Pourquoi la cellule de crise a t-elle été mise en place si tard ?


Parmi les multiples retards incompréhensibles dans la gestion de la crise du coronavirus, il en est un qui n’a pas – encore – alerté les observateurs : l’activation de la cellule interministérielle de crise (CIC). Hébergée dans les sous-sols du ministère de l’Intérieur, place Beauvau, cette CIC est chargée de coordonner en temps réel l’action de tous les ministères concernés. Une sorte d’état-major de guerre, donc. Or, Edouard Philippe ne l’a installée que le 17 mars, premier jour du couvre-feu, plus d’un mois après le premier décès. Pourquoi si tard ?

Certes, un centre de crise, dirigé par Jérôme Salomon, est ouvert au ministère de la Santé dès 27 janvier, trois jours après l’apparition du premier cas en France. Il est chargé de tout ce qui concerne les aspects strictement sanitaires. Mais, au fil des jours, les questions posées par la gestion de la future pandémie dépassent largement ce champ. Tous les domaines sont concernés : les transports, le maintien de l’ordre, la culture, l’économie… Une coordination interministérielle s’impose. Et plus vite sera le mieux.

Philippe répond sèchement à Buzyn, qui a assuré l’avoir prévenu dès janvier de l’ampleur de la crise

C’est ce que stipule la circulaire du 2 janvier 2012, signée par le Premier ministre de l’époque, François Fillon, qui régit le fonctionnement de cette instance : la « CIC doit être activée suffisamment en amont, dès lors que l’extension de la crise à plusieurs secteurs est envisagée, afin de lui permettre de monter en puissance et d’exercer au mieux la capacité d’anticipation. » Oui, dès lors que l’extension est envisagée…

Pourtant le 23 février, deux semaines après l’apparition du premier « cluster » en Haute-Savoie et alors que le troisième mort vient d’être enregistré de l’autre côté de la frontière, en Italie, Edouard Philippe refuse de mettre en place cette cellule interministérielle, au prétexte que cela réveillerait les mauvais souvenirs des attentats de 2015 gérés, on s’en souvient, par Manuel Valls et Bernard Cazeneuve de ce même sous-sol Place Beauvau.

Si bien que, trois semaines plus tard, lorsque le président de la République déclare « la France est en guerre », cette cellule, chargée de mener cette bataille majeure sous tous ses aspects non sanitaires, n’est toujours pas en place.

Autrement dit, la guerre est lancée sans qu’apparemment un état-major cohérent ne l’a préparée. Est-ce la raison de tous les couacs de communication, ces annonces et instructions contradictoires, ces atermoiements ? Probablement. Un exemple parmi d’autres : si cette cellule interministérielle avait été mise en place au bon moment, c’est à dire bien plus tôt, la ministre Florence parly n’aurait sans doute pas attendu le 18 mars, second jour du confinement, pour « identifier» (c’est le terme qu’elle a employé!) un stock de 5 millions de masques au sein du Service de Santé des Armées…





nouvelobs

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