Coronavirus : ce que les Etats membres ont mis en place



Actualité


20.03.2020

Barthélémy Gaillard

Pour bien comprendre comment chacun des 27 Etats membres réagit face à la pandémie de Covid-19 qui frappe actuellement le continent, Toute l’Europe dresse la liste des mesures mises en place par les gouvernements.

Deux Milanaises munies de masques de protection arpentent la galerie Victor-Emmanuel II, à Milan, l’une des villes européennes les plus durement touchées par la pandémie de Covid-19, le 27 février 2020 / Photo Denis Sokol – Istockphoto

Chaque jour, les chiffres le prouvent un peu plus. L’Europe est devenue l’épicentre de la pandémie de Covid-19 qui a fait plus de 4 500 morts sur le continent (chiffres de l’université Johns Hopkins arrêtés au 20 mars). Une réalité que l’OMS elle-même avait rappelée le 13 mars dernier et qui a poussé depuis les 27 pays de l’Union européenne à prendre des mesures d’urgence pour lutter contre la maladie. Pour bien comprendre les stratégies de chacun et la situation que traverse l’ensemble des Etats membres, Toute l’Europe dresse le bilan des mesures mises en place pays par pays selon trois critères : la gestion des frontières, les mesures sanitaires d’urgence sur le plan intérieur et les mesures économiques de soutien aux entreprises.

La gestion des frontières

C’est l’une des problématiques majeures auxquelles sont confrontés les Etats membres de l’UE. Face à un virus qui circule très rapidement, les échanges dans une économie mondialisée et la libre circulation dans l’espace Schengen peuvent favoriser la propagation de la maladie. Outre le fait que l’Union européenne a décidé de fermer ses frontières pour une durée de 30 jours, sur le plan intérieur, plusieurs gouvernements européens ont donc pris la décision d’instaurer un contrôle plus étroit, voire de fermer leurs propres frontières pour tenter de limiter les risques.

Pour les pays membres de l’espace Schengen (22 des 27 pays de l’Union), ces dispositions sont prévues par l’article 23 du code frontières Schengen. Il prévoit que les Etats peuvent fermer leurs frontières « en cas de menace grave pour l’ordre public ou la sécurité intérieure pour des périodes renouvelables de 30 jours pour une durée maximale de 24 mois. » Dans ce cadre, voici ce que les pays européens ont décidé de faire.

  •  Fermeture des frontières : République tchèque (frontières terrestres et espace aérien jusqu’au 12 avril minimum), Hongrie, Croatie, Danemark, Chypre, Slovaquie (sauf aux ressortissants polonais), Lituanie, Estonie (frontière terrestre avec la Lituanie, frontières maritimes et espace aérien), Espagne, Portugal (uniquement pour les touristes), Finlande, Grèce (frontières fermées à tout citoyen non européen), Belgique.
  •  Fermeture partielle des frontières ou contrôles stricts aux frontières : Slovénie (fermeture de sa frontière avec l’Italie), Autriche (sur ses frontières avec l’Italie, la Suisse et le Lichtenstein), Allemagne (sur ses frontières avec la France, la Suisse, Luxembourg et le Danemark à l’exception des travailleurs transfrontaliers et des transports de marchandises), France (contrôles plus stricts de ses frontières avec l’Allemagne et la Belgique), Pologne (contrôles sur ses frontières avec l’Allemagne, la Slovaquie, la Lituanie et la République tchèque, frontières aériennes et maritimes), Malte (ressortissants français, italiens, allemands, espagnols interdits de séjour), Bulgarie (contrôles stricts aux frontières avec la Roumanie, la Macédoine, et la Serbie).
  •  Ouverture des frontières : Italie (mais ses voisins ont fermé leurs frontières et le trafic ferroviaire et aérien est très ralenti), République d’Irlande (maintien de l’ouverture de sa frontière avec l’Irlande du Nord), Pays-Bas (annulation des vols à destination et au départ de Chine et d’Italie), Roumanie (quatorzaine imposée aux ressortissants de pays comptabilisant plus de 500 cas de Covid-19), Luxembourg (mais incitation au télétravail pour les salariés transfrontaliers, très nombreux dans le Grand-Duché), Lettonie (quatorzaine pour les ressortissants de pays à risques)

Ce que l’Union européenne peut (et ne peut pas) faire

Les mesures sanitaires d’urgence

Deuxième volet des politiques mises en place par les gouvernements européens, les mesures sanitaires d’urgence visent elles aussi à endiguer la pandémie en instaurant une distanciation sociale maximale. Le but : empêcher la propagation de la maladie, extrêmement contagieuse. Cela se concrétise généralement par la fermeture des établissements scolaires, des commerces non essentiels (hors alimentation et santé) et par des mesures de confinement des citoyens à domicile, appliquées plus ou moins strictement selon les cas.

