Irak: un 2e Premier ministre désigné jette l’éponge, le chef du renseignement lui succède



Le président irakien Barham Saleh a annoncé jeudi avoir chargé le chef du renseignement Moustafa al-Kazimi de former un gouvernement après que l’ex-gouverneur de Najaf, Adnane Zorfi, a jeté l’éponge, poussé vers la sortie par un rare consensus politique contre lui.

M. Kazimi, accepté à l’inverse dès avant sa nomination par la quasi-totalité des formations politiques, a longtemps été vu comme l’homme des Américains en Irak avant de réchauffer ses relations avec le grand ennemi de Washington, Téhéran, principale puissance agissante en Irak.

Depuis plusieurs jours, les réunions au sommet se sont multipliées. La semaine dernière, le général iranien Esmaïl Qaani, émissaire en charge des affaires irakiennes depuis l’assassinat du général Qassem Soleimani début janvier, avait même fait le déplacement à Bagdad pour réunir les chefs de partis et discuter d’un remplacement de M. Zorfi.

Et, mercredi, les deux grands partis kurdes ont annoncé que si jamais ce dernier se retirait, leur soutien à M. Kazimi était déjà acquis.

Preuve de ce consensus, jeudi, lors de la cérémonie officielle de désignation au palais présidentiel, la plupart des plus grands politiciens du pays étaient présents, ce qui n’était pas le cas pour les précédents candidats au poste de Premier ministre.

Poussé vers la sortie sans avoir même pu convoquer le Parlement pour un vote de confiance ou présenter une liste de ministres, M. Zorfi avait été désigné le 17 mars.

Il n’a eu le temps que d’une conférence de presse pour détailler un programme censé sortir de la crise un pays où le nouveau coronavirus a déjà contaminé plus de 1.200 personnes et réduit de moitié le prix du baril de pétrole et le budget de l’Etat avec lui.

Avant lui, Mohammed Allawi avait échoué à l’issue des 30 jours constitutionnels à obtenir le quorum pour un vote de confiance au Parlement.

Le Premier ministre Adel Abdel Mahdi avait annoncé sa démission en décembre, alors que le pays vivait depuis le 1er octobre une révolte populaire inédite qui l’a plongé dans une crise sociale et politique sans précédent.

Le mouvement de protestation a été mis entre parenthèse par la pandémie mondiale de Covid-19 mais, sur la place Tahrir de Bagdad, son épicentre, des dizaines de manifestants continuent de camper sous des tentes, en dépit du couvre-feu total décrété dans le pays jusqu’au 19 avril au moins.

M. Kazimi a désormais 30 jours pour présenter un cabinet au Parlement –dont les modalités de réunion sous couvre-feu sont encore à déterminer.

Le futur gouvernement devra ensuite avant toute chose faire adopter le budget 2020, toujours pas voté, dans un contexte de plongeon historique des cours du brut –l’unique source de devises du pays, deuxième producteur de l’Opep.

Il devra également tenter de rassurer une population inquiète d’un effondrement total d’un système de santé déjà à genoux dans un pays où le Covid-19 a tué 69 personnes et où médicaments, hôpitaux et médecins manquent cruellement de longue date.



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