en pleine épidémie de coronavirus, un débat malvenu



AU CŒUR DE LA CAMPAGNE AMÉRICAINE

Donald Trump décrochera-t-il un deuxième mandat ? Quel candidat démocrate peut prétendre lui ravir la Maison-Blanche le 3 novembre ? Philippe Boulet-Gercourt, correspondant de « l’Obs » aux Etats-Unis, relate dans son carnet de campagne les petits et les grands moments de l’élection présidentielle 2020.

Vous avez jugé surréaliste le premier tour des municipales en France ? Vous auriez jeté votre télécommande contre votre téléviseur, dimanche soir, en suivant le débat entre Joe Biden et Bernie Sanders. De bout en bout, l’exercice a semblé superflu, déplacé, et détaché de l’urgence que vivent l’Amérique et le monde.

On espérait, pourtant. Les rumeurs bruissaient d’un Sanders conciliant, cherchant à défendre une dernière fois ses idées progressistes mais dans une optique d’union sacrée, vu l’émotion du moment. On n’attendait pas une capitulation, vu le caractère ombrageux du sénateur du Vermont, mais une tentative élégante de réconcilier le parti en le tirant vers ses idées – vers une gauche qui, en grande partie grâce à lui, influence largement la pensée démocrate depuis quatre ans.

A ce stade, on est obligé d’avouer une erreur tactique majeure : avoir regardé ce débat en compagnie d’un fils âgé de 19 ans, consterné par le côté rance de ces échanges. A ses yeux, et aux nôtres, les deux hommes ont donné l’image de deux papys radotant au beau milieu d’un incendie.

Le débat a pourtant bien commencé, dédié à la crise du coronavirus. Eloignés l’un de l’autre, pour éviter toute contagion, les deux hommes ont commencé par se saluer en se touchant le coude. Biden, très à l’aise avec l’urgence du moment, a listé toutes ces mesures de bon sens que l’on rêverait tant de voir Trump adopter : écouter les scientifiques, mobiliser l’armée pour mettre sur pied des hôpitaux d’urgence, adopter « un programme de plusieurs milliards de dollars » pour financer la riposte sanitaire et éviter la catastrophe économique.

« C’est comme si nous étions attaqués de l’extérieur », « comme s’il s’agissait d’une guerre », s’est-il exclamé. Sanders, de son côté, a souligné qu’il s’agissait d’« un moment sans précédent dans l’histoire américaine » et a mis l’accent sur ces insuffisances du système de santé qu’il dénonce à juste titre depuis des années.

Très loin de Roosevelt

Après quoi le débat est revenu à un format plus classique, passant à la loupe des petites phrases ou votes vieux de dix ou vingt ans. Surréaliste, souvent mesquin et par moments franchement consternant. On ne pouvait s’empêcher de s’interroger : pourquoi avoir maintenu ce débat, en pleine urgence nationale et alors que les Etats s’interrogent sur la faisabilité de tenir ces primaires démocrates ? La Louisiane a déjà reporté le vote à plus tard, elle sera suivie par d’autres.

S’il s’agissait d’un mano a mano, on pourrait peut-être comprendre. Mais Sanders a clairement perdu ces primaires, non seulement il est à la traîne quant au nombre des délégués mais les derniers sondages montrent une avance de plus en plus nette pour Biden. Quel intérêt a-t-il, encore une fois dans un contexte de crise aussi aiguë, de répéter « quand je serai président » ? N’était-ce pas le moment d’épouser l’histoire et de s’en prendre aux deux vrais ennemis du moment : cette saleté de virus, et le président qui gère cette crise comme s’il s’agissait d’un show de téléréalité ?

Les deux hommes avaient rendez-vous avec l’histoire, ils n’ont pas été à la hauteur de l’occasion. Tout juste a-t-on appris que Joe Biden choisirait comme vice-président une femme, et s’est-on vu rappeler que Biden ou Sanders soutiendraient sans réserve le vainqueur de ces primaires. On fut loin, très loin, hier soir, d’un moment Roosevelt ou Churchill.





nouvelobs

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