M. Macron, ne gâchez pas cette crise !


Oui, on l’a tous entendu : Emmanuel Macron a, le 12 mars, annoncé une inflexion politique en forme de mea culpa. Il a évoqué une relance économique « quoi qu’il en coûte », expliqué qu’il nous faudra, demain, interroger notre « modèle de développement ». Il a affirmé que « la santé gratuite » et « notre Etat-providence » n’étaient pas « des coûts ou des charges mais des biens précieux »… Ajoutant même que « certains biens et services » devaient « être placés en dehors des lois du marché ».

Un aggiornamento de taille pour un président qui, hier, vilipendait le « pognon de dingue » mis dans les prestations sociales ! La pandémie semble l’avoir fait, tout à la fois, renoncer aux dogmes budgétaires, découvrir l’utilité des services publics et célébrer les vertus de la solidarité. Coup de com de circonstance ou véritable inflexion ? Seule l’après-crise dira si le chef de l’Etat tient ses belles promesses de « décisions de rupture ».

André Grimaldi : « La santé est devenue une marchandise comme une autre »

Une chose est sûre : l’occasion est idéale pour repenser un modèle de mondialisation qui, actuellement, ne respecte ni l’environnement ni la biodiversité et génère des inégalités croissantes. Le coronavirus apparaît en effet – tant dans ses causes que dans ses conséquences – comme le grand révélateur des dysfonctionnements d’un système à bout de souffle.

• Parce que l’apparition de ce virus chez l’homme est, comme le formule joliment Erri De Luca, un « effet collatéral » de notre occupation de la planète : proximité entre animaux sauvages et domestiques, déforestation, réchauffement climatique, perturbation des écosystèmes…

• Parce qu’en dehors des personnes âgées, il tue surtout les individus atteints par des affections et maladies chroniques souvent liées au mode de vie moderne : malbouffe, sédentarité, stress…

• Parce que la manière dont nos gouvernements se sont laissé déborder par le Covid-19 met en lumière l’effrayante impréparation d’un système de santé miné par les restrictions budgétaires et le manque de personnels.

• Parce qu’après le mouvement des « gilets jaunes », ce fléau rappelle avec brutalité les inégalités de destin : entre les « confinés » de luxe et les « confinés » modestes, entre les télétravailleurs et les travailleurs au front, entre les abrités et les sans-abri, qu’ils soient SDF ou migrants…

Remercions au passage ces dizaines de milliers de femmes et d’hommes exposés qui, chaque matin, affrontent le danger pour s’occuper des autres et faire tourner le pays : médecins, soignants et aides à domicile, bien sûr, mais aussi caissiers, manutentionnaires, livreurs, routiers, postiers, policiers, pompiers…

Face à la menace coronavirus, le pouvoir a-t-il tardé à réagir ?

Alors, monsieur le président, de grâce, ne laissez pas l’histoire bégayer. Souvenez-vous : malgré les belles paroles de Nicolas Sarkozy qui, en 2010, dénonçait « les dérives du capitalisme financier » et promettait solennellement de réformer la mondialisation, ni la France ni l’Europe n’ont tiré les leçons de la crise de 2008. A peine le krach financier mondial digéré, chacun est revenu au business as usual.

Une fois ce virus vaincu (le plus vite possible, espérons-le !), il vous faudra impérativement traduire en actions votre discours de rupture. Et convaincre l’Europe de faire de même. Sinon, votre regain de popularité en tant que chef de guerre sanitaire sera vite torpillé par la multiplication des critiques, souvent justifiées : retard à l’allumage, consignes contradictoires et autres cafouillages. Cette pandémie est bien trop grave pour entrer dans l’histoire comme « une nouvelle crise pour rien ».





nouvelobs

A lire aussi

Laisser un commentaire