Echange de détenus entre Paris et Téhéran, Roland Marchal peut-être bientôt en France



Un échange de détenus susceptible d’inclure le chercheur français Roland Marchal est en cours entre Téhéran et Paris, qui selon la République islamique a libéré un Iranien menacé d’extradition aux Etats-Unis contre un prisonnier français.

Cet homme de 41 ans, Jalal Rohollahnejad, « a été remis à l’ambassade d’Iran à Paris » et rentrait en Iran « par avion », a rapporté dans la nuit de vendredi à samedi Press TV, la chaîne d’information en anglais de la télévision d’Etat iranienne.

Quelques heures plus tôt, Mizan Online, agence d’information officielle de l’Autorité judiciaire iranienne, avait annoncé qu’une « coopération » était en cours en vue d’un échange de détenus entre Téhéran et Paris.

« Compte tenu de la coopération du système judiciaire (iranien) en vue de libérer un détenu français (…) le gouvernement français » a libéré M. Rohollahnejad « dans un acte de coopération mutuelle », annonçait Mizan.

L’autorité judiciaire n’a pas précisé l’identité de la personne française détenue en Iran devant être échangée, mais tout laisse à penser qu’il s’agit de M. Marchal, universitaire français détenu en Iran depuis juin 2019, tout comme sa compagne, l’anthropologue franco-iranienne Fariba Adelkhah.

– Sanctions américaines –

Ingénieur spécialiste de la fibre optique, M. Rohollahnejad avait été arrêté à Nice (sud-est de la France) en février 2019.

Il est accusé par Washington d’avoir tenté de faire entrer en Iran, en violation des sanctions américaines contre Téhéran, du matériel technologique pouvant être utilisé à des fins militaires, en liaison avec les Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de la République islamique.

La Cour de cassation française avait validé le 11 mars une demande d’extradition de M. Rohollahnejad aux États-Unis. « Mais le gouvernement français l’a libéré, en (passant outre) cette décision », écrit Mizan.

Sollicitées par l’AFP, les autorités françaises n’ont souhaité faire aucune commentaire dans l’immédiat sur cette affaire.

Pour être effective, l’extradition de M. Rohollahnejad devait être validée par un décret du Premier ministre, Edouard Philippe.

La France demande depuis des mois la libération de Mme Adelkhah et M. Marchal, dont le procès s’est ouvert début mars.

L’Iran a réalisé ces derniers mois plusieurs échanges de détenus, avec les Etats-Unis, l’Australie ou encore l’Allemagne.

Franco-iranienne, Mme Adelkhah, chercheuse comme M. Marchal au Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences Po Paris, n’est pas française aux yeux des autorités iraniennes, qui ne reconnaissent pas la double nationalité.

Spécialiste de l’Afrique, M. Marchal, 64 ans, et Mme Adelkhah, 60 ans, anthropologue spécialiste du chiisme, sont tous deux accusés de « collusion en vue d’attenter à la sûreté nationale », crime passible de deux à cinq ans de prison. La chercheuse est aussi poursuivie pour « propagande contre le système ».

A Paris, leur comité de soutien a toujours clamé leur innocence et réclamé leur libération immédiate, disant craindre pour leur vie en raison de leur état de santé.

Ces inquiétudes se sont renforcées avec la propagation accélérée de l’épidémie de nouveau coronavirus, qui frappe l’Iran de plein fouet.

Mme Adelkhah a en outre été très affaiblie par une grève de la faim de 49 jours. M. Marchal, en isolement quasi complet, était pour sa part très affecté « mentalement et physiquement », selon son avocat, qui n’était pas joignable vendredi soir.

– Prisonniers emblématiques –

A l’occasion de Norouz, le Nouvel An Iranien, célébré vendredi, Téhéran a libéré plusieurs prisonniers emblématiques.

Un Américain détenu depuis au moins 2018, Michael White, a ainsi recouvré la liberté jeudi, officiellement pour « raisons médicales », à condition qu’il reste dans le pays, dans un contexte de tensions américano-iraniennes accrues.

L’Irano-Britannique Nazanin Zaghari-Ratcliffe, employée de la Fondation Thomson Reuters, a aussi obtenu mardi une permission de sortie temporaire de la prison de Téhéran où elle purge une peine de cinq de prison pour appels à la sédition. Elle clame son innocence.

La France entretient de longue date une relation complexe avec la République islamique, compliquée encore par la question nucléaire iranienne.

Téhéran a commencé à se désengager en mai de l’accord conclu à Vienne en 2015 et limitant drastiquement ses activités nucléaires en échange d’une normalisation de ses relations économiques avec le reste du monde. Pour l’Iran il s’agit là de riposter au retrait des Etats-Unis de ce pacte en 2018 et à la réintroduction de lourdes sanctions américaines asphyxiant son économie.

Le président français Emmanuel Macron a tenté en vain en 2019 d’organiser une rencontre entre ses homologues américain Donald Trump et iranien Hassan Rohani pour sauver l’accord de Vienne.

La France a accru depuis la pression diplomatique, avec les deux autres pays européens parties à l’accord, pour inciter l’Iran à revenir au respect de ses engagements.

Mais Paris, Londres et Berlin continuent aussi de tendre la main à Téhéran, quand Donald Trump a opté pour une stratégie de pression « maximale » sur Téhéran.

Les trois pays ont envoyé du matériel de protection contre le Covid-19 début mars à Téhéran, en signe de solidarité avec ce pays en pleine pandémie.



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