Ces villes françaises tournées vers l’Europe


Synthèse


12.03.2020

Barthélémy Gaillard

La vie de l’Union européenne ne se réduit pas à un dialogue entre institutions et Etats : les villes y prennent aussi leur part. Et certaines entretiennent même des liens privilégiés avec l’Europe. A l’occasion des élections municipales, tour d’horizon de ces communes françaises un peu plus européennes que les autres.

Vue aérienne d’Angers, dans le Maine-et-Loire. Crédits : iStock.

Qu’est-ce qu’être Européen ? Un sentiment d’appartenance, un régime juridique fait de droits et de devoirs, une conviction citoyenne ? Les interprétations sont multiples et diffèrent d’un individu à un autre. Pour les communes françaises, le constat peut être le même. Toutes sont par définition européennes mais certaines, par leur histoire, leur position géographique, leur politique de développement urbain ou leurs relations économiques, ont viscéralement intégré cette dimension dans leur identité. Pour les mettre à l’honneur à l’occasion des élections municipales des 15 et 22 mars, Toute l’Europe vous propose un tour de France des communes les plus « euro-compatibles » du pays.

  • Les villes françaises qui accueillent des institutions européennes

Certaines communes françaises ont développé des rapports privilégiés avec l’Union européenne en accueillant ses institutions. Strasbourg en est l’exemple le plus parlant. La préfecture de la région alsacienne abrite le bâtiment dans lequel le Parlement européen tient traditionnellement ses sessions plénières, même si la pandémie de COVID-19 a compromis les deux éditions de mars 2020. Strasbourg est aussi le siège du médiateur européen, un mandat assumé par l’Irlandaise Emma O’Reilly depuis 2013, et le site opérationnel de l’agence informatique chargée des questions de liberté, de sécurité et de justice.

Sans surprise au vu de leur statut de « plus grandes villes françaises », Paris et Marseille accueillent quant à elles les bureaux des représentations françaises de la Commission européenne et du Parlement européen. Plus surprenant au vu de leur taille modeste, Valenciennes – avec l’Agence européenne du rail – et Angers – avec l’Office communautaire des variétés végétales – figurent parmi les villes françaises où des institutions européennes se sont implantées.

Dans un autre registre, Lyon – avec Euronews, chaîne de télé financée en partie par Bruxelles – Toulouse – avec le géant franco-allemand Airbus- mais aussi la ville guyanaise de Kourou – qui héberge une base spatiale de l’Agence spatiale européenne – ont toutes trois un lien privilégié avec l’Union européenne.

  • Les villes françaises labellisées par l’Union européenne

Pour attirer de nouveaux habitants et favoriser le développement économique, les élus ont investi un nouveau marché : celui du marketing urbain, sur lequel les villes entrent en concurrence pour organiser des événements et décrocher des labels leur offrant visibilité et crédibilité auprès des entreprises et des citoyens. Et l’Union européenne n’est pas en reste côté « prix », « labels » et autres titres de « capitales » dont les maires français sont friands. A commencer par Martine Aubry, la maire de Lille : la métropole du nord de la France est en effet devenue capitale européenne de la culture en 2004, et se retrouve actuellement en lice pour le titre de capitale verte européenne en 2021.

A l’autre bout du pays, Marseille a aussi hérité du label de capitale européenne de la culture en 2013. Perpignan est également devenue « ville européenne du vin » en 2019. Mais ces appellations ne sont pas l’apanage des seules communes de plus de 100 000 habitants. D’autres, beaucoup plus modestes, appliquent la même stratégie. Là aussi avec succès, puisque Gignac-la-Nerthe, modeste ville de 9 000 habitants située dans les Bouches-du-Rhône, a été consacrée ville européenne du sport en 2019. Un succès dont auraient rêvé des villes bien plus florissantes, telles que Bordeaux, Toulouse, ou Lyon, toutes candidates malheureuses au statut de capitale européenne de la culture.

Les capitales européennes de la culture 

Les villes françaises qui bénéficient du programme Interreg

Moins retentissant que les labels européens, le programme Interreg – autrement appelé coopération territoriale européenne – permet aux communes et aux espaces frontaliers de tisser des partenariats avec leurs homologues du pays voisin. En 2019, 2 069 projets ont ainsi été mis en place en France, soutenus par une enveloppe de 4,1 milliards d’euros. Parmi les territoires concernés, le Grand Est bénéficie de nombreuses actions. Ainsi, Metz est membre d’un réseau transfrontalier de coopération économique et de services postaux avec les villes de Luxembourg, Sarrebruck et Trèves. D’autres communes plus modestes comme Longwy (14 000 habitants), en Lorraine, ont pris part à des projets similaires avec Luxembourg, Esch-sur-Alzette, Arlon et Thionville. Ces programmes sont co-financés par l’Union européenne via le FEDER et par les autres parties prenantes du projet.

La coopération territoriale européenne

  • Les villes françaises à l’histoire européenne

Au-delà des institutions, au-delà des politiques de terrain, certaines communes françaises ont acquis une dimension européenne bien avant la naissance de l’UE. Par leur histoire, leur rayonnement et l’influence qu’elles ont pu avoir sur la culture du Vieux Continent. Sans surprise, Paris figure encore dans cette catégorie, et tout particulièrement depuis le XIXe siècle. En 1848, la capitale française est à l’origine d’un « Printemps des peuples » européen menant à plusieurs révoltes et à la formation des Etats-nations. La même année, l’avocat hongrois Louis Kossuth prononce par exemple un discours menant à une révolte au cœur de l’Empire austro-hongrois.

22 ans plus tard, en 1871, la Commune de Paris participe à l’essor de l’idéologie socialiste et internationaliste en chassant le gouvernement d’Adolphe Thiers à Versailles. A ces deux occasions comme à d’autres, Paris a donc joué le rôle de foyer insurrectionnel et de berceau idéologique pour l’Europe. Autre ville marquée par un passé ouvrier et révolutionnaire : Lyon, d’où est partie la première révolte ouvrière d’Europe. En 1831, les ouvriers tisserands lyonnais, les canuts, se révoltent contre les baisses de salaire.

Deux mille ans plus tôt, la même ville de Lyon occupe un rôle important dans la diffusion de la culture latine en Europe occidentale, sur le territoire gaulois. Devenue capitale des Gaules, celle qu’on appelait Lugdunum à l’époque a donc participé à propager l’influence romaine auprès des peuples celtes et à brasser les populations, jusqu’à construire l’un des piliers de la culture européenne, la civilisation latine, qui demeure encore aujourd’hui.

La ville de Nice, elle, a acquis ses lettres de noblesses européennes plus récemment. Elle a d’abord vu naître deux figures de la construction européenne : Simone Veil, future présidente du premier Parlement européen élu en 1979, et Franck Biancheri, l’un des pères du programme Erasmus. Enfin, la ville de Nice elle-même est devenue une figure majeure de l’histoire de l’Union européenne en accueillant les pourparlers qui ont mené à la signature du traité de Nice le 26 février 2001. Un texte essentiel à l’époque en vue de l’élargissement à venir.

Le traité de Nice



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