quand Marie a lu les extraits du journal intime de Joël Le Scouarnec qui la concernaient



Elle avait gardé peu de souvenirs de son opération de l’appendicite à la clinique du Sacré-Cœur, à Vannes. Marie avait alors 10 ans et demi. Mais à l’automne 2019, une visite des gendarmes aurait fait remonter certains souvenirs à sa conscience. Ce jour-là, elle apprend qu’elle fait partie des victimes présumées de Joël Le Scouarnec. Le chirurgien soupçonné de centaines d’agressions sexuelles et viols sur des enfants tout au long de sa carrière comparaît à partir du 13 mars devant la cour d’assises de Charente-Maritime.

Les gendarmes lui lisent les extraits du journal intime du chirurgien qui la concerneraient. « Il décrit ma nudité sur la table de l’opération, raconte Marie, il me décrit physiquement. » Dans un deuxième texte, il explique ce qu’il aurait fait – le viol, donc, et le plaisir qu’il aurait ressenti. « Quand on lit, on est écœuré, déjà, de voir un homme écrire ce genre de choses. Et de savoir que c’est de nous [qu’il s’agit] et qu’en plus, on était enfant… »

« Je n’arrivais pas à lire à mon mari ce qui était écrit, tellement c’était abominable »

« On a envie de vomir, poursuit Marie. Ça reste dans la gorge. » Elle confie avoir eu « la gorge coincée pendant des mois », ne pas être arrivée « à dire à [s]on mari ce qui était écrit exactement, tellement c’était abominable ».

La petite fille ne s’était pas méfiée : « C’est un chirurgien, il sait ce qu’il fait… » Mais aujourd’hui, Marie réalise que ce qu’elle a pris pour un geste médical aurait été, en fait, un viol. Un viol présumé auquel elle associe désormais certaines difficultés d’ordre intime qu’elle éprouve dans sa vie d’adulte. Apprendre qu’elle aurait été victime, enfant, de Joël Le Scouarnec, l’a plongée en dépression. Elle a porté plainte contre le chirurgien.

Extrait de « Affaire Le Scouarnec : un silence coupable ? », une enquête à voir dans « Envoyé spécial » le 12 mars 2020.



francetvinfo

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