Le Récap du Parlement européen : Une plénière condensée pour cause de Coronavirus – Parlement européen : la législature 2019



Actualité


13.03.2020

Alexandra Lesur

Déplacée à Bruxelles en raison du COVID-19, la première session plénière du mois s’est déroulée le 10 mars dans un hémicycle clairsemé. Malgré cette situation exceptionnelle, les quatre sujets à l’ordre du jour ont donné lieu à des débats animés, tant sur la réaction européenne face au COVID-19 que sur la situation des migrants à la frontière grecque, le dernier sommet « raté » sur le budget ou encore les droits des femmes.

Mardi 10 mars, la vice-présidente du Parlement européen Mairead McGuinness a rappelé les consignes d’hygiène à respecter au Parlement européen face à l’épidémie du COPID-19 – Crédits : Copie écran / Parlement européen

Le sujet phare : Quelle réponse européenne face à la crise du COVID-19 ?

La solidarité européenne à l’épreuve du coronavirus. Mardi 10 mars, après l’intervention de la Commission européenne et du Conseil de l’UE dans l’hémicycle, les députés européens ont tour à tour rendu un hommage aux professionnels de santé qui luttent contre le COVID-19. Depuis le début de la crise, les Etats membres tentent de coordonner leur travail et d’apporter des réponses concrètes.

A la tête du Conseil de l’Union européenne depuis début janvier, le gouvernement croate a rappelé les dernières réunions qui se sont tenues entre les ministres européens de la Santé et précisé l’agenda à venir. « La situation nous inquiète tous, nous prenons cette pandémie très au sérieux. Nous devons renforcer la solidarité et l’échange de coopération entre les Etats membres« , a déclaré la secrétaire d’État croate aux relations avec le Parlement européen, Nikolina Brnjac. Le sujet sera à l’ordre du jour du prochain conseil Ecofin le 17 mars prochain.

La commissaire européenne à la Santé, Stella Kyriakides, a pour sa part précisé qu’un point téléphonique avait lieu tous les jours avec les ministres de la santé. « Il n’y a pas de solution unique car tous les pays ne sont pas confrontés aux mêmes défis » mais les États membres doivent œuvrer pour contenir le virus afin d’en ralentir sa propagation et que les systèmes de santé ne soient pas débordés. Il faut également veiller à « lutter contre les fake news », a prévenu la commissaire. A ses côtés quatre autres commissaires sont particulièrement mobilisés face à la crise : Janez Lenarčič (gestion des crises), Ylva Johansson (sur les questions liées aux frontières), Adina Vălean (responsable du transport) et Paolo Gentiloni pour les aspects macroéconomiques.

Leurs récents efforts se sont concrétisés à travers deux annonces de la Commission. Celle du financement d’études pour élaborer un vaccin, des traitements et des tests de diagnostics à hauteur de 140 millions d’euros, répartis entre fonds publics et privés. Plus ambitieux encore, sur le plan économique, l’institution va mettre en place un investissement de 25 milliards d’euros destiné à soutenir directement les systèmes nationaux de soins de santé, les PME, les marchés du travail et d’autres secteurs vulnérables de l’économie de l’UE.

« Il faut alerter sans alarmer« , a plaidé la députée européenne Michèle Rivasi (Verts-ALE) tandis qu’Iratxe García Pérez, présidente du groupe européen des socialistes et démocrates, a insisté sur l’impact social de la pandémie que « nous ne pouvons pas ignorer« . L’eurodéputée espagnole a appelé la Banque européenne d’investissement à agir directement contre l’épidémie.

Le commissaire à la gestion des crises Janez Lenarčič a quant à lui insisté sur les liens entre l’épidémie et la nécessité de conclure un accord sur le futur budget de l’Union européenne. Cette crise « est une raison pour avoir un accord sur le prochain cadre, il est grand temps« , a-t-il soutenu.

A l’issue d’un Conseil européen organisé par visioconférence le 10 mars, les dirigeants européens ont retenu quatre priorités : limiter la propagation du virus, assurer la fourniture de matériel médical, promouvoir la recherche, y compris en vue d’un vaccin et faire face aux conséquences socio-économiques.

