Vu sur OCS : L’Intouchable Harvey Weinstein


© 2019 Lightbox Media / Embankment Films / Samuel Marshall Productions / Le Pacte
Tous droits réservés

Cette nouvelle qui n’a rien d’un fait divers s’est peut-être un peu perdue dans l’hystérie croissante autour de l’épidémie à venir du coronavirus, mais l’ancien producteur Harvey Weinstein, une des figures incontournables du microcosme hollywoodien pendant plus de trente ans, a bel et bien été condamné à une lourde peine de prison à la mi-mars à New York pour viol, harcèlement et agression sexuelle. Il ne s’agit là que d’un des derniers chapitres d’une longue série d’événements, souvent très douloureux mais en même temps révélateurs d’un malaise culturel, qui a depuis commencé à être crevé comme l’abcès immonde que sont les abus sexuels de quelque nature qu’ils soient. Le documentaire L’Intouchable Harvey Weinstein, encore disponible pendant quelques heures sur le replay d’OCS, revient sur certaines stations essentielles de ce chemin de croix pour de nombreuses victimes, trop longtemps ostracisées à cause de la loi du silence qui règne dans la plupart des cercles du pouvoir. Il y parvient au moins en partie, grâce à la sincérité avec laquelle il donne la parole à ces femmes, contraintes jusque là de se taire, et en dépit de quelques maladresses formelles.

Le compliment le plus important que l’on peut faire à la réalisatrice Ursula Macfarlane, c’est d’avoir su résister à la tentation de tomber aveuglement dans le piège de l’indignation polémique qu’un tel sujet tend presque malgré lui. Car comment ne pas condamner d’office le monstre Weinstein, cet ogre pervers à qui son influence a permis de sévir pendant des années sans conséquences sérieuses ? Il y aurait en effet beaucoup de choses à dire et à analyser par rapport aux mécanismes propres aux rapports de force, tout aussi douteux mais sur lesquels notre civilisation se base hélas en grande partie. Le documentaire s’empare de cette piste de réflexion un peu trop hâtivement, comme si le fait de laisser s’exprimer en une ou deux minutes les anciens collaborateurs du fondateur de Miramax et les journalistes ayant enfin réussi d’exposer au grand jour le scandale à l’automne 2017 suffisait pour en tenir compte. Or, autant L’Intouchable Harvey Weinstein remplit son rôle de résumé provisoire de cette affaire incroyablement scabreuse, autant on souhaiterait à cette dernière un traitement plus ample et exhaustif, à l’image de ce qui se fait sous forme de documentaire fleuve d’une durée de plusieurs heures sur les chaînes d’information d’outre-Atlantique les plus ambitieuses.

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De cette approche américaine, cette production britannique a hérité un vocabulaire esthétique qui va chercher ses images du côté d’une évocation assez abstraite des faits. Alors que les témoignages des victimes du prédateur sexuel sont des plus saisissants et touchants, filmés avec une pudeur considérable et pourtant sans tenter d’édulcorer un trauma psychologique avec lequel ces femmes devront vivre jusqu’à la fin de leurs jours, la mise en scène cherche à contre-balancer la lourdeur du propos à travers des échappées visuelles pas toujours concluantes. On comprend tout à fait le besoin dramatique d’espacer ces confessions insoutenables pour ne pas conduire le spectateur directement vers la rage impuissante ou la dépression profonde. Le choix d’y parvenir par le biais de plans pris dans les rues de New York, encore remplies de monde à ce moment-là, ou dans des couloirs anonymes d’hôtels nous a, par contre, laissés plus dubitatifs.

Pour quiconque voudrait en savoir un peu plus sur l’affaire Weinstein, ce documentaire remplit parfaitement son rôle, sous quelque support que ce soit, y compris le DVD testé par notre confrère Jean-Jacques plus tôt cette année ici. Toutefois, si vous l’aviez suivie quasiment en direct, il y a moins de trois ans, au fur et à mesure que ses détails dégoûtants ont été rendus publics, L’Intouchable Harvey Weinstein risque de ne vous apprendre que quelques anecdotes périphériques, comme, dans notre cas, la réaction violente du producteur envers une journaliste suite à une question sans grande importance autour de la sortie de Othello 2003 de Tim Blake Nelson. Sinon, il s’agit du type de documentaire dont l’honnêteté du propos et de la démarche se voit relativisée par une forme peut-être pas complètement à la hauteur du tremblement moral et social que l’affaire Weinstein a suscité un peu partout dans le monde.

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