Test Blu-ray : Les yeux de Laura Mars


Les yeux de Laura Mars

 
États-Unis : 1978
Titre original : Eyes of Laura Mars
Réalisation : Irvin Kershner
Scénario : John Carpenter, David Zelag Goodman
Acteurs : Faye Dunaway, Tommy Lee Jones, Brad Dourif
Éditeur : Sidonis Calysta
Durée : 1h44
Genre : Fantastique, Thriller
Date de sortie cinéma : 31 janvier 1979
Date de sortie DVD/BR : 13 mars 2020

 

Photographe de mode engagée contre la guerre et le sexisme, Laura Mars mène une brillante carrière. Aucune ombre au tableau de ses spectaculaires compositions, du moins jusqu’au jour où, par la pensée, elle capte les agissements d’un tueur en série, vivant en direct le meurtre qu’il commet. Un cauchemar qui se répète et dont elle pourrait bien être l’une des prochaines victimes…

 


 

Le film

[3,5/5]

Si on a un peu tendance à l’oublier de nos jours, John Carpenter n’est pas UNIQUEMENT un réalisateur de génie, mais un artiste complet dont le talent s’est exprimé dans d’autres domaines, tels que la musique bien sûr. Et s’il signait le plus souvent lui-même les scénarios de ses films, il lui est également arrivé, à l’occasion, d’écrire des scripts destinés à d’autres cinéastes. Ce fut le cas au cinéma pour Sans issue (Black moon rising, 1986) mais également pour Les yeux de Laura Mars, mis en scène par Irvin Kershner en 1978.

Quarante ans plus tard, le plus surprenant à la (re)découverte de l’intrigue des Yeux de Laura Mars s’avère son statut un peu à part dans la filmographie de John Carpenter. Avec son histoire basée sur le regard et la notion de « double », omniprésente dans le récit, on se croirait plutôt au cœur d’un scénario imaginé par Brian De Palma. Autant dire donc que le fait de voir échouer le projet aux mains d’Irvin Kershner peut s’avérer un peu frustrant pour le spectateur contemporain, qui n’aura littéralement de cesse de se demander, tout au long du film, ce que ce dernier aurait pu donner s’il avait été mis en scène pas tellement par Big John lui-même (on est pour le coup assez éloigné de son univers) mais plutôt par un formaliste tel que Brian De Palma, ou encore par Dario Argento, dont le style visuel baroque et décadent aurait parfaitement collé à l’intrigue imaginée ici par Carpenter, et qui pourra par ailleurs par certains aspects rappeler certains gialli issus de la période « animalière » du maestro italien.

Malheureusement, le chef d’œuvre qui aurait pu voir le jour restera au stade du rêve et de l’hypothèse impossible – reste cependant aujourd’hui le film d’Irvin Kershner. Parfaitement rythmé et très correctement ficelé dans son genre, Les yeux de Laura Mars ne parviendra néanmoins à nous convaincre que partiellement, la faute sans doute à son manque d’ambition formelle et, dans une moindre mesure, son manque de profondeur. L’étude du milieu de la photo de mode en particulier s’avère un peu faiblarde, dans le sens ou les auteurs du film ne parviennent jamais – à l’exception de la séquence durant laquelle les personnages de Faye Dunaway et de Tommy Lee Jones s’avouent leurs sentiments – à insuffler suffisamment de « vie » au cœur de la description des différents protagonistes du récit, qui ne par conséquent jamais réellement à dépasser les apparences immédiates, et défileront à l’écran telles de simples silhouettes.