  • Fermeture des établissement scolaires, des commerces non essentiels (bars, restaurants, cafés, boîtes de nuit, spas, hôtels…) : Autriche, Hongrie, France, Espagne, Allemagne, Belgique, Italie, Portugal, Slovaquie, Irlande, Pologne, Slovénie, Danemark, Pays-Bas, Chypre, Grèce, Bulgarie, Lettonie (certains bars et restaurants peuvent néanmoins continuer à ouvrir s’ils se limitent à servir 50 personnes à la fois), Lituanie, Estonie, Roumanie, Slovénie (qui a mis son système de transports publics à l’arrêt), Slovaquie, Luxembourg, Finlande, Croatie (système plus léger comprenant la fermeture des établissements scolaires et l’annulation des événements rassemblant de plus de 1000 personnes), Malte (simple fermeture des établissements scolaires).
  • Confinement strict des populations (sorties uniquement autorisées pour faire des courses ou aller au travail)  : République tchèque (avec la possibilité de rendre visite à sa famille en cas de force majeure), France (sortie individuelle justifiée par une attestation), Espagne (idem), Italie (idem), Belgique (les personnes partageant un même foyer peuvent sortir ensemble dans la rue, uniquement pour les courses ou le travail), Chypre, Pologne (où tout contrevenant s’expose à des peines allant jusqu’à 8 ans de prison), Luxembourg, Portugal.
  • Confinement relatif des populations (simple appel à rester chez soi ou annulation des rassemblements publics) : Roumanie (rassemblements de moins de 100 personnes autorisés, quatorzaine imposée aux Roumains de la diaspora de retour au pays, peine de prison pour ceux qui mettraient en danger la santé d’autrui), Allemagne (simple appel à rester chez soi du gouvernement), Slovaquie, Croatie, Estonie, Lettonie, Grèce (quatorzaine pour toute personne pénétrant sur le territoire), Bulgarie (5 ans de prison pour les contrevenants), Finlande (rassemblements et déplacements limités), Hongrie (rassemblements de plus de 100 personnes à l’intérieur et de plus de 500 à l’extérieur interdits), Irlande (le gouvernement déconseille « fermement » à ses citoyens de se réunir ou de faire des fêtes en appartement), Lituanie (rassemblements interdits), Danemark (rassemblements de plus de 10 personnes interdits), Autriche (sorties autorisées par groupe de 5 maximum et appel à rester chez soi du gouvernement).
  • Stratégie dite de l’immunité collective : les Pays-Bas et la Suède ont privilégié la stratégie inverse, celle de l’immunité collective, qui voudrait qu’une fois plus de 60% de la population confrontée au virus, les citoyens produiraient alors leurs propres défenses immunitaires qui les rendraient moins vulnérables face au virus. Cette option a un temps été défendue par le Premier ministre britannique Boris Johnson, mais il semble revenir dessus puisqu’il a décrété la fermeture des établissements scolaires au 20 mars.

Chronologie de la pandémie en Europe

Les mesures de soutien économique aux ménages et aux entreprises

La pandémie affecte la santé des citoyens, mais aussi celle des entreprises, dont les activités sont largement ralenties. Pour atténuer les effets de la crise économique qui se profile, les Etats membres ont donc pris des mesures de relance exceptionnelles. Le 18 mars, la Commission européenne a annoncé qu’elle laisserait une latitude « maximale » aux Etats de la zone euro concernant leur déficit, normalement limité à 3% du PIB. Le 20 mars, elle a dévoilé un « cadre temporaire » autorisant les Etats de l’Union européenne à « utiliser toute la flexibilité prévue par les règles en matière d’aides d’État« . Voici les dispositifs privilégiés par les exécutifs des 27 qui se sont déjà mobilisés en la matière et, pour ceux qui les ont déjà annoncés, les montants des aides engagées.

  • Garantie d’Etat sur les prêts et prêts publics aux entreprises chiffrés : Allemagne (12,8 milliards d’investissements « infrastructurels » et 550 milliards d’euros de prêts de la banque publique, soit le plus grand programme de relance économique du pays depuis l’après-guerre), France (45 milliards d’euros directement investis et 300 milliards d’euros de prêts garantis par l’Etat), Italie (25 milliards d’euros directement investis et 340 milliards levés sur les marchés « par effet de levier » annoncés par le ministre de l’Economie), Espagne (17 milliards d’euros d’investissements directs et 100 milliards d’euros de prêts garantis par l’Etat), Pologne (47 milliards d’euros d’investissement -dont une partie financée par la Commission européenne- soit 9% du PIB du pays), Danemark (13 milliards d’euros d’investissements), Pays-Bas (entre 10 et 20 milliards d’euros d’investissements directs, étalés sur les mois de mars, avril et mai 2020), Suède (45 milliards de prêts garantis par l’Etat aux entreprises), Finlande (5 milliards d’investissements directs, 3 milliards de prêts aux entreprises garantis), Lituanie (5 milliards d’euros d’investissements directs, soit 10% du PIB national), Grèce (5 milliards d’euros d’investissements directs, dont une partie financée par la Commission), Autriche (38 milliards d’euros de fonds de crise), Croatie (590 millions d’euros investis par la Banque centrale pour favoriser l’activité des entreprises).
  • Aides d’Etat non chiffrées : Belgique, Lettonie, Estonie, Hongrie (moratoire sur la dette et les intérêts des entreprises et des ménages jusqu’à fin 2020), Slovaquie, République Tchèque (série de prêts à taux zéro), Luxembourg (plafond de l’aide d’Etat pour une entreprises en difficulté passé de 200 000 à 500 000 euros), Roumanie (taxe annuelle sur les entreprises repoussée d’un mois et suspension des autres charges), Slovénie (paiements des crédits des entreprises repoussés).

En attente de décision ou absence de données : Portugal, Malte, Bulgarie, Chypre, Lettonie.

La Banque centrale européenne lance un programme de 750 milliards d’euros pour soutenir les Etats face à la crise

Sources officielles utilisées : sites des ambassades américaines et françaises dans les Etats membres, sites des gouvernement français, suédois, danois, hongrois, croate, luxembourgeois et chypriote, site de la Commission européenne et du Conseil européen.



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