Coronavirus: Mike Pence endosse des habits présidentiels


Mike Pence a toujours veillé à ne pas faire d’ombre à Donald Trump. Face à l’épidémie de coronavirus, pourtant, il est chaque jour un peu plus en pleine lumière.

Le président est obnubilé par Wall Street, attaque les élus démocrates, minimise l’ampleur de la crise sanitaire qui secoue l’Amérique et le monde, se réjouit de l’émergence de « nouvelles stars » dans le gestion l’épidémie vue comme un show.

Le vice-président, lui, délivre quotidiennement des messages simples, calibrés, pédagogiques. Et devient, de facto, le visage et la voix de la Maison Blanche sur la pandémie.

Bien sûr, l’ancien gouverneur de l’Indiana, souvent moqué pour ses propos flagorneurs vis-à-vis du milliardaire républicain, prend toujours soin d’insister sur son leadership.

Mais depuis une dizaine de jours, quelque chose a changé. Chargé de la coordination de la réponse face à la pandémie, il a pris ses marques. Le personnage en première ligne, c’est lui.

– « Un travail incroyable » –

Le président américain Donald Trump et le vice-président Mike Pence s’expriment depuis la salle de presse de la Maison Blanche le 15 mars 2020 (AFP – JIM WATSON)

Dimanche, lors d’un point de presse à la Maison Blanche, la différence de ton entre les deux hommes était saisissante.

« Temps magnifique aujourd’hui », attaque Donald Trump sur ton badin.

L’ancien homme d’affaires de New York félicite la Fed pour sa baisse surprise des taux: « Je dois le dire: je suis très content ».

Il lance sa pique presque quotidienne contre le « Fake News »: « Ce serait bien s’ils pouvaient donner les informations de manière correcte, ce serait vraiment magnifique ».

Puis il fait un point sur ses échanges avec les dirigeants des grandes entreprises de distribution, assure qu’il n’y aura pas de rupture de stock: « Vous n’avez pas besoin d’acheter autant ».

« Détendez-vous. Tout se passe bien. Tout cela va passer », ajoute-t-il sur un ton extraordinairement décontracté au regard de la gravité de cette pandémie, avant d’affirmer un peu plus tard sa conviction que « beaucoup de gens » doivent être « très heureux » à Wall Street après la décision de la Fed.

« Notre vice-président, qui fait un travail incroyable, va prendre la suite », conclut-il, dans une phrase chargée en symboles, avant que Mike Pence n’entame un tour d’horizon plus rigoureux de la situation.

Ce jour-là comme tant d’autres, le vice-président est longuement interrogé sur les approximations et les atermoiements du président.

Il tente de défendre ses décisions « historiques », mais il s’efforce surtout de recentrer le débat, de redonner inlassablement la parole aux scientifiques.

Parfois, les divergences entre les deux hommes sont impossibles à masquer.

Mike Pence loue la réponse de Jay Inslee, gouverneur de l’Etat de Washington, durement frappé par la pandémie ? Donald Trump se braque. « J’ai dit à Mike de ne pas lui faire de compliments », lâche-t-il. « Ce gouverneur est un serpent ».

Le vice-président ne bronche pas. Mais lorsqu’il est interrogé sur NBC sur les attaques du président contre les démocrates au beau milieu de cette crise sanitaire, il met en garde, bien sûr sans citer personne, contre toute « rhétorique irresponsable ».

Le « VP » ne fait pas, loi s’en faut, l’unanimité. Ses détracteurs rappellent qu’en matière de santé publique il a, par le passé, souvent placé l’idéologie conservatrice avant la science: dans sa réponse face au VIH dans son Etat de l’Indiana ou encore lorsqu’il minimisait les dangers du tabac.

Mais face à ce que le G7 appelle « une tragédie humaine », l’ancien gouverneur de 60 ans dont le nom circule pour la présidentielle de 2024 a pris de l’assurance.

L’élu démocrate Eric Swalwell, peu suspect de sympathie pour l’équipe de la Maison Blanche, a salué sur Fox News son approche.

« Je pense qu’il a une fine connaissance des rouages du gouvernement (…) Il travaille avec des experts et m’a assuré qu’il ne prendrait ses décisions que sur bases scientifiques », a-t-il expliqué.

« Honnêtement, c’est le président qui m’inquiète le plus », a-t-il ajouté.



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