les Parisiens découvrent l’odeur des champs… et ce n’est pas une bonne nouvelle



En confinement, les Parisiens se sont étonnés de sentir une odeur de ferme dans la capitale. Ces effluves proviennent de l’épandage agricole des exploitations alentour. Or, plusieurs études montrent que ces particules fines aggravent les impacts sanitaires lors de la contagion du Coronavirus. Alors que l’on demande aux agriculteurs de nourrir la population, l’appel à limiter ces épandages paraît inenvisageable.

C’est une odeur que les habitants des grandes villes comme Paris, Lyon ou Bordeaux n’avaient plus l’habitude de sentir à cause de la pollution de l’air liée aux véhicules. Le trafic étant en grande partie à l’arrêt, certains internautes ont senti une « odeur très curieuse », « désagréable » voire « horrible ». D’autres ont reconnu une « odeur de ferme ».

Ces effluves viennent des champs aux alentours de Paris. « La pollution printanière habituelle aux particules de nitrate d’ammonium, liée au travail agricole, reste très élevée malgré l’arrêt partiel de l’activité humaine », note dans Le Parisien Patrick Garnoussi, prévisionniste à Airparif. 

Or, Atome France, l’organisme chargé de la surveillance de la pollution de l’air, estime qu’« une exposition chronique à la pollution de l’air est un facteur aggravant des impacts sanitaires lors de la contagion par le Covid 19 ». Pour parvenir à cette conclusion, l’organisme s’appuie sur plusieurs études mettant en avant l’impact de la pollution de l’air sur les voies respiratoires, son rôle dans le développement de  l’hypertension, le diabète… Surtout, Atmo France pointe une étude publiée dans la revue Environnemental Health en 2003 qui a analysé le lien entre la pollution de l’air et les cas létaux de SRAS en Chine. 

Les particules fines accéléreraient la propagation dans du virus dans l’air

« Il a été constaté que les patients contaminés vivant dans des régions modérément polluées avaient 84 % plus de risques de mourir que les patients de régions peu polluées. De même, les patients vivant dans les régions avec des niveaux de pollution élevés avaient deux fois plus de risques de mourir du SRAS par rapport à ceux vivant dans les régions peu polluées », résume Atmo. Une analyse qui ne doit pas rassurer les franciliens et les habitants du Grand Est. Dans ces deux régions, samedi 28 mars, en raison de l’ensoleillement et de l’absence de vent, les limites des niveaux de particules fines ont été dépassées, note Le Monde. Or, ce sont les deux régions les plus touchées par la propagation du Covid 19.  

Mais c’est une autre étude, plus récente, qui fait polémique. Des chercheurs italiens ont publié une note le 17 mars dans laquelle ils estiment que les particules fines « exerceraient un effet porteur et boosteur » du Coronavirus. En d’autres termes, la pollution aux particules fines favoriserait la propagation de l’épidémie du Covid 19 dans l’air. « Les virus de la grippe, de la bronchiolite ou encore du Sras peuvent se transmettre entre individus via de grosses gouttelettes, par la toux, les éternuements, les postillons par exemple, mais ils peuvent aussi adopter une forme aérosol », explique à BFM le docteur Thomas Bourdrel, membre fondateur du Collectif Air-Santé-Climat. « Sous cette forme aérosol, ces virus peuvent s’agréger à des particules fines dans l’air, et rester ainsi en suspension pendant plusieurs heures », ajoute-t-il. Les chercheurs pensent que le Coronavirus réagirait de la même façon. 

Un appel à limiter drastiquement les épandages

Si les résultats de cette étude doivent encore être vérifiés et complétés par d’autres recherches, certains appellent au principe de précaution. « Nous appelons les préfets à prendre des mesures urgentes visant à limiter drastiquement les émissions liées aux épandages agricoles (restriction, technique d’enfouissement de l’engrais) afin de tout mettre en œuvre pour limiter la propagation du virus », demandent ainsi plusieurs scientifiques strasbourgeois. 

Une demande peu entendable aujourd’hui alors que le gouvernement remercie les agriculteurs pour leur travail en temps de Coronavirus. La branche du Finistère de la FNSEA, le principal syndicat agricole, a d’ailleurs réagi estimant « difficilement acceptable, au vu des conditions météorologiques de l’hiver et du contexte particulier Covid 19, que les agriculteurs plébiscités par l’ensemble de la population pour assurer leur approvisionnement alimentaire, soient ainsi montrés du doigt et empêchés de réaliser les travaux agricoles nécessaires à leur production ». 

Marina Fabre, @fabre_marina





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