Comment les pouvoirs publics préparent (doucement) les Français à porter un masque


Alors que le pays a enregistré dimanche le plus faible nombre de décès dans les hôpitaux (357) en 24 heures depuis le 29 mars, la perspective du port du masque par l’ensemble des Français se dessine. D’après « le Journal du dimanche », le gouvernement réfléchirait en effet à prôner ce moyen de protection dans le cadre de la préparation du déconfinement.

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Or, depuis le début de l’épidémie, qui a fait à ce jour plus de 8 000 morts en France, l’exécutif s’est toujours montré très prudent quant à une généralisation, s’en tenant aux recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) qui appelait à réserver ce matériel de protection au personnel soignant. Le port du masque est « totalement inutile pour toute personne non contaminée », expliquait encore le 19 mars dernier le directeur général de la Santé, Jérome Salomom.

Comme aux Etats-Unis – où les autorités demandent désormais à la population de se masquer le visage lors de chaque sortie –, ou de l’Espagne, le gouvernement français réfléchit à la généralisation du port du masque de protection face à l’épidémie de coronavirus, sans pour autant aller jusqu’à en rendre pour l’instant l’usage obligatoire pour l’ensemble du grand public.

Une « protection » pour « tout le monde »

Au point que le ministre de la Santé, Olivier Véran, a évoqué samedi 4 avril une probable « réévaluation » de la doctrine pour équiper l’ensemble de la population de masques. « On apprend énormément de cette épidémie, et être capable d’avoir d’autres moyens de protection de la population, lorsqu’on aura levé le confinement, avec une sensibilisation complète de la population, ça fait sens », a-t-il expliqué à nos confrères de « Brut ».

Où sont les masques ? Le scandale d’une pénurie

En vue du déconfinement, le port du masque généralisé figure bien parmi les options étudiées désormais par le gouvernement, a confirmé le ministre : « On doit être capables de produire des masques, pour des personnes qui ne sont pas des personnes soignantes, qui sont ce qu’on appelle les personnes qui sont en deuxième ligne, des gens qui vont être en contact avec du public, voire demain, pouvoir proposer à tout le monde de porter une protection. »

Et d’ajouter : « Avec le conseil scientifique, avec les experts de virologie, avec les agences sanitaires, on est en train de leur demander de réévaluer la doctrine, à savoir est-ce que c’est bien ou pas bien de le faire, est-ce qu’on est capables, et dans quelles conditions, de le proposer aux Français, et à partir de quand est-ce que cela est nécessaire », a assuré Olivier Véran, ajoutant que la France avait commandé près de deux milliards de masques en Chine.

« Nous encourageons les Français à porter des masques alternatifs »

La position de la direction générale de la Santé a aussi évolué dès vendredi 3 avril : « Si nous avons l’accès à des masques, nous encourageons effectivement le grand public, s’il le souhaite, à en porter, en particulier ces masques alternatifs qui sont en cours de production », a ainsi déclaré Jérôme Salomon. Un avis partagé par l’Académie de médecine qui a aussi indiqué vendredi qu’un masque « grand public » ou « alternatif » aux masques médicaux devrait être rendu obligatoire pour les sorties pendant la période de confinement et lors de sa levée.

Intermédiaires douteux, détournements, mallettes de cash : « la guerre des masques » est déclarée

Comment expliquer ce changement de pied ? Une partie de l’opposition dénonce déjà le manque de transparence de l’exécutif. « Pourquoi n’y a-t-il pas de port de masques dans notre pays ? Parce que nous n’avons pas les masques », les commandes « n’ont pas été faites suffisamment tôt », a ainsi déclaré le député LR Ciotti sur « Europe 1 » ce lundi, alors que plusieurs enquêtes journalistiques – de France 2 et de Mediapart entre autres, ont détaillé comment la pénurie de masques en France pouvait expliquait la position des autorités française sur leur « inutilité » dans les premières semaines de la crise.

« Ce qui était vrai il y a 15 jours, ne l’est peut-être pas aujourd’hui »

Interrogée ce mardi sur France-Info, la députée LREM Olivia Grégoire a assuré que le « revirement de doctrine », annoncé par Olivia Véran, « correspond à la réalité de la maladie ». « Ce qui était vrai il y a quinze jours, ne l’est peut-être pas aujourd’hui », a expliqué la députée, qui a rappelé que d’autres pays avaient également fait évoluer leur doctrine sur les masques ces derniers jours.

Aux Etats-Unis où Donald Trump a appelé vendredi ses concitoyens à se couvrir le visage à l’extérieur après les déclarations de son conseiller Anthony Fauci, selon lequel le nouveau coronavirus se transmettrait par voie aérienne quand « les gens ne font que parler, plutôt que seulement lorsqu’ils éternuent ou toussent ». Ce qui expliquerait son extrême contagiosité.

Reste que depuis le début de l’épidémie, l’hypothèse selon laquelle le coronavirus pourrait se transmettre via l’air expiré (les « aérosols » selon le terme scientifique) fait l’objet de nombreuses spéculations et n’est pas encore scientifiquement prouvée. En l’état, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) s’est ainsi pour le moment montrée prudente sur le sujet.

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