le verbe gaullien de Macron est-il un antivirus ?


« Demain, comme aujourd’hui, je parlerai à la radio de Londres… » Ainsi s’achève l’appel du 18 juin 1940, mètre étalon des discours de résistance dont nous célébrons le 70e anniversaire. Pour sa deuxième allocution de « mobilisation générale » contre le coronavirus, Emmanuel Macron a voulu, lundi soir 16 mars, adopter un peu la posture du chef de la France Libre. « Régulièrement, je m’adresserai à vous. Je vous dirai la vérité sur l’évolution de la situation », a promis le chef de l’Etat qui entretient ainsi cette relation directe avec les Français qui est au cœur des institutions de la Ve République gaullienne.

« J’appelle tous les Français à s’inscrire dans cette union nationale qui a permis à notre pays de surmonter tant de crises dans le passé ».

Allusion plus que transparente à la geste résistante…

« Nous sommes en guerre » (répété six fois !), « l’ennemi est là », « nous gagnerons »… Dans la droite ligne de sa première prise de parole du 14 mars, le verbe présidentiel fut martial. Tout en instaurant quinze jours de « déplacements fortement réduits pour « limiter au maximum les contacts » qui vont dès aujourd’hui figer le pays tout entier, le président a tracé les contours d’une inéluctable libération :« Agissons avec force, mais le jour d’après quand nous aurons gagné, ne sera pas un retour au jour d’avant. Et je saurai avec vous en tirer toutes les conséquences. »

Clé de voûte de la nation, le chef de l’Etat s’est engagé à n’oublier personne : « Nous serons au rendez-vous pour que notre économie soit préservée ». « L’Etat paiera », a-t-il lancé dans un inconscient détournement de la formule « l’Allemagne paiera »« Aucune entreprise ne sera livrée au risque de faillite », a-t-il promis, annonçant un « dispositif exceptionnel de report de charges fiscales et sociales à hauteur de 300 milliards d’euros ».

Des municipales à la « guerre » : la semaine folle du pouvoir

Union nationale

Son armée des ombres ? Les soignants. Pour eux, l’exécutif réserve les masques, les stocks de gel hydroalcoolique et « tout le matériel nécessaire » qui manquent dans les hôpitaux. Leurs enfants seront pris en charge par les crèches et les écoles. Taxis (de la Marne ?) et hôtels seront mobilisés à leur profit et à la charge de la collectivité. La solidarité s’exercera en priorité pour les régions les plus durement frappées : le Grand Est, où un hôpital militaire de campagne sera établi pour tenter de pallier le manque de lits des hôpitaux civils, Ile-de-France, Hauts-de-France..

La discipline et le civisme, qui ont fait défaut, sont attendus : « Si vous voulez nous aider, il faut rester chez vous ». Les contrevenants seront verbalisés. Mais le président, fidèle à son modèle implicite, prétend aussi préserver les institutions républicaines et la démocratie. Certes, le deuxième tour des élections municipales est reporté sine die. « Une décision prise avec l’accord unanime de tous les partis ». Certes, les réformes, « à commencer par la réforme des retraites » sont suspendues. Au grand soulagement de tous les partis. Mais « la vie démocratique et le contrôle du parlement continuent dans cette période ».

Ces jours où la France s’est confinée

Respect des institutions

L’Assemblée, pourtant « cluster » du coronavirus, sera sollicitée pour discuter et adopter les lois de cet état d’urgence sanitaire et sans doute, approuver les modalités du report du scrutin du 22 mars au 21 juin. Dans cette bataille, le président de la République a tenu à souligner que la France dispose d’alliés. Il a vanté une « décision commune entre Européens » : « Toutes les frontières à l’entrée de l’Union européenne seront fermées. Tous les voyages seront suspendus pendant trente jours. » Sans doute, n’est-ce pas la dernière allocution en direct de l’Elysée que disséqueront les Français confinés. « A mesure que les jours succéderont aux jours, les problèmes aux problèmes, il faudra nous adapter », dit Emmanuel Macron. Mais déjà le rendez-vous est pris. Demain comme aujourd’hui, nous écouterons, en foule attentive, la télévision de l’Elysée.





nouvelobs

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