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L’approvisionnement en fournitures médicales pointé du doigt

Mardi, les députés européens été nombreux à souligner le besoin de solidarité européenne et de fonds supplémentaires pour la recherche sur le coronavirus. « La question de la recherche est essentielle« , a rappelé Manfred Weber, président du groupe PPE. Celui-ci a regretté que nous soyons « dépendants des sous-traitants chinois » sur les fournitures médicales et a critiqué le comportement de certains Etats membres qui ont refusé d’exporter des masques en Italie : « Ce n’est pas l’idée de la solidarité« .

Plusieurs députés européens ont ainsi insisté pour que les fournitures médicales telles que les kits de test, les masques et les appareils respiratoires soient produits dans l’UE et rendus disponibles pour tous les États membres. « Il faut une stratégie industrielle et sanitaire, nous sommes au pied du mur« , a alerté François-Xavier Bellamy (PPE).

D’autres ont affirmé qu’une évaluation commune des risques était nécessaire à l’échelle de l’UE afin de garantir que les mêmes mesures s’appliquent dans les zones où le risque est équivalent.

Le récit de la plénière

Droits des femmes dans l’UE et dans le monde

Avant d’aborder toute la matinée la crise du coronavirus, les eurodéputés ont démarré cette session par un débat sur la situation des droits des femmes et de l’égalité des genres dans l’UE et le monde entier. « A l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, nous devons nous rappeler que des millions de femmes et de filles dans le monde ne peuvent pas encore développer pleinement leurs compétences et jouer leur rôle dans la société, et c’est également le cas dans l’UE« , a tenu à souligner la vice-présidente du Parlement européen Mairead McGuinness. « Faire des droits des femmes une réalité n’est pas une option, c’est un devoir, et c’est possible lorsqu’il y a une volonté politique« .

Le 5 mars dernier, la Commission européenne a présenté une nouvelle stratégie sur le sujet pour la période 2020-2025. Le Parlement est « prêt à travailler sur les propositions législatives, avec un engagement clair pour renforcer l’égalité des genres et les droits des femmes dans l’UE et dans le monde« , a indiqué Mme McGuinness. Plusieurs députés ont souligné que la violence basée sur le genre restait un défi et ont appelé les États membres et l’UE à ratifier de façon urgente la Convention d’Istanbul sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique. Parmi les autres défis à relever figurent la lutte contre les féminicides et la violence en ligne, la réduction de l’écart de rémunération et de pension entre les femmes et les hommes ainsi que la féminisation des instances dirigeantes, dans le public comme le privé.

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Budget 2021-2027

Présent le temps du débat avant de participer dans la foulée au Conseil européen consacré au coronavirus, le président du Conseil européen Charles Michel a reconnu l’échec des négociations sur le prochain cadre financier pluriannuel (CFP 2021-2027) lors du sommet « raté » du mois de février. Provoquant un trou de 75 milliards d’euros sur l’ensemble de la période, le départ du Royaume-Uni rend l’équation encore plus délicate à résoudre. Le président du Conseil européen a souligné le rôle du Parlement européen dans ces négociations, lui qui dispose d’un droit de veto sur le futur cadre financier. Et reste optimiste : « nous devons poursuivre les discussions pour aboutir à un consensus« .

« Nous n’avons pas de temps à perdre. Nous devons garder la tête froide, la meilleure solution est de trouver un accord prochainement car sans accord ou sans accord à temps, nous allons tous en pâtir« , a expliqué d’entrée de jeu le commissaire européen Maroš Šefčovič, vice-président aux Relations interinstitutionnelles et à la Prospective.

Les députés européens ont critiqué quant à eux la proposition du Conseil européen. Cette attitude est « scandaleuse« , compte tenu notamment de la crise actuelle à la frontière grecque et de l’urgence liée au COVID-19, ont-ils souligné. Face aux coupes budgétaires qui sont proposées, la présidente du groupe S&D Iratxe García Pérez a alerté l’assemblée : « Quelle Europe voulons-nous mettre en place ? On parle du Pacte vert, de l’Europe sociale, de la politique de cohésion, de la politique migratoire, comment peut-on faire plus avec moins de ressources ?« .

Pour certains eurodéputés, « mieux vaut pas d’accord qu’un mauvais accord’’. « Nous n’allons pas adopter le budget avec le pistolet sur la tempe« , a lancé le député grec  Dimitrios Papadimoulis, membre du parti d’extrême gauche Syriza. Quelques uns ont exhorté la Commission européenne à présenter un plan d’urgence pour continuer à financer en 2021 les bénéficiaires – tels que les agriculteurs, les villes, les régions, les étudiants, les chercheurs, les entreprises et les ONG – même si le budget n’est pas adopté.

