Beckenbauer, Johan Neeskens, François Van der Elst et Giorgio Chinaglia. Le Polonais préfère poursuivre sa carrière en Belgique, au Mexique puis au Canada.
  • Contre l’Italie à Espagne 1982, Lato devient le joueur le plus capé de Pologne (100), devant Kazimierz Deyna. Il conserve ce record pendant 28 ans avant d’être dépassé par Michał Żewłakow, Jakub Błaszczykowski et Robert Lewandowski.
  • Lato a inscrit dix buts en Coupe du Monde. Seuls sept joueurs ont fait mieux : Sándor Kocsis, Jürgen Klinsmann (11 chacun), Pelé (12), Just Fontaine (13), Gerd Müller (14), Ronaldo (15) et Miroslav Klose (16).
  • Lato a été président de la Fédération polonaise de football (PZPN) pendant quatre ans à partir de 2008 jusqu’à ce que la Pologne co-organise l’UEFA EURO 2012.



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