Le Roosevelt, symbole du dilemme posé par le Covid-19 à l’armée américaine



L’immobilisation du porte-avions nucléaire américain USS Theodore Roosevelt, en proie à une contamination galopante au coronavirus dans le Pacifique, illustre les difficultés de l’armée américaine à poursuivre ses opérations pendant la pandémie, malgré les assurances de ses dirigeants.

L’US Navy a commencé à évacuer les trois quarts de l’équipage du Theodore Roosevelt, un porte-avions nucléaire immobilisé à Guam depuis le 28 mars, peu après la découverte de trois cas de Covid-19 à bord, a indiqué mercredi à la presse le secrétaire à l’US Navy, Thomas Modly.

« Nous avons déjà évacué 1.000 personnes du navire et dans les jours qui viennent, nous pensons en avoir 2.700 » à terre, a précisé M. Modly.

Plus de 1.200 des membres de l’équipage ont été testés au Covid-19 et 93 d’entre eux sont positifs, dont 7 asymptomatiques. Tous les résultats des tests ne sont pas encore connus, mais 593 ont été négatifs.

La rapidité de la propagation du virus à bord du Theodore Roosevelt n’est pas étonnante pour un équipage de 4.865 personnes partageant un espace limité, avec des dortoirs pour les marins, et des chambrées de trois couchettes pour les officiers, seuls les plus hauts gradés bénéficiant d’une cabine individuelle.

L’idée est de placer les marins malades ou testés positifs en quarantaine sur la grande base navale américaine de Guam, qui abrite plusieurs milliers de marins et leurs familles, et ceux qui ne sont pas atteints par le coronavirus dans des hôtels de l’île, tout en donnant plus d’espace au millier de marins restant à bord, pour leur permettre de respecter une certaine distanciation sociale.

L’exercice s’avère difficile, l’île de Guam cherchant à protéger sa population et la Navy voulant maintenir la sécurité de l’imposant navire militaire, des avions qu’il transporte et du réacteur nucléaire qui assure sa propulsion, afin de le garder opérationnel.

« Nous ne pouvons pas retirer tous les marins du navire et nous ne le ferons pas », a noté M. Modly. « Ce navire a des armes à son bord, il a des munitions, il a des avions très chers et il a une centrale nucléaire. Il faut un certain nombre de gens pour maintenir sa sécurité ».

– Quarantaine –

La gouverneure de Guam, Lou Leon Guerrero, a indiqué mercredi au cours d’une conférence de presse que seuls les marins testés négatifs au Covid-19 seraient logés dans des hôtels et qu’ils seraient tous soumis à une quarantaine de 14 jours. Des membres de la police militaire seront stationnés à chaque étage et les contacts avec les civils réduits au minium, a-t-elle précisé.

Mardi, le ministre de la Défense, Mark Esper, a refusé de parler d’évacuation. « Je ne pense pas que nous en soyons arrivés à ce stade », a-t-il déclaré, soulignant la nécessité de pouvoir faire repartir le navire au plus vite.

« Si le navire doit partir, s’il y a une crise, le navire peut partir », a répété mercredi M. Modly.

« C’est une des raisons pour lesquelles nous maintenons à bord les capacités nécessaires pour pouvoir le déplacer en cas d’urgence », a ajouté le secrétaire à la Navy, pour qui il serait impossible de maintenir le porte-avions en bon état avec seulement 10% de son équipage.

Le coronavirus représente un dilemme pour l’armée américaine, qui est fortement mobilisée aux Etats-Unis, où elle participe aux efforts du gouvernement fédéral pour lutter contre l’épidémie, mais qui veut continuer à démontrer la puissance militaire des Etats-unis à l’étranger.

Le Theodore Roosevelt croisait d’ailleurs jusqu’ici dans le Pacifique pour chercher à contrer l’influence croissante de la Chine dans cette région.

Sa dernière escale remonte au 4 mars, lorsqu’il avait effectué une visite hautement symbolique dans le port de Danang, au Vietnam, alors que l’épidémie de Covid-19 s’était déjà largement propagée en Asie.

Le Pentagone avait alors défendu cette visite, affirmant qu’il n’y avait encore que très peu de cas dans le pays.

Deux semaines plus tard, les premiers cas de Covid-19 étaient décelés à bord. Et mardi, le commandant du porte-avions lançait un appel à l’aide aux accents dramatiques.

« Nous ne sommes pas en guerre. Il n’y a aucune raison que des marins meurent », écrivait le capitaine de vaisseau Brett Crozier, prévenant que si le porte-avions n’était pas évacué et stérilisé immédiatement, il y aurait « des pertes ».



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