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Crise à la frontière gréco-turque

A l’occasion d’un débat avec la commissaire aux Affaires intérieures Ylva Johansson et Nikolina Brnjac, représentant la présidence croate du Conseil, la plupart des eurodéputés ont critiqué « l’instrumentalisation » politique des questions migratoires récemment « orchestrée » par le Président turc Erdoğan autorisant l’ouverture de sa frontière avec la Grèce.

D’autres députés ont pointé du doigt le comportement des Etats membres. « Nous sommes confrontés aux conséquences de quatre années d’inaction des dirigeants européens, l’Europe a abandonné ses citoyens« , s’est insurgée Sophia in’t Veld (Renew Europe). « Il est choquant de voir que l’Europe ne se soucie de ses réfugiés que lorsqu’un Etat est dans la difficulté« , a ajouté Ska Keller (Verts / ALE). Damien Carême (Verts / ALE) n’a pas hésité à aller plus loin : « Je suis écœuré par le bal des faux culs des dirigeants européens, une bande de lâches qui font le jeu de l’extrême droite« . « L’accord UE-Turquie nous revient comme un boomerang », a déploré l’ancien maire de Grande-Synthe. Cette ville du nord de la France avait été confrontée à l’arrivée de milliers de réfugiés en 2015-2016.

Certains chefs des groupes politiques ont appelé à une révision de l’accord UE-Turquie pour freiner le flux de migrants en échange d’une aide financière de l’UE. D’autres ont insisté sur la situation humanitaire très difficile, à la fois à la frontière avec la Turquie mais également sur les îles grecques, où des milliers de migrants, dont de nombreux mineurs non accompagnés, sont bloqués.

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Les députés ont insisté pour que l’UE mette à jour ses règles en matière d’asile. Ylva Johansson a souligné que depuis son arrivée, avoir une politique commune dans ce domaine était « son objectif ». La commissaire prépare actuellement des propositions en vue de présenter un Pacte sur la migration et l’asile au mois d’avril.

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La personnalité de la session : Manon Aubry


Deux jours après la Journée internationale des droits des femmes, la députée européenne de La France insoumise (LFI) Manon Aubry s’est affichée le 10 mars en icône féministe « Rosie la riveteuse » au Parlement européen- Crédits : Parlement européen 2020

S’exprimant au nom de la Gauche unitaire européenne (GUE), Manon Aubry s’est affichée avec des habits en référence à une figure féministe.

« Ce bleu de travail, ce foulard et ces gants de ménage, nous les avons portés pour refuser les 16% d’inégalité de salaires entre les femmes et les hommes en Europe, nous les avons portés depuis des mois déjà pour dénoncer une réforme des retraites en France dont les femmes seront les grandes perdantes. (…) Nous les avons portés pour pointer la double journée des femmes qui consacrent près de deux fois plus d’heures au travail domestique que les hommes (…). Ce bleu de travail, nous l’avons porté pour protéger notre droit à disposer de notre corps sévèrement menacé dans certains pays d’Europe »

Décédée à l’âge de 95 ans le 6 mars 2020, l’Américaine Rosalind P. Walter a inspiré une affiche emblématique célébrant les travailleuses pendant la Seconde Guerre mondiale. L’image est devenue l’un des symboles des mouvements féministes.

Le calendrier à venir

Compte tenu de la propagation du coronavirus (COVID-19) considéré comme un cas de force majeure, la Conférence des présidents a modifié le calendrier des activités du Parlement européen pour les prochaines semaines. La session plénière d’avril initialement prévue à Strasbourg du 30 mars au 2 avril devrait se tenir à Bruxelles le 1er avril après-midi et le 2 avril au matin. Toutes les activités prévues la semaine du 16 mars sont reportées ou annulées.

Lors du prochain Conseil européen des 26 et 27 mars, les dirigeants devraient faire le point sur la situation des migrants en Grèce et la coordination des efforts déployés par l’UE face à l’épidémie de COVID-19. Ils devraient aborder notamment la question de l’élargissement de l’UE, la politique européenne du numérique et préparer le sommet des Balkans occidentaux, qui doit se tenir à Zagreb en mai. La préparation du sommet UE-Chine qui doit avoir lieu en septembre en Allemagne est pour l’instant également à l’ordre du jour. 



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