Test Blu-ray : F comme Flint


F comme Flint

 
États-Unis : 1967
Titre original : In like Flint
Réalisation : Gordon Douglas
Scénario : Hal Fimberg
Acteurs : James Coburn, Lee J. Cobb, Jean Hale
Éditeur : BQHL Éditions
Durée : 1h54
Genre : Espionnage, Comédie
Date de sortie cinéma : 26 mai 1967
Date de sortie DVD/BR : 31 janvier 2020

 

Au dernier moment, l’agent Derek Flint renonce à un stage de survie dans la Vallée de la Mort pour voler au secours de Lloyd C. Cramden, le chef des services secrets. Un homme sous pression depuis qu’il a constaté un trou de trois minutes dans l’emploi du temps du Président des États-Unis. Et pour cause : le locataire principal de la Maison Blanche a été remplacé par son clone parfait, un double au service de Femme Fatale, une organisation secrète féministe qui poursuit l’objectif de substituer tous les hommes au pouvoir par des femmes…

 


 

Le film

[4/5]

Même si on a déjà abordé le personnage à l’occasion de la sortie en Blu-ray de Notre homme Flint en septembre dernier (lire notre article), on va commencer avec un petit rappel pour les cancres du fond qui se demanderaient encore qui diable est Derek Flint. Hé bien il s’agit d’un personnage d’espion, héros d’une série de films et de bandes dessinées, pensé comme une réponse à James Bond et Doc Savage et né du succès international de James Bond contre le Docteur No en 1962. Dans les années 60, on ne comptait littéralement plus les espions de cinéma conçus sur le même modèle que l’agent 007 : séducteurs invétérés, flegmatiques et imperturbables, maniant tous les types d’armes avec le même brio, mais également redoutables combattants à mains nues et, dans le cas de Flint, véritable génie au QI largement supérieur à la normale, et auteurs de nombreux ouvrages scientifiques. Aux États-Unis donc, les deux espions locaux les plus célèbres étaient Matt Helm et Derek Flint. Purs produits populaires issus d’une autre époque, ces agents secrets typiquement 60’s ne pourraient plus exister de nos jours sans avoir au cul toutes les associations féministes, les ligues de vertu et les réseaux sociaux du monde, car comme on le sait tous, la bien-pensance n’a ni recul ni humour.

F comme Flint sort dans les salles en 1967, un an seulement après le premier épisode des aventures de Derek Flint, et s’avère pour le moins dans l’air du temps de son époque. En effet, dans la deuxième moitié des années 60, la société américaine autant qu’internationale se verrait profondément bouleversée par deux événements majeurs : la révolution des mœurs d’une part, et la conquête spatiale de l’autre, symbolisée par les premiers pas d’Armstrong sur la Lune en 1969. Ces deux tendances se retrouvent clairement au cœur de F comme Flint, film populaire s’il en est, qui met en scène un gang de femmes fortes visant à conquérir non seulement le monde mais également l’espace. Cette inclinaison à regarder les étoiles était vraiment typique du récit d’espionnage de l’époque, qui inondaient les « pulps » ou les « fumetti » : ainsi, la même année que F comme Flint, elle serait également au centre des préoccupations d’On ne vit que deux fois, aventure officielle de James Bond…

Si la réalisation du film du film passe de Daniel Mann à Gordon Douglas, le film s’avère une belle réussite formelle (beau Scope, belles couleurs, soin du cadre), et la tonalité de l’ensemble ne change pas énormément par rapport au premier épisode, si ce n’est sans doute que le film est plus drôle et plus ouvertement tourné vers la parodie et la provocation que le précédent. Les scènes absurdes se suivent et s’avèrent souvent extrêmement drôles : on pense par exemple à la première scène mettant en scène Flint, qui le montre en train d’apprendre le langage dauphin, ou à ce final extrêmement potache au cours duquel les criminelles se sont remonter les bretelles et à qui l’on dit « Mesdames, vous l’aurez compris : le pouvoir doit rester l’affaire exclusive des hommes… ». Tout cela n’ajoute au final qu’un petit charme supplémentaire et second degré à F comme Flint, à condition bien sûr de ne pas faire semblant de ne pas comprendre et de rester obstinément bloqué dans un premier degré aussi sinistre qu’absurde dans un cas comme celui-ci – même si bien sûr, de tous temps l’ironie et le second degré ont toujours posé des problèmes de compréhension. On serait ainsi bien curieux de savoir ce qu’en penseraient les féministes 2.0 de l’ère des réseaux sociaux !

 

 

Le Blu-ray

[4/5]

F comme Flint est le deuxième film de Gordon Douglas que nous abordons dans la section vidéo cette semaine, même si 17 ans séparent celui-ci et Le fauve en liberté. On est cependant encore bien loin d’avoir traité l’intégralité de l’œuvre du cinéaste, qui a signé plus de 70 films tout au long de sa carrière. F comme Flint vient donc d’intégrer une nouvelle vague de films disponibles en Haute-Définition chez BQHL Éditions, et comme sur ses Blu-ray précédents, l’éditeur joue la carte du minimalisme avec une édition contenant uniquement le film, accompagné d’un livret inédit. Néanmoins, il s’agit là d’une excellente nouvelle pour tous les nostalgiques amoureux du film, et une occasion pour les plus jeunes de découvrir ce gros succès public de la deuxième moitié des années 60 dans des conditions techniquement solides.

Car côté Haute Définition, BQHL n’a clairement pas à rougir de sa prestation technique : la définition est précise, les couleurs riches et bien saturées, les noirs sont profonds, et la restauration a globalement pris soin de préserver le grain argentique d’origine. Bien sûr, les plans « à effets » (générique, mentions écrites, fondus enchaînés) accusent des effets du temps, mais le reste est d’une propreté et d’une stabilité tout à fait étonnantes. Côté son, la version originale ainsi que la version française d’origine sont toutes deux proposées en Dolby Digital 2.0, et s’imposent dans des mixages propres, équilibrés et toujours clairs. Du beau travail.

 



Critique film

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