Reste néanmoins l’efficace mécanique policière, qui développe au fil du métrage un sentiment de suspense encore relativement solide de nos jours. Tous deux reposent sur l’idée selon laquelle l’héroïne du film Laura Mars a des « visions » : elle voit ce que voit le meurtrier quand ce dernier est sur le point de frapper, ce qui nous vaudra non seulement quelques très belles séquences en caméra subjective, mais permettra également à Irvin Kershner de construire un efficace suspense reposant sur l’imminence du danger, autant que sur l’impuissance de l’héroïne, réduite à la cécité (elle ne voit pas où elle-même porte ses pas au moment où elle a ses visions) tout autant qu’au mutisme, dans le sens où, ne les découvrant qu’au moment où le tueur passe à l’action, elle ne peut jamais empêcher les meurtres de se produire.

L’ensemble est donc tout à fait intéressant, et on admettra volontiers qu’en bon artisan du divertissement populaire, Kershner – qui n’avait encore réalisé ni L’empire contre-attaque ni encore moins Robocop 2 – s’affranchit de cet exercice de style avec un talent certain. Néanmoins, il ne parvient jamais réellement non plus à transcender son matériau de base comme auraient pu le faire, à sa place, des cinéastes développant un univers visuel plus marqué. Car les implications thématiques du récit imaginé par John Carpenter auraient probablement nécessité pour marquer durablement le spectateur une approche un peu moins lisse, quitte à verser dans le glauque, le bizarre ou le mauvais goût. En l’état, Les yeux de Laura Mars fait finalement simplement office de chef d’œuvre manqué, dénué du petit je-ne-sais-quoi qui en aurait fait un grand film… Mais si la frustration est bien réelle quand arrive le générique de fin, on admettra sans peine que le film d’Irvin Kershner affiche tout de même de beaux restes.

 

 

Le Combo Blu-ray + DVD + Livret

[4,5/5]

Si personne ne l’avait réellement vu venir, c’est finalement une très agréable surprise que de retrouver aujourd’hui Les yeux de Laura Mars sur support Blu-ray. C’est d’autant plus appréciable que le petit film d’Irvin Kershner débarque dans une édition « grand luxe » sous la bannière de Sidonis Calysta.

Le Blu-ray, qui se verra accompagné d’un DVD et d’un livret signé Marc Toullec, est donc proposé par Sidonis dans un joli Mediabook dont le visuel reprend une variation sur l’affiche d’origine. Côté transfert Haute-Définition, c’est très satisfaisant : on ne dénotera pas de problème particulier de compression, le piqué et la définition sont très bons (même si certains plans paraissent curieusement beaucoup plus doux que d’autres), les gammes de couleurs – principalement automnales – sont bien rendues… C’est du joli travail. Du côté du son, la galette Blu-ray nous propose deux mixages DTS-HD Master Audio 2.0 d’origine, à la fois pour la version française et pour la version originale. Le rendu acoustique est équilibré et propre, et propose de fait une immersion au cœur du film nette, fine et précise.

Rayon suppléments, l’éditeur nous propose donc à nouveau un livret de 24 pages signé Marc Toullec et intitulé « Giallo Disco », titre qui tire son inspiration de l’article de Rebecca Nicole Williams intitulé « Disco Giallo » que l’on peut trouver sur le livret accompagné l’édition Blu-ray britannique des Yeux de Laura Mars, sortie en 2017 et éditée par Powerhouse Films. Dans le livret, l’ancien rédacteur en chef de Mad Movies évoque le contexte de tournage du film, le scénario original de John Carpenter ou encore les liens entre le film et Basic Instinct, The eye ou encore Blink… Même si en toute honnêteté, cette descendance pourra franchement être discutée. Sur le disque à proprement parler, on trouvera tout d’abord un commentaire audio du réalisateur Irvin Kershner, qui reviendra sur la mise en scène d’une poignée de séquences-clés, de même que sur l’atmosphère générale du film, le script original de John Carpenter, les personnages et les acteurs, ou encore le tournage du film à New York. On poursuivra ensuite avec un making of d’archive (8 minutes), qui nous donnera l’occasion de voir quelques bribes du tournage, ainsi qu’avec une galerie de photos commentée par Laurent Bouzereau.

 



Critique film

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